07 septembre 2010
Le retour des livres voyageurs : trois petits nouveaux sur les routes !
La rentrée littéraire continue son p'tit bonhomme de chemin et j'ai reçu des demandes de livre-voyageur.
Du coup, partent sur les routes trois nouveaux romans :
L'amour est une île de Claudie Gallay.
Une vie qui n'était pas la sienne de Juan José Millás
Les deux caravanes de Marina Lewycka
Trois romans différents, mais je les ai aimés tous les trois ... A votre tour d'être peut-être tenté ! :)
Le principe est toujours le même : si vous souhaitez lire ces livres, inscrivez-vous ici en écrivant un
commentaire, ou envoyez-moi un mail à bric.book@orange.fr
.
Quelques règles :
-
Avoir déjà posté plusieurs commentaires sur ce blog. En gros, il est préférable que
je
vous connaisse (Ne serait-ce que virtuellement).
- Ne pas garder le
livre reçu plus d'un mois. Le but est de ne pas faire attendre trop
longtemps les personnes suivantes.
- Me prévenir quand vous l'avez
fini afin que je puisse vous donner l'adresse de la personne suivante.
Les autres livres continuent leur route ...
Si jamais vous aviez loupé le coche, voici ceux qui voyagent en ce moment :
Pétales, Et les hommes sont venus, Le livre des choses perdues, Quand souffle le vent du nord, Tom, Petit Homme ...,
Tenir un cahier est devenu indispensable pour moi ... Et encore j'arrive à me tromper. J'ai une cervelle de moineau blond. C'est dire ...
06 septembre 2010
Nora de Robert Alexis
Robert Alexis, auteur qui explore avec brio les frontières entre la réalité et la folie jusqu'à les rendre floues, livre dans son dernier livre une certaine vision de la sexualité.
Nora, celle qui écoute, telle une écolière attentive, les six contes inventés par le narrateur, est une femme sensuelle et désirable. Ces six contes enchâssés peuvent faire penser aux Contes des mille et une nuits, bien que le conteur soit ici un homme, mais là aussi entre le conteur et le spectateur le désir de séduire est palpable.
S'agirait-il alors de montrer une nouvelle fois le pouvoir ensorcelant de la littérature ?
Pourtant, ne vous attendez pas à des histoires prudes. C'est un monde peuplé de fantasmes quelques fois cruels que le lecteur lira. Ainsi après avoir lu une histoire de prêtres et jeunes pensionnaires, on plonge derechef dans une nouvelle cruelle "Le Repas" aux accents zoophiles et même cannibales ...
La nausée n'est pas loin après ces lectures, et l'entracte qui coupe chaque nouvelle permet de souffler, de replonger dans un monde moins hostile : un monde plus réel. D'ailleurs Nora qui commente chaque conte une fois celui-ci terminé est la voix de la juste mesure. C'est elle qui dit lorsque le narrateur va trop loin. Aussi après "Le Repas", elle n'hésite pas à donner un avis négatif et déplore la mauvaise image des femmes véhiculée dans ce conte.
La suite du recueil prendra alors une tournure plus apaisée.
Outre ces variations sur les dérives de la sexualité, le lecteur peut entrapercevoir ici ou là des échos avec d'autres livres : "Le Banc" renvoie à La Robe du même auteur, quant à "Le Dahlia noir", le titre est trop explicite pour ne pas penser au roman d'Ellroy.
Avec ces échos se met en place un jeu de miroirs qui se répercute aussi sur les personnages. L'héroïne de la première nouvelle bascule de l'autre côté du miroir quand elle achète une figurine d'une petite effrontée. Telle une Alice candide qui découvrirait avec joie que sa jupe courte excite les hommes, et qui irait même jusqu'à écarter lentement ses cuisses aux passants ...
L'amour, la folie : après le fameux couple Eros-Thanatos, voici que Robert Alexis en crée un nouveau. L'amour, sentiment puissant qui pousse ici à l'abnégation, l'aliénation, voire la folie.
Encore une fois, Robert Alexis signe des textes dérangeants, mais ils sont quelques fois ici à la limite du supportable. Au final, ce sont des textes qui démontrent notre animalité dans toute sa splendeur.
