Derrière un titre biblique se cache une histoire réaliste et surtout bien humaine. L'histoire de plusieurs rencontres.
A 84 ans, Salomon Rubinstein, le roi du prêt-à-porter, est angoissé par la mort qui approche à grands pas. Pour l'oublier et la catalyser, il aide des personnes dans le besoin. Des personnes qui souffrent le plus souvent de solitude.
Aussi, quand un jour il monte dans le taxi de Jean, il l'engage. Jean aura pour mission d'apporter des présents aux autres.
Pourquoi Jean ? Est-ce parce que son visage lui rappelle quelqu'un ?
En tout cas, il s'agit pour Jean d'une nouvelle vie. Une vie qu'il aime énormément, même s'il ne comprend toujours pas pourquoi Salomon l'a engagé.
Jean, c'est un peu le type gentil comme tout que personne ne remarque. Pas vraiment cultivé, il aime regarder la définition des mots dans le dictionnaire, mais sa principale qualité est d'avoir un formidable amour pour les gens. Il se sent exister quand les autres lui demandent son aide.
Ainsi, quand Salomon lui demande d'aller porter un plateau de fruits confits à une vieille dame, Jean s'exécute de bon cœur, et il tombe en amour (pas en pitié, attention) pour cette dame, autrefois grande chanteuse.
Là encore, une vraie rencontre a lieu, une qui change la vie d'un homme.
Dans ce roman, on retrouve des personnages vraiment attachants. Ils n'ont rien de vraiment extraordinaire, si ce n'est qu'ils possèdent un grand cœur. Et c'est déjà beaucoup. De plus, l'histoire est racontée d'une telle façon qu'on ne peut qu'admirer ces hommes qui prennent le temps de regarder les autres et de les aimer à leur façon.
Comme c'est Jean qui est le narrateur, le style fait corps avec la gouaille de ce personnage : les trouvailles stylistiques sont succulentes et plus d'une fois j'ai eu le sourire. Même lorsqu'il relate des évènements tristes, on ne tombe jamais dans le larmoyant grâce à cette narration particulière.
En lisant ce roman, j'ai trouvé certains passages un peu longuets et répétitifs. Mais jamais je n'ai eu envie d'avorter ma lecture car je m'étais déjà follement attachée à tout ce petit monde.
Chez Folio (j'ai mis la couverture de l'édition originale, plus parlante à mes yeux), 350 pages, 6€
Ce livre est le maillon de Yueyin pour
. Comme le furet, il est déjà passé par Chimère qui a trouvé cette lecture agréable sans déchaîner les folles passions, Yoshi qui a aimé malgré quelques longueurs, Levraoueg qui compare le style de ce livre à du Queneau, Keisha qui l'a trouvé daté tout de même, Armande n'a pas réussi à embarquer sur ce navire, et Isil a aimé et tentera un autre livre du même auteur (Le très joli La Vie devant soi, peut-être ?)
La chaîne des livres 9/26. Je suis donc à la lettre I de mon alphabet !
Imaginez un village sans animaux, un village où les personnes n'osent même pas en parler. Et pourtant, ce village savait jadis ce qu'était un oiseau ou encore un chat. Aujourd'hui, seule la maîtresse parle encore aux enfants des ours ou des chiens. C'est un devoir de mémoire selon elle ! Mais la plupart des enfants se moquent d'elle, pensant qu'elle affabule.
- C'est normal, disent-ils, elle est un peu folle ! Elle n'a toujours pas trouvé de mari !
Près du village, au bord du torrent, habite Almon. On l'appelle toujours Almon le pêcheur, même si cela fait bien longtemps qu'il n'a plus rien eu au bout de sa canne. Almon sculpte aussi à ses heures perdues. De petits animaux. Et il offre ses statuettes aux enfants. C'est leur seul lien avec ces êtres vivants.
Dans ce village, personne ne s'aventure dans la forêt. Les villageois ont peur du démon de la montagne Nehi.
Aussi, quand Nimi, un enfant particulier dont tout le monde se moque part dans la forêt (il est particulier car il rêve que ses chaussures sont devenues des hérissons. Ses rêves sont la risée des autres enfants), le village sait qu'il est perdu.
