Bric à Book

En pagaille ordonnée, des livres (pour le côté sérieux) mais pas que ... se nichent aussi des fariboles et des notes sur la musique.

16 juin 2009

Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

caf__jeunesse_perdue___modianoDans le café Condé situé près de l'Odéon, des jeunes entre dix huit et vingt-cinq ans se retrouvent. Parmi ces habitués une femme, une certaine Louki, capte l'attention. Un peu comme ces actrices des années 50 qui accrochaient la lumière.
D'elle on ne sait pas grand chose. Même Louki n'est qu'un pseudo.
Ces jeunes se retrouvent donc dans ce café, qui semble être un de ces lieux au pouvoir magnétique : si l'on faisait des probabilités le résultat l'aurait confirmé : dans un périmètre assez étendu, il était inévitable de dériver vers lui. J'en sais quelque chose.
Le Condé agit donc comme un aimant. Quant à ses habitués, ils semblent figés dans le passé, un peu comme si le futur ne pouvait exister.

C'est un roman à quatre voix. Le premier narrateur semble très intéressé par cette Louki. Le halo mystérieux qui l'entoure le fascine. Ainsi, ce premier narrateur, étudiant, épluche jour après jour un cahier dans lequel un client a marqué toutes les entrées dans ce café. Il espère retrouver la trace de Louki.
Puis un second narrateur commence son récit, lui aussi centré sur la jeune femme ... les clients du café le connaissent comme éditeur d'arts, mais peut-être n'est-ce qu'une couverture ...
Vient ensuite le récit de Louki. Enfin le lecteur peut approcher de près cette femme si énigmatique. Le quatrième récit sera celui de Roland.
Quatre récits sur Louki. Sur sa vie avant d'arriver au Condé, sur ses fréquentations.
Et pourtant, il me serait encore difficile de décrire avec précision cette femme. Les personnages de Modiano ne sont que des fantômes, des êtres où la lumière transparaît en filigrane. Ce sont des êtres errants et sans attaches. La seule chose qui les rattache au monde est le lieu dans lequel ils vivent.
Dans ce Paris des années 60, dans ce café près de l'Odéon. 
Mais eux n'ont pas d'identité propre. C'est le lieu qui les habite et les rend moins transparents.
Étrangement les différents lieux sont tous estampillés. Il y a des lieux à éviter pour Louki, des lieux où l'ennemi semble se terrer. Il y a aussi "les zones neutres". Un peu comme si ce Paris d'après-guerre était encore marqué par celle-ci.
C'est un roman lent, presque délisquescent, où les personnages n'ont rien d'enjoué. Un roman où l'identité des personnages est encore très floue. Si vous aimez Modiano, vous ne serez pas déçu par ce roman.

Ed. Folio, 160p, 5€

Livre repéré chez Bookomaton "une écriture sobre et retenue".

Posté par Leiloona à 11:52 - Chez Folio - Commentaires [44] - Permalien [#]
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