L'amour barbare comme échappatoire du monde réel et qui nous replonge dans une transe proche de notre état originel.
A lire quand on a le cœur bien accroché : ces récits particuliers m'ont parfois donné la nausée, et par exemple, je ne verrai plus jamais de la même façon une assemblée de vieillards. Brr.
Un extrait car la plume de Robert Alexis est tout de même exquise et remplie de sensualité :
Si je devais trouver un point de départ aux curieux développements de ma vie ces dix dernières années, je choisirais sans hésiter le moment où Nora, assise jambes croisées au coin d’une table, une main posée en soutien de la tête, parlait sans que je retienne le moindre de ses mots. Non qu’elle fût tout à coup devenue inintéressante — ou ennuyeuse – elle était l’une de mes rares connaissances à toujours choisir des thèmes de conversation qui pussent me distraire – mais en raison d’un phénomène nouveau qui semblait vouloir désengager ma présence en s’attaquant à ses fondations : la capacité physique de l’écoute, cette patience qui admet l’autre en tant qu’acteur possible.
J’avais déjà, comme tout un chacun, éprouvé de ces absences si agaçantes pour l’interlocuteur. Une remarque suffisait à les briser et à refaire surface, selon l’expression que Nora affectionnait.
Mais cette fois, il en allait tout autrement. Une force plus considérable m’empêchait de rétablir le lien qui m’unissait, bien au-delà de la jeune femme, au monde ancien.
Le même réflexe qui pousse un noyé à s’agripper aux roches glissantes me retint sur la ligne de séparation des genoux posés l’un sur l’autre. Les chairs légèrement comprimées produisaient un renflement vite effacé en lisière de la jupe ; on le devinait, plus haut sur la cuisse, gagner en
importance et gonfler le tissu en une rondeur exquise.
Auteur Robert Alexis
Editeur Corti
Date de parution septembre 2010
Collection Domaine Francais
ISBN 2714310362
17€
Challenge de la rentrée littéraire 6/7![]()
Livre chroniqué dans le cadre de
.
05 septembre 2010
Et si je ne rentrais pas ?
Et si je ne rentrais pas ?
Un paquet de cigarettes entre les mains, des doigts qui tapotent le carton, un léger tremblement de la lèvre, l'œil qui tressaute : j'étais à bout de nerfs.
Et si je ne rentrais pas ?
Cette question d'un non retour hypothétique, tout le monde se l'est déjà posée un jour.
Et si je franchissais le cap, moi ?
Mais de quoi avais-je l'air, là, avec mon paquet de cigarettes, prêt à reprendre une habitude perdue depuis 10 ans ?
Est-ce que cette énième dispute valait ce faux pas ? Et elle, cette femme que j'avais épousée il y a 25 ans, en valait-elle le coup ?
Perdu dans mes pensées, je ne m'étais pas aperçu que la buraliste me dévisageait.
La cinquantaine, un air las, des vêtements quelconques, une corpulence qui trahissait la fréquence de mes cours de sport : je n'avais pas l'habitude qu'on s'attarde sur moi.
- Vous bloquez la file !
C'était donc ça. Que m'étais-je imaginé ...
Sortir de là, trouver un banc où me poser et en griller une.
Dans la rue, peu de passants. Le mois de novembre n'encourageait guère les sorties. Au loin, un couple s'était tout de même aventuré dehors. Un jeune couple encore insouciant. Main dans la main, le regard fier. Arrogant. Vainqueur.
Un jour, j'avais été l'un d'eux. Maryse à mes côtés. Aujourd'hui, nous vivons dans la même maison, mais chacun de notre côté.
Cliché pathétique mais ô combien véridique.
A partir de quel moment avions-nous cessé d'y croire ? Était-il possible de retrouver cette candeur oubliée ?
Il suffirait d'un rien, de retrouver ces impromptus, de prendre la vie comme un jeu.
Et si j'y retournais ?
©Leiloona, le 3 septembre 2009
***
Reprise des Impromptus littéraires sur mon blog. J'espère pouvoir avoir le temps de me poser pour écrire, cette année ...
Le sujet était le suivant :
Comme vous le savez tous, c'est la semaine de la rentrée, aussi bien scolaire que littéraire en ce qui concerne les Impromptus !
