07 novembre 2009
"Seven things shaping my fall" ou l'art de passer un bon automne !
Je suis abonnée au chiffre trois puisqu'une fois encore, ce sont trois drôles de dames qui m'ont taguée : Emma, Choco Et Caro.
Il s'agit aujourd'hui de parler de 7 occupations qui rythment mon automne.
Petit interlude automnal.
1. Le repos :
En ce moment, tout le monde me dit "Profite, après ce ne sera plus possible". Alors, comme je suis sage, je m'exécute : je me repose et prends du temps pour moi.
Le calme avant la tempête, sans doute ! 
2. La lecture :
Peut-être l'avez-vous remarqué, je lis davantage en ce moment. C'est la conséquence du petit 1. Ce dernier mois, j'ai surtout lu pour le prix des Chroniques de la rentrée littéraire car j'ai accepté de faire partie du jury ...
Pas toujours évident de garder le plaisir de lire lorsqu'on a un temps imparti. Très court de surcroît. ![]()
Mais ce prix touche à sa fin, je vais reprendre le cours normal de mes lectures.
3. La cuisine : 
Depuis un bon mois, j'ai enfilé le tablier de Bree Van De Kamp.
Armée de mes moules en silicone, je manie le fouet comme personne ! La farine, le sucre, le chocolat et la pâte de spéculoos n'ont qu'à bien se tenir ! J'ai même pensé ouvrir un blog cuisine. C'est dire !
L'homme ne s'en plaint pas, ses copains non plus. (L'image de droite n'est pas contractuelle.)
4. Se documenter :
Une activité importante ... et elle ne cessera pas de si tôt.
En ce moment, je me passionne pour un sujet bien particulier. Si je vous dis que Laurence Pernoud n'aura bientôt plus de secret pour moi, je vous donne un sacré indice ... ![]()
5. La décoration :
Réaménager la chambre d'amis, choisir un nouveau lit. Bien plus petit que l'actuel ... et faire de cette pièce un petit nid douillet.(C'était le deuxième indice.)
6. Les séries :
Je vous ferai dans la semaine un billet sur l'une d'elles. Parce qu'elle est franchement hilarante. Vraiment. (Quel sens du teasing, c'est épatant ...)
7. Les feuilles :
Une dernière occupation que je ne peux avoir qu'en automne : faire voler les feuilles avec mes pieds.
Attitude très enfantine, je vous l'accorde.
Le top du top ? Une balade en forêt et faire un concours de feuilles.
Finalement ce sont des occupations bien casanières. Mais ça fait du bien de temps en temps de se poser.
Il me reste à taguer quelques blogueurs. ![]()
Stéphie parce qu'elle m'a donné une recette de muffins il y a quelques jours qui est une vraie tuerie (quand je vous dis que je ne suis qu'un ventre sur pattes ...), Faustine parce qu'elle a sûrement des choses à dire pendant la préparation de son mariage, Lael parce que j'aime ses billets et l'ambiance automnale de son blog.
A vous, les filles !
06 novembre 2009
Enclave de Philippe Carrese
Quand en janvier 1945, les Allemands prirent peur de l'avancée des chars soviétiques, des camps furent abandonnés. Après des années de captivité et de soumission, les détenus de ces camps étaient enfin libres !
Libres de sortir, de passer de l'autre côté de cette barrière, de franchir ces barbelés qui étaient pour ces détenus leur seule ligne d'horizon.
Libres de bouger comme bon leur semblait !
Au début, ils n'osèrent pas. Ils n'y croyaient pas vraiment. Cela s'était passé si vite ! Peut-être était-ce un piège des Allemands eux-mêmes ? Peut-être était-ce une machination pour leur donner une fausse joie ? Mais non. Il fallait bien se rendre à l'évidence : ils étaient bien partis.
Les détenus de ce récit font partie d'un camp de travailleurs. Même si les conditions de vie n'ont rien d'idyllique, leur sort n'est pas comparable aux détenus des camps polonais. Ici en Slovaquie, les détenus ne sont pas devenus des fantômes vivants.
En fait, ce camp était à l'origine un bordel. Des femmes blondes aux yeux bleus, de type aryen donc, qui avaient sauvé leur peau en échange de leur enveloppe charnelle y avaient été amenées. Puis, avec le temps, une usine de cercueils avait vu le jour, et avec elle des travailleurs.
Ces hommes et ces femmes viennent donc tout juste de goûter à la liberté. Certains enfants nés en captivité ne savent même pas quelle herbe pousse derrière les barrières du camp.
Une fois la surprise passée, les détenus osent mettre un pied en dehors. Mais très vite, les voici confrontés à un problème de taille : les Allemands ont miné le pont, unique échappatoire.
Alors, ces hommes qui pensaient être libres sont obligés de rester dans ce camp. Dans cette enclave.
Une vie sans geôliers va commencer.
Ils doivent s'organiser le plus vite possible s'ils ne veulent pas mourir : trouver un chef, de la nourriture, se chauffer ...
Déjà des figures fortes jaillissent : Dansko paraît être le meilleur pour devenir leur commandant.
Mais comment éviter les débordements ? Ces hommes si longtemps avilis peuvent-ils suivre un nouveau chef ? Et ce meneur réussira-t-il à sauver ce petit groupe ? Dankso est-il vraiment le meilleur dans ce rôle ?
Voici un roman découpé en cinq chapitres, qui durent chacun une journée, comme plusieurs petites tragédies dont les écrous se mettraient en place un à un .
