Bric à Book

En pagaille ordonnée, des livres (pour le côté sérieux) mais pas que ... se nichent aussi des fariboles et des notes sur la musique.

14 août 2008

Dans les veines ce fleuve d'argent de Dario Franceschini

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Ed. L'Arpenteur, 152p, 13 €

Primo Bottardi est un homme singulier : il a toujours confondu le silence avec le froid. Seul le bruit peut le réchauffer. Mais parmi les paroles chaleureuses de sa femme et de sa fille, il mène une existence paisible.
A l'automne de sa vie, alors qu'il se laisse aller dans un moment de silence, il pense à son vieil ami Massimo Civolani qu'il n'a pas revu depuis plus de quarante ans. Celui-ci lui avait posé une question et Primo ne lui avait pas répondu. Plus de quarante après, l'urgence de lui répondre s'impose.
Mais après tant d'années, il ne sait pas où le trouver. Miraglia, son ancien professeur, le sait peut-être ?
Malheureusement, hormis une carte postale reçue il y a plusieurs années, le professeur ne sait pas où vit Civolani. Il l'envoie vers Scabbia qui semble avoir gardé contact avec lui. Mais là non plus, la réponse est imprécise. Hormis le nom d'un village, Lenticchia, l'homme ne sait pas où se trouve Civolani.
Primo décide de partir en train dès le lendemain. Arrivé au village, il fait la connaissance d'une femme qui a très bien connu Civolani. Mais cet homme -qui désormais se fait appeler Capoccia - pêche l'esturgeon et il ne vit plus ici : il est plus en amont sur le fleuve.
Commence alors une longe route pour Primo. Ses compagnons de voyage ? Le Pô bien-sûr, qui recèle de nombreux trésors, et un charretier Francesco Artioli.
"Tout le monde me dit que je devrais prendre un de ces camions ou je ne sais comment on les appelle, mais je suis bien comme ça et je ne pourrais pas me séparer d'elle."

La narration est comme la charrette : elle prend son temps (et qu'est-ce que j'ai savouré ce temps suspendu !) et il n'est pas rare que des digressions pointent le bout de leur museau dans ce roman.
Ainsi on apprendra qu'un village a été plongé dans le brouillard et que seules les femmes étaient capables de s'orienter dans cette brume ; qu'ailleurs des villageois perdent leur identité chaque jour ... que chaque jour ils recommencent une nouvelle vie. Le Pô, toujours en arrière plan, apporte lui aussi son lot de légendes. 
L'écriture du roman est à l'image du fleuve : elle tourne et s'engouffre dans tous les recoins de la mémoire. (Bravo à Chantal Moiroud pour son travail de traduction.)

J'ai apprécié cette narration lente : dans notre monde où tout va extrêmement vite,  ce choix est audacieux. Mais j'ai vraiment aimé goûter aux joies du fleuve, aux couleurs brumeuses des paysages, à l'onirisme qui prend le lecteur au détour du Pô.
Dario Francheschini signe là un premier roman rempli d'une douce magie  perceptible dès les premières pages. 
(Le livre a été récompensé par le prix Bacchelli et le prix du premier roman au festival de Chambéry.)

J'ai souri en lisant le passage suivant :
"Excuse-moi pour le désordre, poursuivit-il en montrant à Primo les livres posés partout, sur les chaises, sur la table, les radiateurs, le carrelage de ciment gris brillant. Ce n'est pas un problème de place, c'est seulement que j'ai abandonné. Je n'ai plus assez de force d'âme pour avoir la cruauté de les mettre sur l'étagère d'une bibliothèque.
Vois-tu, dit-il en chassant la poussière du dos d'un volume relié de cuir rouge, petit déjà, lorsque je restais éveillé tout la nuit à lire un livre, je ne supportais pas l'idée que les hommes et les femmes que je venais de voir doivent finir serrés et immobiles dans une bibliothèque..."

Quant à la question qui porte Primo vers son ami ? C'est à la fin du roman que vous la connaîtrez et vous commprendrez pourquoi Primo a entrepris ce voyage.

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