Bric à Book

En pagaille ordonnée, des livres (pour le côté sérieux) mais pas que ... se nichent aussi des fariboles et des notes sur la musique.

14 mars 2009

Les Naufragés de l'île Tromelin d'Irène Frain

tromelinLe thème du nouveau roman d'Irène Frain m'intéressait : pendant les vacances, j'ai regardé trois saisons de Lost et je n'en suis pas ressortie indemne (accro je suis). Il faut dire que tout ce qui touche de près ou de loin à une île mystérieuse m'intéresse. Un reliquat de Jules Verne sans doute.
Bon, vous vous doutez bien qu'Irène Frain n'a pas publié un livre sur la série Lost ... mais il m'en faut peu pour titiller ma curiosité. Voilà pourquoi j'ai accepté l'offre de chez les filles. D'autant plus que je n'avais jamais lu cet auteur : c'était  donc l'occasion de la découvrir.
Mais venons-en à l'histoire ...

ile3L'île Tromelin existe. Elle se situe dans l'océan Indien, à quelques lieues de Madagascar. Mais sa situation géographique exacte a été difficile à déterminer car de façon quasi mystérieuse, sa latitude change. (Lost, j'vous dis !)
C'est donc une île qui se dérobe à la longue-vue, à croire qu'elle n'a jamais existé.
Mais c'est une île bien réelle qui résiste aux déferlantes car tel un phénix elle renaît de ses cendres. Rien de plus normal pour ce sommet d'un vieux volcan ...
C'est aussi une île qui rend fou, une langue de terre sur laquelle rien ne tient bien longtemps. Les marins l'appellent tantôt "Isle de sable" ou encore "Île du danger". (Je ne suis pas vraiment certaine de vouloir en faire ma prochaine destination de vacances.)
ile2En 1761, le capitaine Lafargue fit escale à Madagascar. Une étape pas vraiment fameuse puisqu'il s'agissait d'acheter frauduleusement des Malgaches et les mettre dans la cale avant de les revendre. Lafargue est sûr de lui et de sa carte, mais suite à une erreur de calcul, L'Utile (le bateau de Lafargue) fait naufrage. Blancs et noirs se retrouvent donc sur cette langue de sable, coupés du monde. Petit à petit ils s'organisent : s'ils ne veulent pas mourir, il faudra récupérer quelques affaires sur l'épave mais aussi trouver de l'eau douce.

ileIrène Frain a eu l'idée de ce roman en rencontrant Max Guérout qui fait partie du Groupe de Recherche de l'Archéologie Navale parrainé par l'UNESCO. L'enjeu de ses recherches était de comprendre comment des hommes avaient pu survivre sur une île aussi hostile. Ce qu'il a découvert sur cette île est assez étonnant car les vestiges montrent que ces hommes se sont adaptés à cet univers, développant des techniques qu'ils n'utilisaient pas alors.

La démarche d'Irène Frain n'est pas scientifique. Au contraire, elle a voulu donner vie à ces bribes d'informations.
La première partie du roman s'attache à décrire la rigueur de l'île. Gare à ceux qui n'aiment pas les descriptions ! J'ai pour ma part aimé cette partie qui donne le ton du roman :
De gigantesques troncs, des souches blêmies de sel ou de gros bambous où continue de se lire, au long de veines encore vertes, le parcours de la sève. C'est sur l'île le seul indice qu'un autre monde puisse exister par-delà les vagues. Et qu'il obéisse à d'autres lois que celles de la guerre qui oppose la mer et le corail. Ces côtes est et sud, où se concentrent les épaves, sont les plus hostiles. Les tortues elles-mêmes ne s'y risquent pas.
La deuxième partie du roman s'attache à décrire le caractère de quelques personnages du bateau. Le narrateur se glisse dans la peau de chaque personnage et ces différentes focalisations internes m'ont un peu déroutée. A l'instar des vagues, le lecteur est balloté de personnage en personnage sans jamais pouvoir vraiment s'attacher à l'un d'eux. Bien-sûr il aurait été difficile de narrer l'histoire du point de vue d'un seul personnage, mais peut-être cela m'aurait-il permis de me glisser plus facilement dans l'histoire.
La suite du roman montre comment des hommes si différents ont vécu ensemble. Là encore, le lecteur passe d'un personnage à l'autre. De temps en temps, le narrateur se fait omniscient et délivre des informations contemporaines. Cette démarche est étonnante car elle rend le genre du livre ambigu. Est-ce un roman, un roman historique, un documentaire ? Au regard de la fin, je serais même tentée de parler de conte philosophique. C'est d'ailleurs cette dernière partie qui m'a le plus intéressée car elle soulève de nombreuses questions et montre l'impact que ce naufrage a eu durant  le siècle des Lumières.