Et effectivement lorsqu'il revient de son expédition, Nimi a perdu la faculté de parler. Il ne fait que hennir. C'est la hennite.
Dans ce village, ce seront deux enfants, Maya et Matti, qui se douteront qu'ils existent un savoir défendu, un savoir qui s'apprend si on sort du village. C'est pour cette raison qu'ils partiront tous les deux dans la forêt ...
C'est la première fois que je plonge dans l'univers d'Amos Oz. Dès les premières pages, le lecteur sait qu'il se trouve dans un univers merveilleux, un conte qui se rapproche des contes traditionnels occidentaux avec ce village maudit et ces adultes qui cachent un lourd secret. "C'est de l'histoire ancienne, mais je préfère que tu n'en saches rien. Lorsqu'on est ignorant, on ne peut se sentir coupable. Et on ne risque pas d'être contaminé non plus."
C'est par l'intermédiaire des enfants, le renouveau, que ce secret sera percé.
Sur la quatrième de couverture, il est question de parabole sur la tolérance, et effectivement, sous des airs enfantins, l'implicite de ce récit est grand.
C'est donc un apologue où deux enfants incarnent le symbole du changement, où les adultes sont campés dans leur position et ne souhaitent pas en sortir, et ce même s'ils en souffrent. « Qui se souvient, s´expose à la risée générale, décréta Maya. Et qui ne dit mot, se tait. » . Le merveilleux est partout présent. Du sorcier-démon qui visite le village la nuit à l'homme qui est devenu aussi grand qu'un agneau. Et puis, qui sait, peut-être qu'ailleurs existe un monde entre le paradis perdu et l'arche de Noé où tout le monde aurait sa place ?
Ainsi sous cette simplicité apparente se cachent de grandes vérités.
La plume d'Amos Oz est enchanteresse, et elle sert admirablement ce conte sur l'exil qui met en avant le devoir de mémoire.
Et avant de terminer, un extrait :
Durant des années, pour s'endormir, Almon avait coutume de se laisser bercer par le grignotement destructeur des insectes xylophages, au sein de l'obscurité. De sorte que, depuis cette terrible nuit, il peinait à trouver le sommeil : comme si le silence pesant le narguait dans les ténèbres. Assis à la table de la cuisine, le pêcheur veillait jusqu'à minuit, se rappelant que jadis, à cette heure, s'infiltraient à travers les persiennes closes les jappements tristes des chacals de la forêt auxquels répondaient les aboiements furieux des chiens du village qui se muaient à leur tour en glapissements. A ces moments-là, son chien, ce cher animal, posait sa tête tiède sur ses genoux et levait vers lui un regard rayonnant d'intelligence, de compassion muette, d'amour et de tristesse. "Merci, Zito, lui disait Almon. Ça va passer. Ça ira."
Ed. Folio, 125 pages, 4 €
D'autres avis sur BOB. J'ajoute celui de Gambadou qui a trouvé cette lecture agréable.
NB : Ce livre fera partie des nouveaux programmes de français à appliquer en 2012 (oui, je sais, je m'y prends tôt !) en classe de 3ème.
Trompé par son meilleur ami, Silas Marner, tisserand et un brin guérisseur sur les bords (les personnes atteintes de rhumatismes lui doivent une fière chandelle), décide de quitter son village pour s'installer à Raveloe. Comme sa fiancée s'est mariée avec son ancien meilleur ami, Silas perd un peu le goût de vivre et fait passer ses regrets en travaillant sans relâche. Le soir, il aime compter ses guinées durement gagnées tout au long de la journée. Un peu Harpagon, il cache son trésor sous les pavés de sa chaumière.
Inutile de dire que cet homme n'est pas vraiment intégré à Raveloe, mais le vol de ses pièces va être le début d'une nouvelle vie pour notre homme. Qui sait ? Peut-être ce cœur de pierre arrivera-t-il à se briser pour laisser place à l'amour ? ...
En parallèle de cette histoire, le lecteur suit une autre famille, dont le père est un notable. Godfrey, l'aîné, a un secret qui pourrait mettre en péril son futur mariage avec Nancy, et il a un frère dont la vie de patachon pourrait l'empêcher de se distinguer au sein de la société.