Même s'il s'agit de l'après libération d'un camp, ces hommes luttent toujours pour survivre. C'est donc un microcosme qui se met très vite en place : comme dans n'importe quelle société, un chef est désigné, puis des conseillers. A eux de gérer le camp. Il est intéressant de voir comment chacun tente de prendre ses marques dans ce système provisoire, voire de s'imposer.
C'est Matthias un jeune adolescent, dit Eide -le lézard-, qui nous raconte cette histoire. C'est lui le scribe qui retrace les différentes journées. Le lecteur suivra donc ses pensées tout au long du livre.
Ce camp, cette enclave plutôt, a tout des Enfers antiques : c'est un lieu clos, où règnent certaines tentations comme la nourriture qu'on ne doit pas toucher trop avidement sous peine de voir son estomac éclater. Ainsi, les anciens détenus sont un peu comme le supplicié Tantale qui ne pouvait ni manger ni boire. C'est un lieu cerné par des montagnes et un tunnel, comme l'entrée de Enfers, un lieu où un fleuve infranchissable coule. Fleuve qui pourrait rappeler le Styx, mais sans le passeur Charon malheureusement. Et aux frontières de ce lieu infernal, un animal dont les griffes et les crocs déchiquètent tout sur son passage : un Cerbère des temps modernes.
Il reste tout de même à savoir si, une fois sortis de cette enclave, ces hommes auront droit aux Champs-Elysées (lieu de repos éternel pour les héros) ou au Tartare (lieu de damnation.)
Encore une fois, ce n'est pas un sujet léger. Mais il s'agit avant tout ici de voir ce que l'homme met en place pour survivre dans de telles conditions. Et c'est aussi un roman plein d'espoir puisque Matthias, un adolescent qui symbolise l'avenir, ne cesse de vouloir sortir de cet Enfer.
Ed. Plon, 313 pages, 20 €
Lu dans le cadre du Prix des Chroniques de la rentrée littéraire.
20 Minutes : Exploitant jalousies entre classes sociales, tensions raciales et
sexuelles au sein du camp, Dankso crée un mélange entre royaume féodal
et dictature totalitaire, hanté par la présence fantomatique des nazis,
restés dans le camp par le biais de leurs chats. En un roman qui se lit
d'une traite, Carrese nous interroge sur le despotisme. Et, surtout,
sur la responsabilité des hommes libres qui, par lâcheté,
méconnaissance ou épuisement, le laissent prospérer.
Le Figaro : Un récit palpitant d'une aventure hors norme, écrit avec la simplicité et la délicatesse qu'impose le maniement de la dynamite.
05 novembre 2009
Centurion "Les cauchemars de la lune" (Tome 1)
Allez, pour sortir un peu de mes dernières lectures qui abordent toutes des périodes peu joyeuses de notre histoire, une bande-dessinée aujourd'hui !
Enfin, ce n'est pas non plus une BD humoristique puisqu'il s'agit de l'histoire d'un centurion. ![]()
Nous sommes en 422 après JC.
L'Empire romain a déjà été divisé en deux : L' Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient. La période n'est pas la plus faste, puisque bientôt arrivera la chute de l'Empire romain ! Corruption, assassinats, complots, fanatisme religieux : rien de très reposant !
Une nuit, Caius Marcus, le fils de l'historien Varro, est témoin d'un meurtre. Il blasphème alors la déesse Diane dans son propre temple en lui demandant pourquoi elle n'est pas intervenue et en lui jetant des offrandes. Pour le punir, celle-ci le condamne à faire des rêves prémonitoires et toujours morbides lors des nuits de pleine lune. Une malédiction que l'enfant a du mal à accepter car elle est toujours le signe d'un changement de vie pour lui : comme par exemple la mort d'un de ses proches, qu'il n'a pu contrer malgré ce pouvoir ...
On retrouve Caius dix-neuf ans plus tard. Il est devenu un puissant centurion, un peu idéaliste sur les bords car il porte fièrement sur son avant-bras droit "SPQR" (Senatus PopulusQue Romanus : le sénat et le peuple romain), emblème d'une République romaine disparue.
En ces temps plus que troubles, sa détermination et sa foi seront-elles les bienvenues ? En effet, les invasions barbares se multiplient, et de l'Est arrive un Attila en pleine forme ...
Cette période historique n'est pas vraiment celle que je connais le mieux. Je ne pourrai donc pas vous dire si cette BD regorge d'anachronismes. Malgré tout, les grandes lignes historiques avec le pape Célestin 1er ou encore Attila semblent avoir été respectées. Mais ce n'est pas non plus une BD qu'on lit pour ses données historiques.
Passons à l'intrigue : j'ai malheureusement trouvé qu'elle était assez brouillonne. Les différents sauts dans le temps (la BD commence quand Caius est encore un enfant et à la moitié de celle-ci, il devient adulte) m'ont empêchée de m'attacher à ce personnage.
Une lecture assez décevante pour ce premier tome. Peut-être est-ce la mise en place de la série ? Je verrai bien avec la parution du deuxième tome.
C'est dommage car ce n'est pas une période très développée en BD, et la couverture promettait davantage de combats.
Attendons la suite ...
Quelques planches pour vous donner une idée des dessins :


Source des images : Bedethèque, ActuaBD.
Le blog du dessinateur.
04 novembre 2009
La Perrita d'Isabelle Condou
La Perrita, "la petite chienne", n'est pas un roman sur les canidés. Bien qu'il y ait un passage émouvant sur une chienne abandonnée dans cette histoire.
Non, La Perrita serait plutôt une figure qui traverse ce roman de part en part. L'image d'une personne absente mais qui fixe irrémédiablement plusieurs destins.
Nous sommes en Argentine, en 1977, la veille de Noël.
