Le suicide parfait.
Cela faisait pas mal de temps qu'elle y pensait. Pour le réaliser, elle avait imaginé le scenario suivant : elle glisserait et se noierait dans sa baignoire au moment de changer le rideau. Parfait ! Tout le monde penserait à un bête accident de la vie quotidienne. Elle laisserait derrière elle un enfant de deux ans, mais qu'importe ! Une de ses sœurs le prendrait sous son aile et il serait enfin élevé dans une famille normale.
Qu'a-t-elle à lui apporter ? Une des preuves de son échec est de voir son enfant encore muet à deux ans. Pour elle, c'est un signe qui ne trompe pas.
Mais un grain de sable a décidé de se mettre entre elle et son suicide parfait. Ce grain de sable, c'est son voisin. Oh, ça fait un moment qu'elle voit ce bel homme, mais il ne l'a pas encore remarquée.
Patience : la venue du fils de ce voisin devrait arranger tout cela...
Cette nouvelle de Milena Agus est juteuse comme un fruit bien mûr. Bien-sûr, le lecteur retrouvera dans ces pages le portrait d'une femme atypique qui semble animée d'une douce mélancolie (voire un désespoir total), mais ce n'est pas ce que je retiendrai de cette nouvelle car c'est bien la vie qui fait un joli pied-de-nez à la mort dans ce récit.
La vie qui s'insinue petit à petit grâce au fils du voisin bourré d'énergie et au voisin un peu long à la détente. Peut-être verra-t-il un jour quelle belle voisine il a ?
Le tout est enrobé dans ce style qui fait maintenant toute la richesse de Milena Agus. Un conte acidulé qui devient au fil des pages du pur sucre (mais pas guimauve) et où le sésame magique serait peut-être : Babou-bababou-ba ! Baba-bou !
Le Nouvel Observateur : Les histoires de Milena Agus sont des pièges à rêves.
La Vie : Les fans peuvent se réjouir de retrouver une nouvelle où ils reconnaîtront la petite musique enfiévrée de Milena Agus.
Le Figaro Magazine : Une gourmandise d'intelligence et de sensibilité.
Télérama : A lire comme un cadeau, une porte entrouverte sur un univers littéraire hors normes.
Marianne : Un récit poli comme un bijou où l'on retrouve tout ce qui fait le miracle et la fraîcheur de cette écriture à la simplicité envoûtante.
Chez Liana Levi, 54p, 3 €
Belle Sahi a aussi été conquise.
Sur le site de l'éditeur Liana Levi, une nouvelle inédite à télécharger : "Comme une funambule".
Vivre bien et vivre heureux, voilà deux choses différentes. Et sans un peu de magie, il est certain que je ne connaîtrais pas la seconde.
Wolfgang Amadeus Mozart
Cette citation qui ouvre le roman donne le ton : le personnage principal est une femme libre, une femme à part qui a choisi de ne pas vendre sa maison malgré les appels enchanteurs des promoteurs. Cette femme, c'est Madame, qui tient une maison d'hôtes en Sardaigne. L'endroit est baigné de soleil, la mer a la couleur du saphir et les falaises semblent faites d'or. Ce lieu quasi-magique est le terreau idéal pour des personnages atypiques.
Madame est un cœur incarné dont la trop grande gentillesse fait fuir les hommes. Elle erre seule dans ce hameau et attend le grand amour. De temps en temps, un amant vient poser ses mains sur elle, mais il ne reste jamais.
Le seul véritable ami de Madame est le grand-père de la narratrice. Ce serait un peu son ange-gardien, un grand frère qui voudrait que Madame s'épanouisse et arrive enfin à voir quelle est sa véritable valeur.
La narratrice est une jeune fille de 14 ans dont le père est parti. Pour combler cette absence, elle pense qu'il revient la voir la nuit. Il n'est plus que deux grandes ailes formées par un drap. Quant à sa mère, elle reste allongée toute la journée, accablée par un mal inconnu.
La narratrice aime Madame car c'est une femme libre : elle ne s'occupe guère de la norme, puisant le bonheur -aussi petit soit-il- comme un chercheur d'or. Malgré tout, Madame est triste souvent. La nuit, surtout, sa solitude l'étouffe :
En ce qui concerne le sien, de bonheur, Madame dit que s'il tarde encore, après un certain âge il a peu de chances d'y arriver. Certes, ce n'est pas impossible. Le pire, c'est la solitude. Quand elle déjeune seule, ce qui est presque toujours le cas, sans nappe et avec une serviette en papier, elle sent un fantôme lui taper sur la tête et lui plonger le nez dans son assiette. Comme si le fantôme lui reprochait de ne pas être capable de vivre avec quelqu'un, d'avoir un amour.