Voici une histoire essentiellement axée sur la description de la vie rurale au XIXème siècle : le narrateur brosse un portrait assez exhaustif sur ce qu'on pouvait trouver à cette époque-là. Je ne connais pas grand chose à la littérature anglaise, mais si je devais classer ce livre, je le mettrais dans la boîte "roman réaliste". Ainsi le narrateur n'est-il pas dérangé d'inviter le lecteur dans un pub pour brosser un portait fidèle des villageois, allant même jusqu'à mimer leur patois.
Réalisme auquel s'ajoute une petite pointe d'ironie. Le squire par exemple semble être un homme sérieux, pourtant ses deux fils m'ont bien fait sourire avec leurs petites histoires cocasses.
C'est aussi un roman qui illustre bien l'éducation reçue par George Eliot, qui d'ailleurs n'avait rien d'un homme ... George Eliot, de son vrai nom Mary Ann Evans, a reçu une éducation très religieuse que l'on retrouve donc dans ce récit. Ce petit côté moralisateur n'est pas vraiment gênant tant l'intrigue fourmille de détails, mais il ancre l'histoire dans le temps tout de même.
D'ailleurs, je ne sais pas vraiment où l'auteur a voulu emmener son lecteur : c'est un livre qui s'attarde tout d'abord sur les relations assez perverses que peuvent avoir les hommes entre eux, pour ensuite glisser subrepticement vers le roman vaguement policier, pour de nouveau finir sur une note positive sur les relations entre les hommes. De plus la seconde partie qui n'intervient que 80 pages avant la fin n'a fait qu'accroître mon trouble.
Ce n'est pas un roman que j'aurais lu de moi-même, je remercie donc Keisha de l'avoir mis dans
. Cela dit, Silas Marner n'est pas un roman qui me marquera : les longues descriptions sur la vie rurale ne sont pas vraiment ma tasse de thé et j'ai eu du mal à entrer dans la vie de Silas, surtout au début. Même Eppie manque de relief pour moi. Je suis tout de même contente d'avoir lu cet auteur que la quatrième de couverture classe comme le chef de file des femmes romancières d'outre-manche : Jane Austen ou encore les soeur Brontë. Je retiendrai tout de même quelques passages très beaux, comme lorsque Silas Marner pense avoir retrouvé son trésor ...
Ed. Folio, 314 pages, en rupture de stock
NB : La couverture que j'ai mise n'est pas celle de FOLIO.
Yoshi a eu du mal à plonger dans le récit, puis elle a été conquise, c'était la première fois que Pascale lisait cet auteur et elle a été charmée par la description des villageois mais aussi que le bien triomphe du mal.
En dehors de la chaîne, Isil l'a lu et nettement préféré Middlemarch à celui-ci.
Lors du dernier salon du livre, je suis tombée sur ce livre dont le bandeau orange a attiré mes yeux : 4 millions d'exemplaires dans le monde. Bon, c'est vrai que la qualité d'un livre ne rime pas souvent avec le nombre d'exemplaires vendus, mais parfois, si.
L'histoire se passe au Mexique, il y a quelques centaines d'années. Doña Elena, femme de poigne, gère sa ferme de main de maître. Aussi lorsque sa dernière fille, Tita, tombe éperdument amoureuse de Pedro, Elena refuse de la marier. Selon la tradition familiale, la dernière fille se doit de rester avec sa mère afin de s'occuper d'elle. Pedro pourra tout de même se marier, mais avec une autre soeur : Rosaura.
Tita, bien que meurtrie au plus profond d'elle-même, laisse ce mariage se dérouler et prépare les plats du mariage...
Cette jeune femme est donc la plus jeune des filles, celle dont la destinée a été fixée dès la naissance. Chaque jour, elle prépare la cuisine et elle aime les différentes effluves qui s'échappent de ses casseroles. Avec sa nourrice Nacha, elle aime rester dans cette pièce d'où un fumet toujours savoureux fait venir la salive aux lèvres.
Mais ce qu'elle ne sait pas encore, c'est que les émotions qu'elle ressent en préparant les différents plats se répercutent sur les invités. Ainsi suffit-il qu'elle voie Pedro pour que son plat se transforme en concentré aphrodisiaque ayant des effets particulièrement étonnants sur ceux qui mangent ce plat.
