Bric à Book

En pagaille ordonnée, des livres (pour le côté sérieux) mais pas que ... se nichent aussi des fariboles et des notes sur la musique.

01 juin 2009

Jolies ténèbres

jolies_tenebres_vehlmann_kerascoetNe vous fiez pas à la beauté et au dessin enfantin de la couverture ! En ouvrant cette BD, vous entrerez dans un monde particulièrement cruel. L'oxymore du titre est là pour rappeler au lecteur la sombre et captivante histoire qu'il s'apprête à découvrir.
En arrière plan, une jeune fille allongée, les yeux fermés, qui m'a fait penser au poème "Ophélie" de Rimbaud :
O pâle Ophélia ! Belle comme la neige !
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

Au premier plan, un lilliputienne à robe à pois qui semble se préoccuper du sort de la première jeune fille. C'est Aurore, une enfant pleine de vie.
L'ensemble dans un camaïeu de bleu glacial qui pourrait connoter la mort.
Tout semble s'opposer sur cette couverture : la vie et la mort, le titre Jolies ténèbres, mais aussi le crayonné qui semble différent pour la fille au premier plan, et il en sera de même pour toute cette histoire. Un savant mélange d'onirisme et de morbidité assez étonnant.

jolies_tenebres01Le prologue de cette BD commence comme un conte. Aurore a invité Hector à prendre le thé. Ils s'apprêtaient même à s'embrasser quand tout à coup le plafond a commencé à dégouliner. Après avoir frôlé l'engloutissement, Aurore a réussi à s'échapper de sa maison, qui n'était autre que le corps en pleine putréfaction de la jeune fille de la couverture.
Le ton est donné.
Puisque ce corps ne peut plus héberger d'habitants, Aurore va aider tous ses amis (d'autres lilliputiens) à trouver un nouveau logement.
Commence alors le temps de l'entraide. Ce petit peuple guidé par Aurore semble bien se débrouiller au départ. Mais dès le deuxième jour les choses se gâtent : la Nature reprend ses droits et le petit peuple composé d'enfants se révèle assez cruel ...a2

Jolies ténèbres est une bande dessinée qui m'a terrifiée car elle montre sans détour tout ce que la vie a de cruel. Il y a ce corps en putréfaction, ces mouches qui harcèlent ce corps sans vie laissé à la nature et ces vers qui gigotent autour de lui. Mais il y a aussi tout ce que les enfants font subir aux animaux, sans forcément s'apercevoir de cette cruauté gratuite. Des pattes de scarabée arrachées aux yeux d'une souris crevés, le lecteur n'est guère épargné. jolis_tenebreinsert

En marge de cette cruauté, la petite Aurore incarne le bien. Elle aide tout le monde, mais cette gentillesse est montrée comme une faiblesse dans cette histoire. Une faiblesse qui ne pourra que la faire souffrir. Ce serait donc un conte à la morale bien particulière ...

Comment interpréter tout ça ? Je ne sais pas vraiment encore ...
Au départ, on apprend grâce à un cahier qu'Aurore porte le même prénom que la morte. Mais alors cela voudrait-il dire que c'est l'esprit d'une morte qui vient rejoindre des lutins de la forêt, eux aussi morts ? Pourquoi sont-ce des enfants uniquement ?
Et comment comprendre cette phrase prononcée par Aurore et reprise sur la quatrième de couverture ?
- Ne t'inquiète pas. Je te promets qu'il ne t'arrivera plus rien de grave, maintenant. Je fais de mon mieux pour que les choses redeviennent comme avant, tu me crois ? 

Et ce qui est vraiment étonnant, c'est de voir à quel point les dessins très enfantins s'opposent la cruauté de l'histoire. Du coup un vertige se crée. On a envie de croire à chaque page que le bien va l'emporter, que ces dessins  au décor bucolique ne peuvent pas surenchérir da4ans la cruauté. Et pourtant, si.Le décalage entre les dessins et l'intrigue ne fait qu'accentuer ce  déséquilibre.

Une BD dérangeante et très belle à la fois. A ne pas mettre entre les mains des plus jeunes.

J'ai repéré cette BD chez Lael qui invite les lecteurs à lire cette histoire où règne un monde hostile, inhospitalier, atteint par une méchanceté profonde, à demi-voilée par des mièvreries et des sourires moqueurs.

Ce n'est pas donc une BD à conseiller à tous tant la noirceur de l'âme humaine est présente dans cette histoire. Je crois qu'après ma lecture de La Route j'ai lu assez d'histoires glauques pour un bon bout de temps. Je vais peut-être relire Candy, tiens. di48

Illustrations prises sur le site de France 2. Vous pourrez même voir une interview de la dessinatrice.

Le Nouvel obs' : Cette fiction sidère par son inventivité.
Métro : Un scénario brillant et un graphisme en couleur directe qui sublime l'histoire et qui, dès la première case, vous emportera dans le paradis de l'enfer ou dans l'enfer du paradis. Bienvenue dans ses jolies ténèbres.
Les Incos : On reste captivé par cette intrigante et dérangeante histoire.

       

Jolies Ténèbres - France5
Bande-annonce de Jolies Ténèbres, un album signé Kerascoët et Fabien Vehlmann. Interview des Kerascoët sur le site BD de France Télévisions

Posté par Leiloona à 08:51 - Chez Dupuis - Commentaires [32] - Permalien [#]
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