Nous avons donc souhaité vous proposer de prendre le contre-pied de cette incontournable "rentrée", avec cette idée qui vous a peut-être effleuré un jour "et si je ne rentrais pas ?"... prendriez-vous alors la clef des champs ?
Vous êtes invités à écrire un texte, en prose ou en vers, qui démarre obligatoirement par ces mots "Si je ne rentrais pas", quel que soit le sujet abordé ensuite.
04 septembre 2010
Résultat du jeu concours "Gagner un exemplaire de Percy Jackson, le dernier Olympien"
Et voici le résultat du jeu-concours organisé il y a quelques jours sur ce blog !
Vous avez été nombreux à participer, puisque j'ai reçu 47 mails avec les bonnes réponses !
J'ai entré vos noms dans le chapeau, j'ai mélangé et voici le nom qui est sorti du chapeau !
Il s'agit de Carole !
Bravo à toi !
Comme tu m'as déjà donné ton adresse dans le mail, je t'envoie dès la semaine prochaine Percy Jackson, le dernier Olympien.
Merci à tous d'avoir participé !
03 septembre 2010
Percy Jackson, le dernier olympien de Rick Riordan
Accrochez vos ceintures, le dernier tome de Percy Jackson est enfin paru !
Percy le sait : cette année scellera son sort et celui de l'Olympe ! Il va falloir jouer serré et surtout ne pas relâcher son attention car les partisans de Cronos ne lui feront pas de cadeaux !
A la colonie des Sang-Mêlé, c'est l'effervescence, tous les demi-dieux se sont préparés à l'ultime combat !
Bientôt Manhattan, le siège de l'Olympe, sera pris d'assaut par Cronos, et Percy devra s'interposer et prendre la bonne décision.
Selon la prophétie, en effet, il sauvera le monde ou le détruira ...
Dans ce dernier tome, place aux combats !
Et New-York devient du coup une nouvelle Troie ! Percy est entouré des troupes de Cronos et son objectif sera que le Titan ne prenne pas l'Olympe, ce qui reviendrait à détruire le monde tel que nous le connaissons.
Les combats se multiplient, de multiples ruses voient le jour : les demi-dieux doivent faire face à de courageux combattants et il faut trouver des parades. Les Dieux ne peuvent même pas les aider puisqu'ils sont eux-mêmes au combat : Typhon s'est réveillé et menace de détruire tout sur son passage.
Voici un dernier tome qui n'a pas déçu mes attentes ! J'ai retrouvé l'humour de Percy, humour qui est pour moi un pan important de son personnage : il le démarque des autres personnages pour adolescents.
Par exemple quand il décrit le monde de Poséidon, il le compare à un dessin-animé bien connu :
La cour principale grouillait de guerriers - des tritons à queue de poisson et au torse humain, mais à la peau bleue, détail non négligeable que j'ignorais jusqu'alors. Certains soignaient des blessés, d'autres aiguisaient des lances et des épées. L'un d'eux est passé à côté de nous en nageant très vite. Il avait les yeux vert fluo et des dents de requin. On ne nous montre pas ce genre de choses dans la Petite Sirène.
Ou par exemple, quand Déméter voir que Nico est un enfant malingre et chétif, elle lui conseille de manger plus de céréales. Pour la déesse de l'agriculture et des moissons, le clin d'œil est drôle.
On apprend aussi à jurer en grec grâce à Annabeth, mais aussi pourquoi les dieux pouvaient se marier ou concevoir des enfants entre frère et sœur. Après avoir lu ce tome, on pourra même peut-être avoir une explication aux dérèglements climatiques.
Bien-sûr, ne vous attendez pas à avoir des explications scientifiquement prouvées. Nous sommes dans un roman jeunesse ...
Outre ces caractéristiques déjà présentes dans les précédents tomes, l'auteur a bien su décrire les multiples combats et je n'ai pas eu l'impression d'avoir un catalogue de différentes positions d'attaques car l'histoire mêle le passé au présent, le passé étant là pour comprendre le présent. Ainsi le lecteur en sait plus sur l'enfance de Luke, ce qui peut aussi l'amener à comprendre pourquoi il a choisi de rallier les rangs de Cronos.