Comme vous l'aurez compris, l'histoire mélange délicatement histoire d'amour et cuisine. Chaque chapitre commence par la recette d'un plat, fait lors d'une occasion particulière : un mariage, une naissance, un retour ... 12 chapitres pour 12 plats qui correspondent à un mois de l'année, et ce même si l'intrigue s'étend sur un quart de siècle. 12 plats clés que Tita est la seule à réaliser aussi bien. Je serais bien incapable de réaliser certains plats car la démesure est souvent au rendez-vous. Pour le mariage de Pedro et Rosaura, Tita a dû battre pas loin de 170 oeufs !
Une recette digne de Gargantua !
Cette démesure n'apparaît pas exclusivement dans la cuisine : de temps en temps, la vie semble prendre un tour merveilleux qui semble être la caractéristique de la littérature sud-américaine. Ainsi, en plus d'être une saga familiale réaliste (un roman-feuilleton comme le dit la page de garde du livre), un ton merveilleux se glisse entre les pages. Ce doit sûrement être l'ingrédient secret pour rendre ce livre si attachant, un peu comme l'épice secrète que la cuisinière ajoute dans ses plats les rendant ainsi uniques.
En ouvrant ce livre, préparez-vous à être assailli par de multiples saveurs, à suivre la vie étonnante de Tita, à avoir envie de goûter au gâteau Chabela, de faire le baume à lèvres au chocolat, ou encore de voir de ses yeux les conséquences des cailles aux pétales de roses. Un livre où la sensualité serait le maître-mot.
Un livre qui m'a aussi fait penser au roman de Carole Martinez, Le Coeur cousu.
Ed. Folio, 248p, 6€50
Clarabel a aimé aussi.
Dans le café Condé situé près de l'Odéon, des jeunes entre dix huit et vingt-cinq ans se retrouvent. Parmi ces habitués une femme, une certaine Louki, capte l'attention. Un peu comme ces actrices des années 50 qui accrochaient la lumière.
D'elle on ne sait pas grand chose. Même Louki n'est qu'un pseudo.
Ces jeunes se retrouvent donc dans ce café, qui semble être un de ces lieux au pouvoir magnétique : si l'on faisait des probabilités le résultat l'aurait confirmé : dans un périmètre assez étendu, il était inévitable de dériver vers lui. J'en sais quelque chose.
Le Condé agit donc comme un aimant. Quant à ses habitués, ils semblent figés dans le passé, un peu comme si le futur ne pouvait exister.
C'est un roman à quatre voix. Le premier narrateur semble très intéressé par cette Louki. Le halo mystérieux qui l'entoure le fascine. Ainsi, ce premier narrateur, étudiant, épluche jour après jour un cahier dans lequel un client a marqué toutes les entrées dans ce café. Il espère retrouver la trace de Louki.
Puis un second narrateur commence son récit, lui aussi centré sur la jeune femme ... les clients du café le connaissent comme éditeur d'arts, mais peut-être n'est-ce qu'une couverture ...
Vient ensuite le récit de Louki. Enfin le lecteur peut approcher de près cette femme si énigmatique. Le quatrième récit sera celui de Roland.
Quatre récits sur Louki. Sur sa vie avant d'arriver au Condé, sur ses fréquentations.
Et pourtant, il me serait encore difficile de décrire avec précision cette femme. Les personnages de Modiano ne sont que des fantômes, des êtres où la lumière transparaît en filigrane. Ce sont des êtres errants et sans attaches. La seule chose qui les rattache au monde est le lieu dans lequel ils vivent.
Dans ce Paris des années 60, dans ce café près de l'Odéon.
Mais eux n'ont pas d'identité propre. C'est le lieu qui les habite et les rend moins transparents.
Étrangement les différents lieux sont tous estampillés. Il y a des lieux à éviter pour Louki, des lieux où l'ennemi semble se terrer. Il y a aussi "les zones neutres". Un peu comme si ce Paris d'après-guerre était encore marqué par celle-ci.
C'est un roman lent, presque délisquescent, où les personnages n'ont rien d'enjoué. Un roman où l'identité des personnages est encore très floue. Si vous aimez Modiano, vous ne serez pas déçu par ce roman.
Ed. Folio, 160p, 5€
Livre repéré chez Bookomaton "une écriture sobre et retenue".