Ernestina termine les derniers préparatifs pour le réveillon. Son fils Juan et sa femme Elena fêteront Noël avec eux le lendemain. Elena est alors enceinte de six mois et une belle amitié lie les deux femmes car Elena a un peu remplacé ses parents par Ernestina. : une maman de substitution.
Il est prévu que Juan arrive avec elle par le bus de 9 heures. Mais, le lendemain, aucun visage familier ne descend du bus. Et plus les heures tournent, plus il faut se rendre à l'évidence : Juan et sa femme ont disparu.
En parallèle, le lecteur suit une autre famille. Un chapitre, une famille. Dans celle-ci, le niveau de vie n'est pas le même. Ce sont des citadins aisés et le mari est un militaire de la junte. Violetta pourrait être une femme comblée si le ciel lui donnait l'opportunité de devenir mère. Malheureusement ce corps reste plat. Et ce ventre plat la fait sombrer dans une détresse incommensurable. Un jour, on lui souffle à l'oreille que son militaire de mari pourrait bien l'aider à trouver un bébé. Avec ses relations, rien de plus facile. C'est alors qu'elle commence de nouveau à espérer.
Dans cette Argentine des années 70, un pays secoué par la dictature, la vie d'Ernestina a basculé en ce jour de Noël. Difficile de combler cette attente, difficile de ne pas se retourner quand la clochette du jardin tintinnabule. Peut-être est-ce son fils qui revient ? Et le bébé d'Elena ? Qu'est-il devenu ?
C'est un abîme qui vient de s'ouvrir. Mais il faut continuer de vivre ...
Mais ce récit, bien qu'il soit terrible, ne tombe jamais dans le pathos. Il s'agit de décrire ici la vie d'une famille dont un membre a disparu.
Combien étaient-ils à disparaître dans ces années-là ?
Et puis, dans la famille de Violetta, le temps est plutôt aux sourires. Cette petite fille aux yeux bleus immenses, Malvina, qui vient d'arriver chez Violetta est source de joie : Mais il émanait de cette petite chose une telle chaleur que Violetta pensa immédiatement que jamais plus elle ne pourrait la lâcher malgré les cris ininterrompus et ces petites mains qui s'agitèrent dans le vide, sur le trajet du retour, sans vouloir se saisir du doigt qui lui était offert.
Un roman sur l'absence et l'attente. Chez l'une cette attente sera longue, chez l'autre l'absence sera entièrement comblée par un petit être. Cette opposition ne s'arrête pas là. La maternité joue aussi un grand rôle dans ce roman. Ernestina perd son fils Juan le jour de Noël, et quelques mois plus tard, voici que Violetta devient mère : A l'instant où il prit sa main, Violetta sut que l'enfant viendrait. La violence de sa joie était telle que les larmes se bousculaient dans les plis de son rire.
Pour résumer, c'est un récit émouvant qui dessine une carte réaliste de cette période noire de l'Argentine.
Ernestina arriva par la rue San Martin, monta sur le parvis de la cathédrale et s'appuya à l'un des piliers d'où les militaires qui surveillaient la place ne pouvaient guère la soupçonner. Que s'était-elle imaginée ? Une bande de quelques femmes agitées, peut-être, hurlant et gesticulant, la bave aux lèvres comme les sorcières qu'avait peintes l'Inquisition ? Dieu, que la ronde était grande ! Parmi la foule qui marchait dignement dominait le blanc des foulards qui recouvraient la tête de centaines de femmes. Femmes qui n'avaient rien de folles sinon le regard égaré que donne un immense chagrin. Combien d'enfants manquaient à l'appel ?
Ed. Plon, 294 pages, 20 €
Lau : Isabelle Condou nous offre un roman juste qui alterne les voix de ces deux femmes en souffrance qui, en attente de cet événement, font le point sur leur vie. Pour Cathulu, c'est une belle découverte.
Cuné : On ressent intimement chaque secousse, on vibre à l'unisson. Un vrai
drame, des faits historiques indéniables mal connus en France. Antigone est tombée en amour pour cette plume. Pour Stéphie, c'est une histoire dure mais écrite avec beaucoup de douceurs et qui sonne juste.
Avec ce livre, je termine le Challenge 2 % littéraire.
Je lirai d'autres livres de la rentrée littéraire, mais je ne rempile pas pour le 3 %.
03 novembre 2009
La Clé de l'Abîme de José Carlos Somoza
En Allemagne, dans un futur indéterminé, un agent du Grand Train vient d'arriver sur son lieu de travail. Il repense encore aux paroles bien énigmatiques que sa fille Yun a prononcées ce matin : Tu partais dans un train très sombre et tu ne revenais jamais.
Ce n'était qu'un rêve, se persuade-t-il.
Malgré tout, arrivé à la septième section de ce train gigantesque, voici qu'il aperçoit un passager particulier. Il ne connait pas encore son nom, mais il fera bientôt la connaissance de Klaus Siegel. Comme cet homme lève la main, il se dirige vers lui en lui demandant s'il peut lui venir en aide.
- Tu feras l'affaire, dit le jeune homme en acquiesçant lentement.
C'est à partir de ce moment que tout bascule, que ce passager dévoile une bombe artisanale sous son manteau.
Il aurait avant tout un message à transmettre. Drôle de messager tout de même. Daniel Kean pense de nouveau aux paroles de sa fille, paroles de bien mauvais augures.
Bientôt, l'ensemble de la sécurité est sur le pied de guerre. Dans son oreillette, Daniel apprend que Klaus a bien une bombe sur lui. Bombe qui se déclenchera si son pouce appuie sur un cable. Il est donc inutile de viser cet homme à distance, cela ne ferait qu'accélérer les choses.