D'ailleurs, dans ce dernier tome, les dieux dits mineurs sont beaucoup plus présents, et s'il y a bien un tome pour réviser la mythologie grecque, c'est bien celui-ci !
Une intrigue bien construite car elle ne s'essouffle, ce tome conclut à merveille cette série. D'ailleurs, à la fin, l'auteur écrit qu'il s'agit de la première série de la colonie des Sang-Mêlé. cela revient-il à dire qu'il compte en entamer une deuxième ?
L'Oracle a bien prédit un autre combat, mais quand aura-t-il lieu ?
Voici que s'achèvent les combats de Percy Jackson : si vous aimez la mythologie et l'humour, cette série est faite pour vous.
Broché: 425 pages
Éditeur : Albin Michel (1 septembre 2010)
Collection : Wiz
Langue : Français
Traduit par Mona de Pracontal
ISBN-10: 2226209522
ISBN-13: 978-2226209528
13€50
02 septembre 2010
Dans la nuit brune d'Agnès Desarthe
En ouvrant le dernier roman d'Agnès Desarthe, on prend de plein fouet un vent glacial.
Un jeune homme est mort.
Un bête accident de moto.
Sa petite amie est au bord du gouffre. Sur son lit, elle se met en position fœtale et pleure de tout son soûl. Un grand bébé inconsolable que son père Jérôme ne sait plus comment prendre.
Autour de ce duo gravitent quelques satellites. La mère, tout d'abord, partie depuis longtemps du foyer et qui revient pour enterrer un garçon qu'elle ne connaît pas. D'ailleurs, connaît-elle encore sa fille ?
C'est une mère particulière. Distante.
Puis, il y a Rosy, la bonne copine de Marina. La fidèle amie qui vient tous les jours et qui offre ses rondeurs au corps désolé de son amie. Elle comble l'absence maternelle.
Un peu plus loin dans le récit, un inspecteur homo à la retraite viendra poser des questions à Jérôme. Il y a quelques mois, une jeune fille a disparu et il aimerait savoir ce qu'elle est devenue.
Enfin, une cliente de Jérôme entrera à pas de loup dans ce cercle.
Voici un roman sur le deuil, le deuil d'un jeune homme. Mais c'est aussi un roman sur la quête identitaire. Quand un enfant part trop tôt, les adultes replongent dans leur propre enfance et aimeraient effacer quelques points d'interrogation. C'est le cas de Jérôme qui adorait l'amoureux de sa fille. Jérôme est en effet un enfant trouvé. A 3 ans, il est sorti d'un bois et il ne se rappelle pas de sa vie d'avant ... Cette énigme à résoudre le taraude de nouveau lors de la mort d'Armand.
Quelques fois le récit fait une embardée et part sur quelques routes secondaires : il s'interroge sur le devenir des couples, mais aussi leurs désirs et leurs manquements, le rapport qu'entretiennent les parents avec leurs enfants ... parfois il flirte avec le conte quand il s'intéresse au passé de Jérôme. A-t-il vraiment été un enfant des bois ?
C'est la première fois que je lis un roman d'Agnès Desarthe.
Si le souffle glacial du roman m'a quelques fois rebutée (quelle idée aussi d'emporter un tel roman quand on part au soleil ...), la plume de l'auteur m'a charmée.
Moins tranchante que Claudie Gallay, mais un peu âpre tout de même. J'aime ces écritures qui semblent posséder un souffle intérieur.
En revanche malgré la révélation finale, qui se veut être l'acmé du roman, son point culminant, j'ai trouvé que le récit s'effilochait trop en de nombreux ramages pour pouvoir posséder une véritable tension. Le deuil, la disparition d'une jeune fille, la simili-enquête, les problèmes relationnels et la quête identitaire : des thèmes lourds, aussi j'aurais préféré davantage de ponts reliant ces thèmes ...
Malgré tout, la plume de Desarthe vaut le détour. Aussi, j'essaierai un autre de ses romans. Peut-être que la construction de celui-là ne me chagrinera pas.
Auteur Agnès Desarthe
Editeur Olivier Eds De L'
Date de parution 19/08/2010
Collection Littérature française
Format 14 cm x 21 cm
ISBN 2879296978
18 €
211 pages
Pour Clara, ce fut une lecture mi-figue mi-raisin.