Dans ce livre, deux essais qui traitent de la lecture, car bien-sûr, Henry Miller ne va pas parler des cabinets tout du long. Le propos n'est qu'un point de départ pour parler de différents domaines.
Dans le premier essai "Ils étaient vivants et ils m'ont parlé", l'auteur revient sur son expérience de lecteur. Pour lui, son premier souvenir est associé à l'idée d'effort.
A la bibliothèque, les livres que je voulais étaient toujours sortis. Il ne fallait pas songer non plus à obtenir de la bibliothèque de mon quartier la permission d'emprunter un ouvrage aussi "démoralisateur" que La Chambre rouge de Strindberg.
Les livres pour adultes étaient à cette époque marqués d'une étoile.
Mais qu'est-ce qui pousse un homme à vouloir lire ?
De temps en temps, j'allais passer une soirée à la bibliothèque municipale pour lire. C'était pour moi prendre un billet pour le paradis.
Bien-sûr, les recommandations d'un ami sont très importantes, néanmoins l'auteur trouve que moins on en dit sur un roman, plus on aiguisera la curiosité de l'autre.
Aux lecteurs boulimiques, il propose de laisser le livre quelques jours à côté d'eux afin de savoir s'ils ont vraiment envie de le lire. Radical, paraît-il.
Dans le même ordre d'idée, Miller encourage aux lecteurs de lire le moins possible (mince, alors !). Aucun intérêt vital dans la lecture, on peut donc la délaisser, elle n'est qu'un divertissement (Blaise Pascal a dû l'inspirer sur ce point.)
Il trouve tout de même qu'il est intéressant de relire des œuvres lues durant son enfance et de comparer le point de vue de l'adulte à celui de l'enfant. Malgré tout il regrette de ne pas avoir eu l'idée quand il était enfant de noter quelles étaient ses impressions de lecture afin de les comparer à celles d'une deuxième voire troisième lecture.
Dans ce premier essai, le ton est assez drôle et l'ennui ne vient jamais poindre le bout de son nez.
N'oublions pas que certaines œuvres de Miller ont été censurées aux Etats-Unis pour obscénité. (Ce qui n'est pas le cas ici.)
"Lire aux cabinets" porte un titre bien choisi, puisque Miller parle effectivement de la lecture aux waterres (comme il l'écrit), mais ce n'est qu'un prétexte pour nous parler de la famille américaine type des années 60.
Là, j'avoue ne pas avoir accroché. Même si le ton reste sarcastique voire même ironique, je n'ai pas adhéré à son propos qui m'a laissée de glace.
Selon Miller, les cabinets ne sont pas faits pour lire, mais pour éliminer. Nul besoin alors de faire deux choses à la fois. Il cite même le vieil adage selon lequel il convient de garder nos intestins ouverts et de faire confiance au Seigneur.
Et il va plus loin. Selon lui, l'homme qui lit aux cabinets n'est pas loin d'être fou, et les psychiatres feraient bien de s'intéresser à cette folle manie.
Quant à la femme qui préfère s'enfermer dans les toilettes pour lire au lieu de tenir sa maison, n'en parlons pas ...
Pour lui, les cabinets sont faits pour se retrouver avec soi-même et si on n'y arrive pas, cela montre qu'une angoisse est tapie en nous.
A présent, je me demande encore comment comprendre ce livre. Les paroles de Miller étaient-elles du lard ou du cochon ?
Je ne sais pas comment les prendre car je ne connais pas assez Miller pour savoir si cette réflexion est totalement ironique ou si elle reflète ses pensées les plus profondes.
A moitié déçue, donc. Pour le coup, je ne sais pas si j'ai bien choisi mon livre pour découvrir Henry Miller ...
Folio 2€, 102p
Nanne a été séduite : ce livre est un instant jubilatoire qui nous
invite à partager les goûts littéraires et l'intimité d'un auteur
mondialement connu pour ses ouvrages sulfureux. Pier est un peu plus dubitatif et trouve que c'est une lecture amusante à prendre avec un certain recul.
