Soulfood était un temple, parce que c'était le lieu de la ville où on préparait le mieux -divinement- ce repas pour démunis, qui est le joyau secret de notre gastronomie. Celui qui n'est pas à la carte d'aucun restaurant, mais dont tous les Camerounais se délectent dès qu'ils en ont l'occasion (...) ce soulfood des berges du Wouri portait bien son nom (...) les mouvements des peuples, la migration des aliments.
Quand on a quitté son pays natal, une façon express d'y retourner est de plonger dans les saveurs qui ont bercé notre enfance. Pour Léonora Miano, le point de départ est une pierre à écraser. Tenue dans le creux de la main, elle épouse parfaitement les formes de la paume. Aussitôt, j'entends le clapotis de l'eau sur les rochers. Le chant des pêcheurs qui rapportent une moisson de soles à braiser pour les fines cuisinières de la côte.
Tout est là, dans une pierre rapportée du pays. Elle ouvre la porte des sens : l'ouïe avec cette eau nourricière, l'odeur de la friture des misole, le toucher avec le suc baveux du gombo, et la vue de ces rivages que Léonora Miano a quittés.
Une simple pierre est c'est un océan de saveurs qui s'ouvre devant elle et devant nous par la même occasion.
Ce livre est donc l'occasion pour l'auteur de nous faire partager la cuisine du Cameroun, mais aussi de nous raconter quelques anecdotes rattachées à cette cuisine. Du bar Soulfood où elle aimait se rendre, au pain chargé (sandwich) Jazz traître si on ne possède pas une certaine dextérité, en passant par un dilemme amoureux qui sera résolu grâce à l'élaboration d'un plat : la cuisine camerounaise est vue sous tous les angles.
En lisant ce recueil, je n'ai pu m'empêcher d'imaginer les rives du Wouri, de goûter à des saveurs finement pimentées et de voir les rues animées et poussiéreuses.
Ce livre ouvre les sens, c'est une véritable invitation à partager les souvenirs de l'auteur.
Le petit plus est d'avoir aussi inséré des remarques sur l'étymologie ou encore la formation des mots en pidgin-english. Par exemple je sais maintenant comment s'est formé le mot "Cameroun".
Ajoutez à tout cela une pincée de la verve de l'auteur et vous aurez cette Soulfood Equatoriale.
Dans ses autres romans, Léonora Miano était une messagère beaucoup plus sombre et moins enjouée : même si ici la narratrice est encore tournée vers le passé, si l'écriture est toujours remplie d'un beau souffle poétique, les souvenirs ne sont pas de la même veine et l'auteur semble prendre ici un nouveau virage. Jamais par exemple je n'aurais pensé qu'elle était aussi malicieuse : son écriture est remplie d'humour, autre qualité qui vient s'ajouter à toutes les autres.
Ed. Nil, 101 pages, 12 €
Bookomaton dit que c'est sensuel, tendre et gourmand, pour Cuné ce sont 101 pages craquantes à dévorer sans modération, pour Cathulu ce recueil est un joli mélange de légendes et de modernité.
Janvier 1946, Londres
Même si les stigmates de la seconde guerre mondiale sont encore présents, la vie semble reprendre peu à peu ses droits.
Juliet Ashton, jeune journaliste d'une trentaine d'années, fait partie de ceux qui ont pris le parti de faire rire les autres en temps de guerre, et son livre humoristique a eu un certain succès.
Mais l'heure est venue de tourner la page. Ainsi Juliet souhaite oublier son pseudonyme Izzy Bickerstaff pour se consacrer à un autre livre plus sérieux.
Mais la feuille blanche la nargue, l'inspiration tarde à venir.
Alors qu'elle fait la promotion de son premier livre, Juliet reçoit une lettre venant de Guernesey. Oh, ce n'est pas du tout un admirateur secret. Non. Dawsey Adams est l'heureux propriétaire d'un ancien livre de Juliet, Les Essais d'Elia de Charles Lamb, auteur qu'il vénère. Et comme la guerre a fait disparaître les librairies, Dawsey a écrit à Juliet pour lui demander l'adresse d'une bonne librairie londonienne.
Voici comment commence une longue série de lettres où Juliet apprendra comment une tourte aux épluchures de patates peut rapprocher les gens.
De ce roman, je pourrais vous parler des personnages attachants, drôles mais aussi touchants, des échanges de lettres qui donnent la parole à tous les personnages et permettent au roman de ne jamais s'essouffler, de Guernesey merveilleusement décrite (ce roman devrait d'ailleurs aussi être vendu comme un guide du routard puisqu'il donne envie de prendre illico un billet pour les îles anglo-normandes), de ces informations que le roman donne sur des îliens qui ont bien souffert durant la seconde guerre mondiale, ou encore de ce cercle littéraire qui est un joli pied de nez à l'occupant allemand mais qui montre aussi à quel point les livres rassemblent les gens.
Oui, je pourrais vous en parler, mais je crois que le mieux est encore de découvrir ce livre par vous-même, de rire à la verve de Juliet, d'être touché par l'histoire d'Elisabeth, de vouloir Isola comme amie, de ne pas savoir qui est vraiment Dawsey.
Un petit bonbon à déguster et à faire partager.
Ed Nil, 391p, 19€
La blogosphère a craqué depuis longtemps sur ce roman (il a d'abord été vendu chez France Loisirs, ce qui m'embêtait drôlement ...) : Fashion dit que c'est un livre fabuleux qui vante les vertus de la lecture, de l'imagination et de l'humour face à la barbarie, Keisha nous ordonne de le lire, Brize écrit que c'est un roman qui a toutes les qualités requises pour faire passer un joli moment au lecteur, pour Manu le livre met du baume au cœur, pour Emjy l'auteur est une formidable raconteuse d'histoires, Alwenn l'a lu d'une traite.
Delphine Peras pour TV5 : Outre cet épisode historique assez méconnu, ce joli livre bourré de
bons sentiments est aussi plein d'esprit et d'humour. Un régal, on vous
dit ! Seul regret: on n'y trouve jamais la recette de la tourte aux
épluchures de patates...
Des avis en anglais, trouvés sur le site officiel du livre : I can’t remember the last time I discovered a novel as smart and delightful as this one, a world so vivid that I kept forgetting this was a work of fiction populated with characters so utterly wonderful that I kept forgetting they weren’t my actual friends and neighbors. Treat yourself to this book please—I can’t recommend it highly enough. (Elisabeth Gilbert)
Quelques phrases du livre que j'ai soulignées :
- Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas.
- C'est ce que j'aime dans la lecture. Un détail minuscule attire votre attention et vous mène à un autre livre, dans lequel vous trouverez un petit passage qui vous pousse vers un troisième livre.
Et sur cette vidéo, des extraits de ces lettres en anglais :