Livre chroniqué dans le cadre des ![]()
Challenge
5/7
31 août 2010
Miral : le livre et cinq places de ciné à gagner !
Z'avez vu ? Pour adoucir cette rentrée un brin morose (j'hésite même à remettre du chauffage, c'est dire), rien de tel qu'une petite participation à un jeu-concours pour gagner un livre ou cinq places de ciné (d'ailleurs, si vous n'avez toujours pas joué, vous pouvez toujours gagner jusqu'à ce soir un exemplaire du dernier Percy Jackson, là.).
Le p'tit topo de "Miral" :
Miral, réalisé par Julian Schnabel, le réalisateur de l'excellent film "Le Scaphandre et Le Papillon", est l’adaptation du Best-seller de Rula Jebreal.
Jérusalem, 1948.
Alors qu'elle se rend à son travail, Hind, une jeune Palestinienne, recueille un groupe d'enfants victimes d'une attaque israélienne. Ainsi naquit l'institut Dar Al Tifel, un pensionnat pour enfants palestiniens. Miral, fillette de 7ans est conduite par son père Jafal à l'institut après le suicide de sa mère. Les années passent et à 17 ans, Miral se retrouve à l'heure des choix : partagée entre la défense de la cause de son peuple par la force et l'idée, inculquée par Hind, que l'éducation est la seule solution.
Le film est présenté en compétition dans le cadre de la 67ème Mostra de Venise.
La bande-annonce :
Pour gagner une place de ciné (un des gagnants repartira aussi avec le livre.), il suffit de répondre à ces deux questions :
1. Quand sort le film ? (Indice.)
2. Miral est interprétée par Freida Pinto : dans quel autre film à succès a-t-on vu cette actrice ? (Indice.)
Envoyez vos réponses à bric.book@orange.fr. Vous avez jusqu'au 15 septembre.
A vous de jouer ! :)
28 août 2010
Une vie qui n'était pas la sienne de Juan José Millás
Manuel, un voisin de Laura et Julio, vient de sombrer dans le coma. Pour le couple, la vie vacille. Ce voisin qui était venu au départ pour un besoin insignifiant (de l'huile) a peu à peu pris une place très importante. Laura et Julio n'ont pas réussi à avoir d'enfant et finalement Manuel a remplacé cet absent ...
Mais les voici qui se retrouvent seuls. Seuls à devoir gérer le quotidien. Mais de quoi pouvaient-ils donc bien parler avant Manuel ? Cet homme, dont Julio ne sait pratiquement rien, était en définitive le ciment du couple.
Quand le père de Manuel demande à Julio de garder les clés de l'appartement de son fils, notre maquettiste s'aperçoit que l'appartement de Manuel est construit à l'identique du sien, un peu comme un miroir. Julio prend aussitôt un plaisir certain à découvrir cet appartement, un peu comme un voyeur le ferait. D'ailleurs, quand il constate qu'il peut aussi épier sa femme, son plaisir augmente encore plus.
Quelques temps plus tard, sa femme lui demande de partir, Julio s'installe alors chez le voisin, sans rien dire à sa femme.
Commence alors un jeu pernicieux au cours duquel Julio épie sa femme et fouille dans l'appartement de Manuel. Bientôt, il change sa façon de s'habiller : enfiler les habits d'un homme absent est facile, mais prendre sa place sans perdre de plumes l'est moins.
Et comme souvent quand on joue à un jeu dangereux, ce qu'il découvrira un jour dans l'appartement ne l'enchantera guère ... Lui qui plaçait Manuel, cet écrivain qui n'écrit pas, sur un piédestal, déchantera vite.
La quatrième de couverture parle de Juan José Millás comme l'un des plus grands écrivains espagnols contemporains. Avec la lecture de ce livre, ma lacune est enfin réparée, et j'avoue avoir été conquise dès les premières pages par une écriture assez clinique ou mathématique.
Voici l'incipit pour vous donner un aperçu : L'appartement dans lequel sonne en ce moment le téléphone a deux chambres et une salle de séjour. Celle-ci donne sur une rue étroite du centre et se divise en deux parties : celle de gauche, très proche du comptoir de la cuisine américaine, pour prendre les repas, et celle de droite, autour du téléviseur, la salle de séjour proprement dite.