Dans un cadre idyllique vit une petite grand-mère. Cette vieille dame qui habite une maison rouge en bordure de forêt avec son chat pourrait être née de la plume d'Andersen. Et dans le rôle du vilain, on retrouverait son neveu. Mais on aurait bien du mal à trouver une morale à cette histoire car cette mamie cache bien son jeu. Et il y a fort à parier que la plume de Paasilinna se révélera plus caustique que celle du conteur danois.
Revenons au début de l'histoire.
Notre petite grand-mère pourrait vivre paisiblement dans cette maison rouge près d'Helsinki si son neveu ne venait pas tous les mois lui prendre sa maigre pension. Tous les mois son neveu arrive donc avec ses amis et ensemble ils mettent à rude épreuve le cœur de cette vieille dame.
Ainsi lorsqu'ils arrivent dans une voiture volée, Linnea prie pour que ce séjour ne se termine pas comme la dernière fois. Malheureusement, cette virée sera la goutte d'eau qui fera déborder le vase. Quand ces malotrus lui font signer un testament en faveur de son cruel neveu, Linnea prend son chat sous le bras et part de sa maison avec la ferme volonté de se tuer. Mais le destin a décidé que cette veuve d'un colonel aurait encore pas mal de choses à accomplir avant de passer l'arme à gauche.
Lorsque j'ai vu que Pascale avait choisi un Paasilinna pour
, mon coeur était déjà à moitié conquis. Je l'ai découvert l'été dernier avec Un Homme heureux, et j'apprécie énormément l'humour qui se dégage de ses livres.
Cette petite grand-mère m'a fait sourire de nombreuses fois car elle a le chic pour faire basculer la situation à son avantage. Ainsi vous apprendrez au cours de votre lecture comment un manchon peut vous sauver la vie. Ce n'est pas un livre au suspens insoutenable, et son intérêt n'est pas là.
En revanche, si vous aimez le comique de situation, l'histoire devrait vous plaire. Linnea pourrait même être le pendant féminin de François Perrin (incarné par Pierre Richard), le côté loser en moins.
Mais ne vous attendez pas non plus à une farce dénuée de violence. Paasilinna, à l'instar de Linnea avec le poison, a habilement mélangé cruauté et situations cocasses. Un cocktail détonnant.
Chez Folio, 255p, 4€84, mars 2003
Les enchaînés qui m'ont précédée : Goelen s'est réconciliée avec Paasilinna lors de cette lecture, Yoshi a bien ri aussi mais a trouvé que le roman mettait du temps à démarrer.
Madame Charlotte a trouvé ce roman charmant et horrible, mais toujours fin et subtil.
Voici un petit recueil qui comblera les lecteurs gourmands ! 
Qui n'a jamais lu un bouquin en se disant que ce serait bien de connaître la recette de ce plat que semble tant aimer ce personnage ?
Ce carnet rassemble des extraits littéraires d'auteurs différents (de Balzac à Chamoiseau) accompagnés de leur recette respective.
On commence par un extrait de Muriel Barbery Une Gourmandise. La narratrice se rappelle des orgies faites lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant. Une orgie de viande grillée, salade méchouia, thé à la menthe et corne de gazelle. Sur la page suivante, une recette de cette fameuse salade méchouia, inspirée du roman de Barbery.
Marguerite Duras est le deuxième auteur du recueil. Et de suite, le ton se fait moins sensuel, plus revendicateur. Ce potage parmentier devient aux yeux de l'auteur le symbole d'un refus du conformisme. La nouvelle cuisine devra être féministe !
Chaque auteur apporte sa touche personnelle. Zola par exemple donne vie à la salade de fruits décrite car le narrateur compare les fruits à un corps de femme.
Les extraits donnent vraiment l'eau à la bouche : plus d'une fois, j'ai eu envie de tester le plat décrit.
Merci Capp' pour ce recueil (et pour le p'tit carnet à remplir !) Capp' est une pro du bentō !
Je fais durer la Saint Valentin avec ce petit livre ...
Dans la première nouvelle, Apurbo tombe amoureux d'une jeune fille espiègle dont l'animal-totem pourrait être l'anguille. Leur première rencontre ne laissait guère présager la naissance d'un amour.
Lorsqu' Apurgo revient de Calcutta chez sa mère après être devenu bachelier ès Arts, il sort du bateau et tombe de tout son long sur l'escalier boueux de l'embarcadère. Il entend alors le rire cristallin de Mrinmayi que les habitants du village nomme l'écervelée tant elle semble insoumise aux normes. Son visage encadré de courtes boucles brunes ressemble à celui d'un garçon et elle passe son temps à crapahuter dans la forêt.