Il faudrait que Madame arrive à voir en elle "un homme nouveau", comme lui répète à longueur de temps le grand-père. Encore faudrait-il qu'elle puisse elle-même vivre son bonheur, plutôt que de conjurer la magie à longueur de temps. Ce n'est pas ses objets magiques qui la rendront heureuse, ce sera elle.
Le récit de Milena Agus sonne juste pour la deuxième fois. Encore une fois, elle nous livre le portrait d'une femme hors-norme ... mais en y réfléchissant bien, est-elle si éloignée de nous ? J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce récit car les premiers chapitres semblent vus de l'extérieur, un peu comme si la narratrice voyait se dérouler des actions sans qu'elle y participe réellement. Du coup, la lectrice que je suis a eu du mal à prendre part à l'action aussi. Puis petit à petit, j'ai moi aussi intégré ce hameau sarde.
J'ai aimé la peinture de plusieurs personnages : ce fils des voisins qui cache à sa grand-mère sa véritable passion et lui dit qu'il prend des cours à la Sorbonne, cette grand-mère pas si gâteuse que ça et qui ne souhaite que le bonheur des siens, ou encore cette femme, Madame, qui incarne pour moi la Sardaigne : libre mais isolée, comme en retrait du monde.
Ce livre a un joli message à faire passer car la magie aussi est sûrement beaucoup plus simple que nous le croyons.
Editions Liana Lévi, 154p, 15€
Le livre vient de sortir en poche.
Martine Laval pour Télérama : "Battement d'ailes confirme l'étrange talent de Milena Agus. Et ce talent porte un nom, la liberté."
Delphine Peras pour L'Express : "La plume est toujours aussi inspirée, aussi originale ... aussi drolatique."
Alexis Liebaert pour Marianne : "Le livre le plus attachant de l'année."
Sylvie aussi a aimé ce roman.
(En arrière-plan, les galets de Dieppe)
"Simplement elle était une créature que Dieu avait faite à un moment où Il n'avait pas envie des femmes habituelles en série, Il avait eu une inspiration poétique et Il l'avait créée ..."
La narratrice, jeune femme qui s'apprête à se marier, revient sur l'histoire singulière de sa grand-mère sarde.
Celle-ci s'est mariée sur le tard "à une époque où une femme pas encore casée à trente ans était déjà presque vieille fille". Alors quand un homme la demande en mariage, ses parents acceptent volontiers cette requête ! Peu importe si elle ne l'aime pas. Il faut bien qu'elle se trouve un homme tout de même ! Après le mariage, les jours s'écoulent et une relation chaste voit le jour entre le mari et la femme. De son côté, il faut bien qu'il décharge son trop plein de désir, alors il se rend régulièrement dans des maisons closes.
Pourtant un soir, le voyant fumer la pipe, elle lui dit :
"Il ne faut plus que vous dépensiez de l'argent pour les femmes de la maison close. Cet argent vous devez le dépenser pour acheter votre tabac et vous détendre en fumant votre pipe. Expliquez-moi ce qui se passe avec ces femmes et je ferai exactement pareil."
Etrange lien tout de même entre ce mari et cette femme. Même si elle ne l'aime pas, elle souhaite lui faire plaisir ... Alors de temps en temps, elle accepte de jouer le rôle d'une femme de maison close.
L'enfant est comme le mari : il tarde à venir. Tomber enceinte n'est pas un problème. Mais la vie ne semble pas vouloir grandir en elle. A cause de son mal de pierres (des calculs rénaux), les grossesses n'arrivent jamais à terme.
Une cure changera tout pour elle.
Un petit naîtra sitôt la cure terminée ; mais surtout elle fera la connaissance du Rescapé. Le grand amour de sa vie.
Difficile de raconter ce roman.
Déjà parce que la narration n'est pas linéaire, et la raconter chronologiquement enlève tout son piquant. Puis parce que deux points de vue se mêlent dans ce roman : celui de la grand-mère et celui de la petite fille. Et finalement parce que la vérité n'est pas forcément celle que l'on croit.
A la manière d'un puzzle, pièce par pièce, et grâce à l'histoire des personnages secondaires, le lecteur comprend la véritable histoire de cette grand-mère.
"Dans chaque famille, il y a toujours quelqu'un qui paie son tribut pour que l'équilibre entre ordre et désordre soit respecté et que le monde ne s'arrête pas."
Quand j'ai refermé le livre, je n'avais qu'une envie : le redécouvrir à la lumière de la fin ! En effet, tout n'est qu'une question de perspective. Voilà ce que semble dire ce court roman troublant.
Message édité : Je viens de lire sur Rfi que Nicole Garcia projette d'adapter ce roman au cinéma.