Cette écriture du détail permet au lecteur de se représenter aisément les lieux du récit, et cette description méticuleuse prendra tout son sens au milieu du roman.
C'est aussi une écriture qui m'a fait penser à la vision qu'on pouvait avoir en regardant un films d'Hitchcock.
Et puis, comme le narrateur extérieur au récit appréhende l'histoire à travers les pensées de Julio, qui crée des maquettes d'appartement, le lecteur a d'autant plus l'impression d'être dans la tête de Julio grâce à cette écriture.
Cette écriture clinique évolue au fil des pages, et, si la narration est dénuée de ponctuation expressive, les sentiments de Julio sont bien mis en valeur, et ses angoisses transparaissent tout de même.
D'ailleurs, Julio possède lui aussi un talent de conteur indéniable et quand il raconte des histoires d'ombres à une petite fille, on ne peut que faire un parallèle entre ses histoires d'ombre et de lumière : en effet, Julio aussi mène une vie dans l'ombre.
Dans l'ombre de Julia tout d'abord puisqu'il vit dans l'appartement concomitant au sien. Dans l'ombre de Manuel aussi puisqu'en prenant sa place, Julio ne sait plus bien qui il est vraiment.
Une mise en abyme à multiples tiroirs pleinement réussie puisqu'elle fait sens. Julio en fait est passé de l'autre côté du miroir et fait le point sur son ancienne vie tout en essayant le costume d'un autre ...
Outre les qualités narratives de ce roman, c'est aussi un livre qui dépeint avec une certaine tristesse la vie d'un couple à l'agonie, mais c'est aussi un récit du dernier espoir, du dernier cri. Et Julio est un personnage masculin d'autant plus intéressant qu'il n'hésite pas à montrer sa part de féminité et abat toutes ses cartes pour pouvoir enfin chérir ce qu'il attend depuis un certain nombre d'années.
Un roman excellemment construit dont les personnages ont su me toucher. Un livre à lire d'une traite pour se perdre dans les méandres de la réalité.
Auteur Juan José Millas
Editeur Galaade
Date de parution 19 août 2010
Collection Litterature Etrangere
ISBN 2351760786
Traduit par André Gabastou
15€
Eloah aussi a aimé : Une Vie qui n'était pas le sienne se lit d'un seul souffle, prenant le lecteur par la main à la première page pour le lâcher à la dernière, avec en tête l'idée que sa vie peut être autre que ce qu'il croit ...
Je remercie
de m'avoir permis de recevoir ce livre en avant première.
Challenge de la rentrée littéraire 4/7![]()
26 août 2010
L'Amour est une île de Claudie Gallay
Ouvrir un livre de Gallay et se laisser bercer par le clapotis du fleuve.
Exit la mer de la Manche et ses déferlantes, place au fougueux Rhône !
Le ciel n'est pas celui de la Normandie, il n'est pas couvert d'épais nuages annonciateurs de pluie, et pourtant on se sent d'emblée cerné. Par les remparts d'Avignon et la moiteur de l'été.
Le Rhône aux eaux brunes sert d'apéritif. Dessus, une péniche qui abrite Odon, un metteur en scène.
Trop libre pour habiter entre les remparts de la cité des papes. C'est un homme hanté par Mathilde, devenue depuis une comédienne reconnue.
La Jogar.
Mathilde a revêtu un costume de scène et elle joue le plus grand rôle de sa vie : la Jogar était née.
Odon vient d'apprendre qu'elle était revenue pour le festival. Elle joue Francesca, l'épouse éplorée de la "Route de Madison".
Comment ne pas la croiser ? Comment ne pas de nouveau se consumer d'amour pour elle ? Ira-t-il la voir jouer ? Le pourra-t-il seulement ?
Cette année, le festival est marqué par une grève qui semble interminable. Le "In" est menacé. Le théâtre d'Odon sera-t-il lui aussi touché ?
Et qui est cette jeune femme aux multiples piercings ? Pourquoi rôde-t-elle autour du théâtre d'Odon ? Que veut-elle ?