Apurgo tombe très vite sous le charme de cette sylphide et souhaite se marier avec elle. Bien-sûr, Mrinmayi ne se laisse pas facilement séduire ...
La seconde nouvelle est moins cocasse car elle raconte l'histoire de deux jeunes gens qui ratent une belle histoire d'amour.
Pourtant Giribalda y avait vraiment mis du sien en demandant à Sashi de lui apprendre à lire. Mais le jeune homme, myope comme une taupe, ne sait pas déceler les véritables intentions de la jeune fille ...
Je ne connaissais pas cet auteur indien qui possède dans son pays la même renommée que Victor Hugo en France. Véritable touche à tout, il a même obtenu le prix Nobel de littérature en 1913.
La quatrième de couverture promet au lecteur d'être emporté par la passion et l'émotion, et j'avoue m'être laissé bercer par la musique de ces deux nouvelles. Même si ce sont des traductions, la beauté est facilement perceptible comme le montre l'extrait suivant :
On rencontre beaucoup de visages dans le monde, mais certains d'eux pénètrent dans notre esprit à notre insu. Ce n'est pas à cause de leur beauté, mais plutôt à cause d'une autre qualité. Dans la plupart des visages la nature humaine ne transparaît pas, mais il s'en trouve cependant où cette qualité mystérieuse, intérieure, se manifeste spontanément. Alors ce visage-là se fait remarquer entre mille autres et s'imprime tout à coup dans l'esprit. Une nature féminine, frémissante, impétueuse, se révélait comme en se jouant dans le visage et les yeux de Mrinmayi. Elle était comme une biche, libre et aventureuse. C'est pourquoi, ayant vu une fois ce visage débordant de vie, on ne pouvait l'oublier.
Superbe déclaration d'amour, non ?
Dans ce recueil, les personnages font corps avec la Nature (je ne sais pas vraiment si on peut parler de mouvement romantique en Inde, mais ces histoires s'en approchent drôlement ... peut-être est-ce l'influence de l'Empire britannique ? Je ne pourrais m'avancer davantage car je ne m'y connais pas du tout en littérature indienne). Aussi n'est-il pas rare de voir une Nature complice des états d'âme des personnages :
Ce jour-là il avait plu et il y avait eu de l'orage dans l'air, et l'orage était aussi dans les coeurs.
(...)
Mrimayi sauta dans la barque. Les nuages au ciel devenaient plus épais et la pluie se mit à tomber en cascade. La rivière grossie par ces pluies de mousson secouait fortement le bateau. Mrinmayi s'enroula dans son sari et cette jeune personne turbulente s'endormit comme une enfant très calme, choyée par la Nature, dans ce bateau qui était pour elle comme un berceau.
De rares fois, le narrateur lance quelques piques aux Anglais, mais ce n'est pas vraiment le propos essentiel du recueil :
Nous, Bengalis, nous ne pouvons toujours pas comprendre ce qui se passe dans l'esprit des Anglais ...
Mon seul regret est d'avoir lu des nouvelles. Comme je suis restée sur ma faim, je compte bientôt lire de nouveau Tagore.
Chez Folio, 2 €, 111p
Message édité : Voici le lien vers le billet de Fashion qui est elle aussi restée sur sa faim : A travers ces deux nouvelles, au style à la fois évocateur et ironique, c'est un pan du Bengale, de ses coutumes et de ses travers qui apparaît, écrit-elle.
Quand Lady Susan arrive chez son beau-frère, elle est loin d'être accueillie les bras ouverts. Veuve depuis quelques mois et sans le sou, elle a d'abord séjourné quelques temps chez Sir Manwaring qu'elle a vraisemblablement séduit. Il va sans dire que la femme de cet homme n'a guère apprécié que son invitée fasse les yeux doux à son cher mari. Lady Susan choisit alors de partir de Langford afin de trouver gîte et couverts chez son beau-frère Mr Vernon, un riche banquier vivant à Churchill. Elle arrive alors chez lui avec une sacrée réputation !
