Au gré des paysages qui défilent devant elle, Anne pense à l'homme qu'elle est partie rejoindre, à cette voisine qu'elle a laissée derrière elle, à la vie qu'elle aurait pu avoir, à celle que d'autres auraient pu avoir.
De temps en temps elle revient à la réalité en regardant ses voisins du Transsibérien. Elle tend l'oreille pour attraper quelques mots en russe avant de replonger dans ses pensées.
Le rythme régulier du train est propice à la rêverie. Tous ces paysages qui défilent à vitesse accélérée permettent à Anne de revivre elle aussi sa vie en avance rapide. L'abandon de son corps dans ce compartiment lui donne enfin l'occasion d'être plus réceptive à ses choix de vie.
Plusieurs histoires se superposent donc dans ce roman. Celle du personnage principal, mais aussi celle de la vieille dame, Clémence Barrot, à qui Anne faisait la lecture avant de partir pour Irkoutsk. Une vieille dame avec un choix de vie étonnant, qui semble figée sur son canapé rouge, comme si elle couvait un trésor.
C'est donc un roman où la vie est comme en suspens.
A l'intérieur de la bulle du train, il est enfin possible à Anne de penser à sa vie, d'y réfléchir. Un peu comme si la vitesse du train lui permettait enfin de tourner son esprit vers le passé. Du coup, c'est un roman très introspectif. Sur la vie d'Anne, mais aussi sur celle d'autres personnes ayant compté dans sa vie.
Souvent j'ai moi-même été bercée par ce train car l'écriture est très fluide et ponctuée d'images qui rendent le texte très sensuel. Le mot sensuel ici n'a rien d'érotique ... de l'écriture de Lesbre s'élève une musique assez douce et captivante. A l'image de ce train donc.
Et puis, voici que l'auteur insère même une phrase de Camille Claudel. Je crois que cette citation a achevé de me séduire. Ce n'est pas une citation que je classe parmi les plus belles qui existent. Pour moi, c'est LA citation, celle qui m'a fait aimer Camille Claudel.
Voici ce qu'elle écrit à Rodin : Il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente. Encore aujourd'hui, cette phrase me trouble et me touche énormément.
Comme la musique de cette écriture m'a parlé, j'ai du coup corné plusieurs pages. Voici certaines des petites phrases qui m'ont bercée :
Je savais que le véritable voyage se fait au retour, quand il inonde les jours d'après au point de donner cette sensation prolongée d'égarement d'un temps à un autre, d'un espace à un autre. Les images se superposent, secrète alchimie, profondeur de champ où nos ombres semblent plus vraies que nous-mêmes.
Si mes bagages apparents étaient sommaires, j'en avais d'autres en tête qui me débordaient parfois et me ramenaient le plus souvent à mes inquiétudes.
C'est peut-être ça vieillir, ne plus chercher l'éternel équilibre.
Ed. Folio, 138p, 5€
Jorge Semprun : Il sera difficile d'oublier Le Canapé rouge. Sa petite musique russe, universelle, retentira longtemps à nos oreilles.
Livre repéré chez Stéphie qui a aimé tout comme moi.Elle a trouvé que c'était un roman qui donnait envie de grands espaces. C'est aussi un grand coup de cœur pour Belle Sahi. Hathaway a elle aussi aimé ce voyage. Fashion a revanche s'est ennuyée et a même été agacée parfois.