Mais Klaus ne semble préoccupé que par ce message qu'il doit dire à Daniel. Un message qu'il ne devra révéler à personne. Jamais.
Un premier chapitre haletant, qui propulse d'emblée le lecteur dans cet énorme train. On ne connait encore rien de Daniel, mais on s'est déjà attaché à lui, à cet homme très simple qui ne vit que pour sa femme et sa fille.
Autour de lui, gravite un monde hostile. Un monde où il semble difficile de s'éloigner de la ville pour aller dans un parc, un monde à la fois proche du nôtre mais tellement différent !
On ne sait pas à quelle époque se déroule cette histoire. Après la nôtre, c'est certain, puisque dans cet univers les femmes ont perdu la faculté d'enfanter. La majorité est ainsi issue de manipulations génétiques. Très peu de poils, un visage lisse et un corps qui ne vieillit pas. Les hommes biologiques sont en minorité et suscitent un certain dégoût.
Daniel ne le sait pas encore, mais cette rencontre offre les prémisses d'une nouvelle vie remplie de découvertes inattendues et souvent dangereuses.
Ce sera par exemple l'occasion de visiter un pays enfoui sous les eaux ou encore de se frotter à des créatures qui n'ont rien à envier aux divinités grecques chtoniennes.
Des continents vraiment étranges vont s'ouvrir au lecteur, un peu comme dans Voyage au centre de la Terre de Verne, sur lesquels vivent des êtres fantastiques et répugnants.
Mais ce roman n'est pas seulement l'occasion de pénétrer un monde futuriste. Somoza aime déjouer les attentes de ses lecteurs et à cette exploration devaient se mêler d'autres problématiques afin de rendre l'ensemble plus complexe.
Ainsi, la totalité de l'intrigue est portée par une problématique ancestrale : peut-on se reposer sur des écrits bibliques ? Peut-on y croire ?
En effet, dès le début du roman, le lecteur sait que s'opposeront deux conceptions du monde : les croyants et les non-croyants. Cependant ici, ils devront cohabiter et faire route ensemble puisque c'est à Daniel, un non-croyant, que LE message a été donné. Un message transmis par un croyant.
Bien-sûr, ces écrits bibliques n'ont pas grand chose à voir avec la Bible que nous connaissons, puisqu'ils font appel à d'autres mythes. A un univers différent du nôtre correspond une parole divine différente de la nôtre. Malgré tout, l'analogie avec notre monde est assez facile à établir.
C'est donc un monde hostile et profondément pessimiste, peuplé de créatures plus répugnantes les unes que les autres qui s'ouvre à nous. Un monde très largement inspiré de Lovecraft et de son mythe de Cthulhu, et ce même si Somoza ne le mentionne pas une seule fois (enfin, une seule.)
Je ne connais que très peu Lovecraft, je ne pourrai donc pas vous dire si ce roman respire à plein nez ce génie de la science-fiction et de l'horreur. Mais si jamais cette littérature assez particulière ne vous plaît pas plus que ça, je ne suis pas certaine que ce roman vous plaise, car ici la réflexion sur le pouvoir de la littérature ne se révèle qu'à la fin.
Ed. Actes Sud, 380 pages, 22€50
D'autres l'ont déjà lu : Laurence est assez partagée car elle a aimé l'idée de ce roman, mais trouve que l'écriture est en deçà de ce qu'elle a déjà lu de lui, Cuné parle de roman pénétrant, Stéphie parle de délicieuse sensation de vertige et Béné en redemande.
Sur Evène : Trop nombreux, pas suffisamment attachants, les personnages paraissent
écrasés par la lourdeur ambiante, et manquent cruellement de vie. Même
les amateurs de Lovecraft, d'abord enthousiasmés par le point de départ
imaginatif, restent sur leur faim. Une déception à la hauteur du talent
de l'écrivain qui, sans écrire un mauvais livre, n'a pas su aller plus
haut.
Sur Cafard Cosmique : Le lecteur frôle parfois la saturation, croise des scènes à la limite
du ridicule pour être ébloui l’instant d’après par la richesse de
l’univers inventé par Somoza.
Roman lu dans le cadre des
. Challenge 2 % littéraire : 13/14
01 novembre 2009
L'Invisible de Pascal Janovjak
Jeune avocat de 35 ans, le narrateur vit au Luxembourg et travaille pour un salaire non négligeable. Néanmoins, cette vie ne lui convient pas. C'est un homme qui se sent rejeté. Adolescent, il aurait voulu être un artiste. Un peintre avec une blouse maculée de couleurs, le nez plongé dans la toile ...
Mais sa blouse ressemble plutôt à un costume noir. Et à la place d'un pinceau, il a un attaché-case dans la main.
A force de se sentir transparent, voici qu'un jour, après avoir rencontré un groupe d'hommes peu avenants, il se rend compte qu'il est réellement devenu invisible.
Une nouvelle vie commence pour lui. Il goûte les premiers jours : ils sont pour lui des moments de liberté. Respirer, n'avoir aucune entrave. Et puis très vite, comme c'est un homme frustré, il commence à prendre un certain plaisir à regarder les femmes fraîchement dénudées : Elle était élégamment affalée devant un client, elle cliquait avec nonchalance sur une souris virtuelle, et pendant que je matais son cul le client s'ébahissait devant ce nouvel ordinateur grand comme un dé à coudre.
Ainsi le narrateur, jusqu'à présent repoussé par ces femmes qu'il convoitait, va utiliser cette invisibilité pour en visiter une chez elle. Et il ne se limitera pas à la regarder ...