Mais ce n'est pas tout ! Il y a quelques années, elle a tenté de faire échouer le mariage de son beau-frère : l'accueil de la belle-sœur risque d'être pour le moins glacial, et leur cohabitation promet même quelques crêpages de chignon (crêpages relatifs car nous sommes chez des gens qui connaissent par cœur le code des bonnes manières.)
Pour parfaire ce joli tableau, Lady Susan a une fille qu'elle n'aime pas. Plus elle est éloignée d'elle, mieux elle se porte. Oui, Lady Susan n'a rien de la figure maternelle qui couve ses petits. Elle se classerait plutôt dans la catégorie des mantes religieuses.
Voilà pourquoi quand Reginald, le frère de Mme Vernon, arrive à Churchill, Lady Susan s'empresse de lui faire de belles oeillades ...
Lady Susan arrivera-t-elle à ses fins ? Qui saura voir clair dans le jeu de cette femme ?
Vous l'aurez compris, Lady Susan n'a rien d'un personnage attachant. Intrigante, manipulatrice et dénuée de sentiments maternels, elle se classe plutôt du côté des garces. Mme Vermon se méfie de cette femme que rien ne semble atteindre, quant aux hommes, ils sont dupés par cette beauté. Ils tombent tous dans le panneau ! (D'ailleurs je me demande si Jane Austen n'avait pas un compte à régler avec les hommes tant ils sont candides et crédules.)
L'originalité de ce roman est de n'être constitué que de lettres échangées entre les différents protagonistes, permettant de connaître les différents points de vue et donnant un effet de réel assez saisissant. J'ai souvent souri en découvrant les portraits croisés des différentes lettres car, dans sa correspondance, Lady Susan ne fait aucun cadeau à Mme Vernon qui le lui rend bien quand on découvre à notre tour ce qu'elle écrit à propos de la Lady ! Ces portraits au vitriol m'ont bien amusée, et j'ai été étonnée de voir à quel point Jane Austen a réussi à travers des lettres à créer des personnages aussi précis. Du coup, je me dis que ses romans doivent fourmiller d'une pléiade de détails permettant au lecteur d'imaginer avec délice l'univers qui s'offre à lui.
C'est la première fois que je lis un roman d'Austen : jusqu'à présent j'étais assez dubitative. Je pensais (à tort) que j'allais lire des histoires enrobées de guimauve. Mais il n'en est rien ! Au contraire, même !
En filigrane de l'histoire, j'ai pu lire l'ironie mordante d'Austen, rendant ce roman épistolaire très moderne. Lady Susan a tout de la manipulatrice qui n'aspire qu'à son confort matériel, usant et abusant de ses charmes pour parvenir à ses fins. Nul doute qu'à l'époque d'Austen ces femmes devaient être légion !
En fait, je ne connaissais Austen que par l'intermédiaire d'une adaptation cinématographique d'une de ses oeuvres. Or dans le film "Orgueil et Préjugés" de Joe Wright, cette ironie est absente, rendant l'adaptation assez sirupeuse. Si Fashion n'avait pas écrit dans les commentaires dudit billet que les histoires d'Austen étaient loin de ressembler à un quelconque mélodrame sentimental, j'aurais classé ad vitam aeternam Austen chez les Guimauves et je n'aurais pas été tentée de découvrir cet auteur.
Ainsi, grâce à Fashion et Folio 2 € (le prix de la découverte ?), j'ai pu m'apercevoir que la renommée de cette romancière n'avait rien à voir avec le hasard.
Me voici prise dans les filets de cet auteur. Nul doute que j'entamerai bientôt un autre livre d'Austen.
Chez Folio 2, 116p, 2 €
Lilly qui connaît mieux Austen que moi a retrouvé dans ce livre l'humour piquant d'Austen, tout comme moi Caro[line] a découvert Austen grâce à ce livre (décidément Folio 2 € fait des adeptes), Praline écrit que ce n'est pas le meilleur Austen car les traits caustiques ne sont pas aussi présents que dans d'autres livres (Chic, alors !), Cathulu a été inspirée et a écrit une missive à Cuné après avoir lu ce livre, Virginie a aimé elle aussi.
Je me tourne vers vous pour vous demander quel(s) livre(s) (excepté Orgueils et Préjugés) vous me conseilleriez.