Finalement, c'est un livre que j'ai aimé lire pour son histoire et son style, mais dont l'approche d'écriture m'a laissée dubitative. Pourquoi avoir navigué ainsi entre les genres ?

Chez Michel Lafon, 372p, 20€

Le site officiel du livre sur lequel vous pourrez voir des photos, des vidéos ...

En commençant ce livre, j'avais un peu peur de jeter l'éponge comme Cathulu. Lou a eu du mal avec les premiers chapitres, mais elle a été séduite par l'ensemble du roman. D'autres avis ici. (Difficile de tous les citer.)

04 juin 2008

Mister Pip de Llyod James

Caché derrière son bandeau rouge (que je n'aime pas car c'est toujours leeeeee meilleeeeeeur bouquin du monde patati patata) bien dithyrambique, la  couverture colorée me faisait de l'œil.

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Le dessin enfantin façon collage à la Matisse est éclipsé par le bandeau rouge.

Mes yeux se portent donc sur ce dernier : (comment le louper, hein !)
Je ne connais aucun livre qui montre de façon aussi jubilatoire et inattendue la puissance que peut exercer la littérature sur notre vie. Nancy Huston
Ah oui, tout de même ...
Je retourne le livre pour lire la quatrième de couverture et là je tombe sur l'avis d'un autre auteur que j'aime beaucoup: Isabelle Allende.

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Poétique, bouleversant, pouvoir des contes.
Re-mince alors.
L'épigraphe d'Umberto Eco achève de me convaincre : Les personnages migrent.
Le résumé de la quatrième de couverture quant à lui est assez sommaire, mais je préfère : parfois on en sait trop en lisant la quatrième de couverture. (Faut s'méfier, si si !)

Nous embarquons donc en direction d'une île du Pacifique appelée Bougainville (tiens tiens ...) qui est coupée du monde : une guerre civile entre les rebelles (les Rambo) et les Peaux-Rouges empêche les habitants de vivre sereinement. Matilda vit sur cette île seule avec sa mère, depuis que son père est parti travailler en Australie. Les journées sont longues sur cette île coupée de tout .. jusqu'à ce que Mr Watts, appelé Bel Oeil, réouvre l'école.
C'est un personnage étrange : affublé d'un nez rouge, il se rend souvent sur la plage, tirant sa femme impotente sur un chariot. Puis il possède une autre particularité : cet homme est le dernier blanc de l'île. Loin d'être un puits de science, il avoue son manque de connaissances. Selon lui, posséder un énorme savoir n'est pas le plus important : seuls les sentiments qui unissent les habitants de l'île peuvent apporter un sens à la vie.
Matilda est charmée par ce professeur extraordinaire, surtout depuis qu'il leur a permis de rencontrer Pip, un personnage de Charles Dickens dans Les Grandes espérances. Ce personnage parti de rien et devenu gentleman passionne Matilda : il devient même un membre de sa famille à part entière, ce qui a le don d'énerver sa mère qui ne comprend pas qu'on puisse préférer ce livre à la Bible.
Matilda quant à elle s'évade en écoutant les péripéties. Qui sait, elle aussi pourrait peut-être quitter cette île pour repartir à zéro ?
Sur l'île, les combats s'intensifient. La cruauté des hommes est sans limites, et retrouver le chien du village éventré fait partie du lot quotidien de Matilda. Malheureusement le sadisme des Peaux-Rouges ne s'arrêtera pas là ...

J'ai été bercée par cette histoire à l'allure de conte. Même si c'est une traduction, les mots sont restés très forts.
Les rêves sont très sensibles. Il suffit d'un mot un peu trop dur à leur endroit pour qu'ils flétrissent et finissent pas mourir.
Ou encore
Je ne sais pas ce que l'on est censé faire de pareils souvenirs. Chercher à les oublier paraît être une erreur. Peut-être est-ce pour cela qu'on le souche sur le papier, pour pouvoir continuer à avancer.

Quand la littérature permet de se dépasser, de faire prendre un chemin inattendu à la vie. Telle est la morale de ce petit livre.

Pour le plaisir des yeux, je vous mets d'autres couvertures :
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Posté par Leiloona à 23:16 - Chez Michel Lafon - Commentaires [4] - Permalien [#]
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