Cet homme aime s'introduire dans les maisons, il s'adresse même au lecteur en le mettant en garde : Et pensez-y la prochaine fois que vous serez soulagé d'être chez vous, en sécurité dans vos murs, la prochaine fois que vous aurez fait jour le verrou de la salle de bains ... voues n'êtes pas seul, cher lecteur, installé confortablement sur le canapé, couché dans votre lit ... à ce moment précis, chère lectrice, penché sur vous, scrutant, sur votre visage, les réactions que provoquent ces mémoires inouïs ...
Voici un homme qui goûte à ce nouveau pouvoir. Lui, l'homme transparent, a finalement transformé son défaut principal en super pouvoir ...
Malgré tout, c'est aussi un homme qui utilise cette nouvelle faculté pour combler un désir trop peu souvent inassouvi par le passé. Ainsi, ce qu'il adore regarder chez les autres, c'est leur visage au moment de l'orgasme. Vaste programme.
Et puis, parfois ce n'est pas un couple qu'il regarde, mais une jeune fille qui avait l'âge où les adolescentes commencent à être appétissantes, l'âge terrible où elles commencent à troubler l'affection tranquille de leurs pères.
Après les couples, les jeunes filles donc ...
Mais cela est vite lassant pour lui, malgré le côté très subversif et jouissif de ce voyeurisme. Bientôt il suivra un homme, ce qui sera l'occasion pour lui de fuir encore plus ce monde qu'il déteste ...
S'il fallait qualifier le style de ce premier roman, j'emploierais le mot "moderne". Les phrases ne sont guère musicales et de facture très simple. De temps en temps des mots vulgaires se glissent ici ou là. Même si cette écriture ne mime pas le langage oral, elle s'y rapproche souvent, notamment dans l'utilisation fantaisiste de la ponctuation.
Le postulat de base rappelle la nouvelle de Marcel Aymé "Le Passe-muraille" puisque Dutilleul prend lui aussi sa revanche dans cette histoire ou encore L'Homme invisible de H.G Wells. Bien-sûr, dans ce récit, le mécanisme de cette invisibilité n'est pas vraiment expliqué car il ne s'agit pas de se focaliser sur cette intrusion fantastique.
Le personnage est un anti-héros qui se cherche et qui joue de cette invisibilité pour dominer les autres. Les dérapages ne lui font plus peur car le regard de l'autre n'existe plus. Ainsi, s'il fallait trouver une morale à cette histoire, ce serait bien ennuyeux puisque ce récit démontre qu'un homme outrepasse toutes les bienséances s'il a la certitude de rester libre. A moins que l'ensemble de ce récit ne soit une critique acerbe de la société moderne ...
En bref, ce récit serait donc le portait d'une personne exclue de cette société et qui le fait payer aux autres.
Ed. Buchet-Chastel, 301 pages, 17 €
Stéphie aussi l'a lu.
Sur Evene, on peut lire la critique suivante : Derrière les traits cyniques de ce héros frustré, il fustige
allègrement tous les travers d'une société injuste, égoïste,
narcissique, en proie à la dictature de l'artificiel et du virtuel.
Plume acerbe à l'humour corrosif, l'auteur jongle aisément entre les
tonalités, mêlant avec brio légèreté de style à la gravité de certaines
vérités.
Lu dans le cadre du prix des
Il rentre aussi en compte pour le challenge 2 % (13/14).![]()
30 octobre 2009
La Peine du menuisier de Marie Le Gall
Toi qui entres ici abandonne toute espérance (La Divine comédie, Dante)
Si jamais une citation devait représenter ce livre, ce serait celle-là.
Près d'un cimetière breton vit une famille de taiseux. Le père, le menuisier, ne parle jamais, ou si peu. Louise la mère s'occupe souvent de Jeanne. Jeanne dite la folle. Grand-mère Mélie aide la mère, elle vit chez ce couple. Et puis, dans les années 50, les plus vieux restaient encore avec leurs proches, chez eux. La maison de retraite aseptisée viendrait assez tôt.
Cette famille accueille sur le tard une petite : la narratrice. A plus de cinquante ans, voici le menuisier redevenir père pour la seconde fois. L'arrivée de cet enfant n'est pas désirée, mais c'est ainsi. Malgré la décoction d'herbes, la petite est restée bien accrochée dans le ventre de Louise. Alors, il faut faire avec.
J'étais née, porteuse de vies ombrageuses qui n'étaient pas la mienne, ignorant que tout était déjà drame autour de moi. J'étais leur soleil fragile.
Au sein de ces taiseux, la narratrice se sent proche de sa sœur Jeanne. C'est la seule qui l'attendait avec plaisir. Jeanne dit de Marie que c'est sa jumelle. Une jumelle de 19 ans d'écart.
Le voile de brume breton plane sur la vie de cette famille, et la maison elle aussi est dénuée de couleurs.
Mon univers se résumait à deux maisons, celle du Landais où la grisaille dominait malgré les couleurs de la belle saison et les lumières de Noël, et le penn-ti aux volets délavés, aux murs tout aussi gris qui s'assombrissaient quand le ciel était lourd, mais le plus souvent réfléchissait la lumière violente de l'été qui m'aveugle encore aujourd'hui.
La proximité du cimetière n'effraie pas la narratrice. Pour elle, la mort est omniprésente dans sa vie. Toujours en deuil pour quelqu'un, les photos encadrées rappellent les proches disparus. Qu'ont-ils de moins que les vivants ? Ces derniers non plus ne parlent jamais !
J'aimais les morts, je les sentais frémir, ils me voyaient comme je les voyais, mais je me heurtais douloureusement à leur silence. J'aurais voulu les entendre, ils avaient tant de choses à me dire, bien plus que les vivants. Ils me fascinaient. J'ai toujours eu la certitude qu'ils vivaient près de nous d'une autre manière.