Un festival compromis, des personnages hantés par leur passé, une chaleur étouffante. Ce roman de Gallay pourrait être un huis-clos. Seule la péniche, à l'extérieur de la ville, semble ne pas être touchée par cet enfermement, bien qu'elle soit elle aussi immobile dans les eaux brunes du Rhône. Va-t-on assister à une tragédie en 5 actes ?
De sa plume acérée et tranchante, Gallay impose sa griffe et signe encore une fois un roman où les personnages sont englués dans un certain marasme. Les phrases entrecoupées scandent ce manque de souffle, cette asphyxie qui touche le personnage. L'oeil du lecteur, quant à lui, tressaute à chaque retour à la ligne.
Ce sont des personnages hantés par le passé dont la cicatrisation est sans cesse retardée. Des hommes et femmes marqués par la solitude malgré la foule présente au festival.
La plupart des personnages ont choisi le théâtre pour se cacher. Il est facile au théâtre de se cacher derrière un rôle, un masque. L'illusion est parfaite.
Mais derrière les paillettes règne un grand désarroi.
Au milieu de ce theatrum mundi, il y a Marie.
Marie qui est vierge de toute cette mascarade, Marie qui porte contre son ventre les cendres de son frère, Marie qui prend des photos et dévoile la réalité nue et crue, Marie la paumée qui pourrait bien se transformer en Erynnie, déesse de la vengeance...
Comme ce roman parle du théâtre, le texte se fait quelques fois miroir : Il dit qu'écrire ne suffit pas. Il parle de la difficulté de trouver le souffle d'un texte, cette chose essentielle qui fait qu'il ne sera pas seulement joué mais porté, transcendé. La littérature est plus qu'une question de mots. Une mise en abyme où l'auteur semble donner sa définition de la littérature au travers d'Odon et revisite d'ailleurs le mythe de l'écrivain maudit.
Malgré l'asphyxie procurée par ce texte, j'ai eu du mal à lâcher ce roman. Encore une fois la musique de Claudie Gallay m'a parlé et nourrie. Je ne verrai plus Avignon de la même façon.
Broché: 350 pages
Editeur : Actes Sud (18 août 2010)
Collection : ROMANS, NOUVELLE
Langue : Français
ISBN-10: 2742792856
ISBN-13: 978-2742792856
Violaine a aimé elle aussi : Difficile d’abandonner le livre avant d’être parvenu à la dernière page et l’on reste habité pour longtemps par la poésie de certaines phrases. Un petit chef d’œuvre qui, je l’espère, illuminera vos lectures estivales.
Challenge de la rentrée littéraire 3/7![]()
Livre chroniqué dans le cadre de ![]()
L'interview de Claudie Gallay ici.
25 août 2010
Paroles d'étoiles, mémoires d'enfants cachés
Dans cet album qui alterne textes et images, la voix des enfants juifs s'élève. C'est une voix touchante, mais jamais larmoyante. La voix de ces enfants qui se se sont tus pendant de nombreuses années.
Ces courts textes mettent l'accent sur le terrible sentiment d'abandon que ces enfants ont vécu. Comment comprendre à cet âge-là le départ définitif des ses parents ? Comment comprendre que cette famille à qui on a été confié n'est pas la nôtre ? Comment renouer, après la guerre, des liens déchirés par la force des choses ?
Outre ces liens familiaux à jamais rompus, l'album met aussi en avant la méchanceté des gens qui se révèle quand il s'agit de profiter de tel ou tel enfant.
Délation, abandon, retrouvailles difficiles ... on n'ouvre pas ce livre pour rire ou pour se divertir.
On le lit car il fait partie du devoir de mémoire.
Cette alternance entre les paroles et les images est intéressante car elle permettra au jeune lecteur de comprendre comment s'articule le texte et les images. Ainsi, même si la BD qui suit le texte reprendre ce dernier, on voit ici des ajouts, là des suppressions.
Une très belle initiative !
Broché: 62 pages
Editeur : J'ai lu (9 septembre 2009)
Collection : Librio Document
Langue : Français
ISBN-10: 2290015504
ISBN-13: 978-2290015506
5€








