Alors le cimetière n'est qu'un endroit comme un autre. C'est même un endroit serein où la petite aime se balader.
Le père de la narratrice n'est jamais appelé du doux nom de "papa". Pour elle, c'est le menuisier. Ils se connaissent si peu ! Comme deux êtres effarouchés qui ne peuvent se regarder en face.
En grandissant, elle s'aperçoit que cette famille de taiseux est bourrée de secrets. Il est facile d'éviter les non-dits quand on ne parle pas !
Alors, cette petite qui a bien grandi, commence à écouter le moindre murmure qui pourrait tisser l'histoire de sa famille. A la manière d'un puzzle, elle saura bien un jour quelle est cette vérité qu'il faut cacher.
Mais la route est longue. Et pour le moment, la petite se contente de bien apprendre à l'école.
Sur la couverture, il est écrit "Roman", mais c'est bien plus qu'un roman puisqu'il s'agit de l'histoire de l'auteur. De la relation qu'elle n'a jamais eue avec son père.
La part autobiographique n'est donc pas négligeable.
Devenue adulte, la voici qui met les pieds dans les pas de son père afin de comprendre l'échec de cette relation.
Histoire bouleversante que j'ai lue quasi en apnée, les sourcils froncés. Et le lecteur ne doit pas s'attendre à voir cette tension se relâcher car le point culminant de ce récit sera celui de la révélation finale.
C'est un premier roman, un premier roman exutoire que l'auteur avait besoin d'écrire pour se libérer de cette ombre paternelle. Un roman qu'elle lui dédie d'ailleurs.
Un auteur à suivre pour sa prose si ensorcelante.
Comme j'ai commencé ce billet avec une citation, je le terminerai par une autre citation. Celle qui ouvre le livre. Une citation qui fait écho en moi :
Il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente. (Camille Claudel.)
Ed. Phébus, 283 pages, 20 €
Vous avez souvent été émues en lisant cette histoire racontée de façon pudique : Sylire a trouvé des échos avec son enfance car l'environnement était le même que le sien, Aifelle dit que c'est un premier roman magistral, Cathulu parle d'atmosphère étrange et envoûtante, Cuné a employé les mots "beau et dramatique", et Chiffonnette dit que ce récit touche même à l'universel. Choco en revanche est restée plus en retrait.
Ouest-France : elle scelle un magnifique tombeau de papier au Menuisier qui fut toute sa peine, mais aussi tout son bonheur.
29 octobre 2009
Un billet égotiste ! (Tome II)
A mon tour de me plonger dans le tag du "C'était possible, bah alors ..."
Encore trois drôles de dames m'ont taguée. Trois drôles de dames de la saison 2 : ce ne sont pas les mêmes que la dernière fois. Il s'agit de Karine :) notre québécoise de choc, Mango celle qui ne peut s'empêcher de "Lire à tout va" et de Marie, qui ne s'emmêle jamais dans son pèle-mêle.
Allez, je m'y colle !
1) Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (et oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature)
Sans réfléchir, je prendrais Claudie Gallay (encooooooooooooore, j'entends dire dans le fond à droite. Eh oui. Surtout qu'elle aime les côtes normandes : elle serait donc dans son élément, puisque j'ai passé la majeure partie de ma vie près de La Manche.)
2) Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaines de pages... Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle... Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule, et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre... Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)
Mon brevet de secouriste fraîchement obtenu l'an dernier m'intime l'ordre de secourir ce pauvre homme en détresse. L'épaule, ça ne pardonne pas. Surtout s'il s'agit des muscles de Craig David. Je ne voudrais pas compromettre sa future mission jamesbondesque.
3) C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)
Je ne peux pas m'y mettre, moi, dans la capsule ? Je ferais un joli prototype pour les extraterrestres ! ![]()
Non ? Bon.
Un livre d'Histoire illustré. Si jamais la vie recommençait ailleurs, il y aurait quelques faits historiques à connaître. Ce serait une bonne base pour l'évolution de l'espèce. Et un livre illustré, parce que la langue telle que nous la connaissons serait forcément perdue.
4) Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?
Les nombreuses pauses que je fais en ce moment.
Un lit, des millions de coussins pour caler mon dos (si mon dos est en dessous d'un certain angle, je suis comme les poupées, je ferme les yeux ...), un livre bien-sûr, et mon chat qui vient patouner sur mon pull avant de se mettre en boule ou de tout son long (des variantes existent) pour s'endormir. Un endroit au calme. La sérénité est là. ![]()
5) Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?
Aucun. Je suis certaine que si j'effaçais un personnage, d'autres pires que lui viendraient le remplacer. ![]()
6) Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?
C'est malin de me spoiler la fin de Harry Potter ! ![]()
Un neuvième tome, alors ? Moui ...j'ai arrêté au 5ème, car je trouvais que c'était déjà répétitif. Huit me parait être un bon chiffre pour passer à autre chose. Et puis, Harry peut avoir des enfants, la relève est assurée !
7) Jusqu'où êtes-vous allé pour un livre ?
En faire mon métier ?
Même si je ne suis ni libraire ni bibliothécaire, je garde toujours le contact avec la littérature. Je ne pourrais pas me passer de mots.
Sinon pour UN livre. Pas grand chose ... je n'ai jamais planté ma tente devant une librairie pour avoir un livre en avant-première.
8) Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part "bonjour")
Homère.
- Alors, est-ce vraiment vous qui écrivîtes l'Odyssée et L'Iliade ?
9) Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.
La tour de Montaigne me semble être un très bon début ! Sans oublier les sentences gravées dans le bois.
10) Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine 2ème guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?
Si j'avais la possibilité d'approcher Hitler de si près, je ne suis pas certaine de prendre le temps de lui donner un livre. Sivouvoyéckejvedire.
A mon tour (gnârk) de taguer quelques personnes !
Bel Gazou et son sac de filles, Gambadou la fana des livres, et Amanda
.
28 octobre 2009
Le Livre des choses perdues de John Connolly
Comment se consoler de la mort de sa mère quand on est un enfant de 12 ans ? Comment David qui avait mis en place des rituels pour éloigner la mort va-t-il le gérer ?
Avant de tomber malade, sa maman lui lisait pas mal d'histoires. Elle avait une conception bien particulière de leur pouvoir : elles se mettent à vivre dès qu'on les raconte. Ainsi pour que sa mère continue d'exister dans son cœur, David se met à lire de nombreux livres.
Un univers protecteur s'ouvre à lui ...
Quant à son père, il préfère lire des histoires contemporaines dans les journaux. Le monde moderne n'a rien d'enviable : Hitler vient d'envahir l'Europe et menace l'Angleterre !
David se crée alors une mission afin d'adoucir sa peine : sauver les livres de sa mère ! Il y avait là des légendes peuplées de chevaliers, de soldats, de dragons et de monstres marins, mais aussi des récits populaires et des contes de fées. (...) il y avait aussi de très vieux récits qui étaient si vieux et si étranges qu'ils avaient fini par accéder à une existence indépendante des pages qu'ils occupaient.
Un monde de livres en somme.
A côté d'eux, le monde réel continue de tourner. Après avoir présenté Rose à son fils, le père décide qu'il est temps de s'installer chez elle. Quelques mois plus tard, Rose tombe enceinte. David, qui n'avait pas encore digéré la mort de sa mère, gère mal cette situation. Très vite, il se sent rejeté par son père et les disputes sont nombreuses.
Une nuit, après une énième incompréhension, il entend la voix de sa mère dans le fond du jardin.
Derrière le mur du jardin, un passage !
David glisse alors dans un nouvel univers peuplé de nains, de loups et de sorcières ...
Le Livre des choses perdues s'ouvre sur le deuil vécu par un enfant. Le narrateur a, ma foi, bien compris le mécanisme de retrait dans ces cas-là. De la culpabilité naissante (qu'aurais-je pu faire pour éviter ce drame ?) au repli sur soi, tout en passant par un moment de soulagement (finalement je n'ai plus à aller la voir à l'hôpital) et les rendez-vous chez le psychiatre, la psychologie enfantine est ici très bien retranscrite, et jamais on ne tombe dans le pathos.
C'est un récit qu'on pourrait croire bien ancré dans le réel, s'il n'y avait de temps en temps l'intrusion d'éléments fantastiques comme cette ombre que David voit un jour dans la maison alors qu'il est dans le jardin, ou encore comme ces livres chez le psychiatre qui murmurent des phrases. Mais comme les adultes pensent que c'est l'imagination de David qui lui joue des tours, à quoi bon s'inquiéter ?
Et puis, le roman chavire vers le merveilleux. Lorsque cette bascule intervient, c'est un nouveau monde qui s'ouvre pour le lecteur. Un monde peuplé de personnages issus des contes comme Blanche-Neige ou encore la Belle au bois dormant.
Et comme dans tous les contes européens, le bien s'oppose au mal, cet univers est lui aussi soumis à ce manichéisme. A côté des personnages présents pour aider David, comme le garde-forestier, évolueront donc des personnages maléfiques comme le Sire Loup et les Harpies.
Cette profusion de personnages merveilleux ou monstrueux est étonnante : que viennent faire les Harpies aux côtés de Blanche-Neige ? En fait, ce roman est aussi une réécriture des contes et des légendes. Aussi il ne faudra pas s'étonner de trouver un Roland par exemple, personnage très inspiré de la chanson de geste moyenâgeuse du même nom.
Néanmoins, il ne s'agit pas d'une simple réutilisation des contes traditionnels puisque l'auteur a choisi de les détourner. Ainsi, pour ne citer qu'eux, les nains de Blanche-Neige sont transformés en redoutables syndicalistes au comique assez prometteur et la suite du petit chaperon rouge est si librement interprétée que Bettelheim doit bien rire dans sa tombe !
L'injection de ces différents contes dans ce récit permet de lui donner un certain allant dans l'action : pas une seule fois le lecteur ne peut imaginer quel personnage David rencontrera au cours de sa route.
A ce suspens s'ajoute une touche de cruauté, et on voit bien que le Connolly des romans noirs n'est guère loin. Il suffirait de gratter un peu la touche édulcorée des contes pour se retrouver dans un monde excessivement sombre.
Réinterprétation et relecture des contes et légendes sur un lit d'épines, Connolly signe là un conte initiatique fouillé et accessible aux adolescents au cœur bien accroché.
Ed. l'Archipel, 346 pages, 18 €50
Vous êtes déjà nombreux à l'avoir lu : Cathulu a été captivée et ne l'a pas lâché avant la fin, Fashion a glissé un "Magistral" en fin de billet, Karine :) a frémi (d'ailleurs, si ça peut te rassurer, j'ai moi aussi eu des frissons lors de cette lecture.), Gio a ri aux éclats par moments, Lilibook se demande si c'est bien un livre pour la jeunesse (je partage son avis), Esmeraldae trouve qu'il y a tout de même quelques longueurs et Noryane s'est rappelée de ses peurs enfantines en lisant ce livre.
Lu dans le cadre du prix des
, ce roman rentre aussi dans la catégorie Challenge littéraire de la rentrée. 11/14 ![]()
25 octobre 2009
Ce que je sais de Vera Candida - Véronique Ovaldé
Avoir quinze ans et partir de chez soi n'est jamais chose facile. Alors quand, en plus, on quitte le berceau familial et sa grand-mère adorée, avec un petit dans le ventre, ça l'est encore moins.
Pourtant, c'est bien à cet âge que Vera Candida partit de Vatapuna en direction de Lahoméria. Cette petite aux sourcils toujours froncés est déterminée à briser une fatalité qui pèse sur les femmes de sa famille. Alors un jour elle décida de quitter Vatapuna avec la ferme intention de ne jamais remettre les pieds là-bas.
Mais c'était sans compter le destin, ce farceur.
Quand s'ouvre le roman, la revoici dans le même bus qui vingt-quatre ans plus tôt lui avait permis de partir de Vatapuna, de respirer et de vivre de nouveau.
Mais il sera bien temps de raconter l'histoire de Vera Candida. Avant d'arriver à elle, le conteur nous parlera de sa mère, de Rose Bustamente, la grand-mère de Vera Candida, mais aussi du formidable lien qui relie Vera à sa grand-mère.
Il est des romans dont la première phrase reste en tête, et d'emblée on sait qu'on aimera cette histoire : Quand on lui apprend qu'elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna.
Pour la musique de cette première phrase, pour ce pays sorti de nulle part qui est déjà une invitation au rêve, pour cette femme qui a besoin de ses racines avant de partir.
La trame du roman est déjà là à l'état d'embryon.
Dès les premières pages, cette impression se confirme : sous les yeux du lecteur se déploie un pays imaginaire d'Amérique du Sud, une île plus précisément. L'histoire pourrait se dérouler dans un pays réel puisque la vie de ces hommes et femmes n'est pas si éloignée de la nôtre. Et pourtant, Vatapuna est une île exotique dont l'air est saturé d'iode. Une île à part.
C'est là que vit Rose Bustamente, dans une cabane près de l'océan. Mais avant de devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants de ce bout de mer, (elle) avait été la plus jolie pute de Vatapuna.
Rose a un destin de femme forte, que rien ne semble pouvoir ébranler. Figure lumineuse qui m'a véritablement enchantée, même si cette lumière traverse bien souvent, trop souvent, des courants d'air prompts à éteindre cette flamme.
La deuxième femme aura davantage la résistance d'une veilleuse. Fille lente et peu dégourdie, Violette est un point d'interrogation pour Rose, même si c'est sa fille. Et le lien maternel ne se tissera jamais vraiment. Le destin en décidera autrement pour Vera, la troisième femme de cette histoire, puisque sa grand-mère occupera une place primordiale dans sa vie.
L'ambiance de ce roman est vraiment particulière : l'air iodé et la chaleur de cette île arrivent jusqu'au lecteur, qui est de fait transporté à Vatapuna. Même si ces différents destins ne sont pas vraiment joyeux, les mots choisis rendent l'intrigue plus légère. Se crée ainsi un mélange assez étonnant entre une intrigue souvent sombre mais toujours teintée de vie et de tendre magie.
De véritables images naissent grâce à ces mots : Ces cicatrices-là, mon sucre, sont des étendards, disait grand-mère Rose. Au fond, c'est un avantage toutes ces coupures bien visibles. Quand le mal qui t'est fait est seulement à l'intérieur (mais sache, ma princesse, qu'il peut être aussi taraudant et violent que des coups de poing), alors ne pas perdre de vue ta colère et ta juste rage demande un bien plus gros effort.
Les maux sont ainsi détournés, et la vie n'en est que plus belle, ou plutôt son bagage est moins lourd à porter.
Un peu plus loin, voici comment le narrateur explique comment le Destin se joue des personnages : Ce fut la deuxième coïncidence. Mais les rencontres sont finalement une accumulation de coïncidences qui fait que deux personnes, essayant de résister à la malice du destin et de détourner les chemins qui les mènent l'une vers l'autre, se dirigent inexorablement vers une collision fatale.
Je peux citer d'autres extraits ... les pages cornées de mon livre montrent que la magie ne cesse d'opérer dans cette histoire :
Dans la vraie vie, on ne comprend pas toujours tout, il n'y a pas de notice, il faut que tu te débrouilles pour faire le tri.
Je pourrais en recopier d'autres, vous parler aussi du nom symbolique de Vera la Candide, la blanche, mais je vais plutôt vous inciter à lire cette merveille de la rentrée littéraire.
Ed. de l'Olivier, 292 pages, 19 €
Vous êtes déjà très nombreux à avoir été attrapés par le filet à poissons de Rose : BOB fait le point sur les nombreux billets déjà parus.
Challenge de la rentrée littéraire 10 /14 ![]()
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Roman lu dans le cadre du prix Goncourt des lycéens.
Ci-dessous, pour rappel, la liste des livres en lice :
Edem Awumey Les pieds sales
Sorj Chalandon La légende de nos pères
Daniel Cordier Alias Caracalla
David Foenkinos La Délicatesse
Eric Fottorino L’homme qui m’aimait tout bas
J-M. Guenassia Le club des incorrigibles optimistes
Yannick Haenel Jan Karsky
Justine Lévy Mauvaise fille
Laurent Mauvignier Des hommes
Serge Mestre La lumière et l’oubli
Marie Ndiaye Trois femmes puissantes
Véronique Ovaldé Ce que je sais de Vera Candida
Jean-Philippe Toussaint La vérité sur Marie
Delphine de Vigan Les heures souterraines


























