Face à la grille en fer forgé, une femme et deux enfants attendent. Le grille résiste, ne s'ouvre pas. La femme fait le tour, et sous le lierre trouve une porte dérobée. Le bois cède et voici le petit groupe dans l'allée de cette demeure. Ils sont maintenant devant une autre porte. La femme frappe. Cette porte ne lui résiste pas longtemps car elle s'ouvre. Sa mère. Les retrouvailles sont assez froides.
Bientôt, un autre groupe arrive : le frère de cette femme accompagné de son épouse. Celle-ci a un paquet étrange dans les bras ...
Le début de ce récit avec ses portes qui ne s'ouvrent qu'avec difficulté, ce petit groupe qui semble perdu dans les immenses allées ombragées du château, cette femme au bas déchirés qui laissent entrevoir des bleus est très symbolique et donne le La. Le lecteur vient de plonger dans un récit pesant.
Et ce n'est pas l'arrivée du grand frère qui va arranger les choses.
Cette famille est à une période charnière de sa vie, ce frère et cette sœur sont en souffrance. Et c'est vers leur mère qu'ils se tournent. La mère n'est pas vraiment un modèle maternel, elle semble sèche, à l'écart. Mais elle est là. Elle accueille ses petits malmenés par la vie.
Et puis au milieu de ces adultes, il y a un petit garçon avec sa petite sœur. La bulle de l'enfance n'a pas été crevée, et c'est confiants qu'ils s'avancent sur le chemin de la vie. Main dans la main. C'est le petit rayon de soleil de cette histoire.
Même si l'histoire n'a rien de réjouissant, la narration se fait pudique, parfois poétique. Et ce huis-clos se révèle davantage libérateur qu'étouffant.
Du moins c'est ainsi que j'ai lu ce récit. Il a eu sur moi un effet cathartique assez troublant.
Le titre original rend davantage compte de l'ambiance de ce livre : Disquiet. Anxiété, angoisse.
Malgré tout, je n'ai pu lâcher ce livre, captivée par une narration irréprochable ! Dans ce récit, les descriptions s'attachent aux lieux, aux objets. Ils ont une consistance qu'ont perdue les personnages, seulement esquissés, griffonnés comme des croquis. Ils ont perdu leur matière.
J'ai mis du temps avant d'ouvrir ce livre car le libraire m'avait dit que c'était un récit difficile mais superbe. Et je ne regrette pas d'avoir découvert la plume de Julia Leigh.
Ed. Christian Bourgois, 105p, 15€
Toni Morrison (tout de même) dit que Julia Leigh est une magicienne. Sa prose adroite diffuse une impression de contrôle serein tandis que la terre tremble sous nos pieds.
J.M Coetzee (prix Nobel de littérature en 2003) compare l'auteur à William Faulkner et dit que ce livre est puissant et troublant.
Marine Landrot pour Télérama : le surréalisme déchirant côtoie le romantisme bouillonnant dans le plus parfait équilibre. Ce roman ne fait qu'une centaine de pages, mais elles
comptent pour mille : chaque phrase craque et résiste, dans toute sa
solide splendeur, avant de céder pour s'ouvrir sur un gouffre
foisonnant d'implicite.
Julia Leigh a reçu de nombreux prix : Prix du meilleur jeune écrivain attribué par le Sydney Morning Herald, Prix Kathleen Mitchell, Prix de l’Astrolabe Etonnants Voyageurs.
Lily a trouvé elle aussi que c'était un roman captivant, Mango dit que ce livre est une ouverture vers l'espoir, Sylvie trouve que c'est un roman à l'ambiance très cinématographique et a comparé ce récit à "La Nuit du chasseur". (Et peut-être peut-on y ajouter le film "Les autres" ? Du moins, c'est à ce film que j'ai pensé en lisant cette histoire.) Quant à Kathel, elle l'a comparé à un conte gothique. C'est Brize qui m'a convaincue de le lire. Elle écrit que ce roman hors du temps s'est refermé sur elle. Cathulu dit que c'est une oeuvre qui donne le frisson. Florinette ne sait si elle a aimé tant le sentiment de malaise ne s'est pas dissipé une fois la lecture terminée.
Les journées de Jamal ont la régularité d'un métronome. Des patients le matin, un déjeuner préparé par sa femme de ménage, la visite de son ami Henry, une petite sieste, et de nouveau des patients en fin d'après-midi.
Jamal est un décrypteur d'esprits et de signes comme il le dit lui-même. Pour d'autres c'est un dépanneur, un guérisseur, un charlatan, voire un imposteur.
Un psychanalyste.
A 50 ans, sa vie est bien réglée. Mais sous cette apparente tranquillité se cache un lourd secret (dont Jamal dévoilera très tôt une partie à ses lecteurs.)
Ce n'est pas ce secret qui le perturbe au début de l'intrigue. Non, c'est plutôt la soudaine passion qu'éprouve son meilleur ami pour sa soeur Miriam, car les voir ensemble relève quasiment de l'inceste pour lui.
C'est alors l'occasion pour le narrateur de digresser sur son enfance dans les années 70, marquée par ses origines pakistanaises, son entrée dans l'âge adulte, son mariage puis son divorce.
C'est un roman sur les gens qui vieillissent explique l'auteur. A 50 ans, il souhaitait inventer un personnage ni trop jeune ni trop vieux afin de voir comment un homme peut se construire. C'est donc un roman d'apprentissage même si le lecteur connaît déjà le point d'aboutissement du personnage. Un roman d'apprentissage à rebours.
C'est aussi un roman sur un homme hanté par le spectre de son premier amour. Même s'il s'est marié et a eu un enfant, Jamal n'a jamais cessé de penser à Ajita, une étudiante indienne rencontrée à l'université, et à ce qu'il a fait pour elle. Finalement, ce psy à l'allure sereine est tout aussi névrosé que ses patients.
Tout comme eux, le narrateur dévoile son secret petit à petit, son récit fait des circonvolutions, s'attachant à décrire cette sœur recouverte de piercings ou ce meilleur ami qui écrit des pièces célèbres, mais l'axe central est bien ce secret qui a fait basculer sa vie. Sur la première page, on peut lire :
Comme souvent ces derniers temps, je me mets à réfléchir à ma profession, je passe en revue les problèmes avec lesquels je me débats et comment tout cela est devenu mon métier, ma vocation, mon plaisir. Ce qui me semble le plus étrange, c'est que je me suis lancé dans cette voie à la suite d'un meurtre et du départ d'Ajita mon premier amour -un départ définitif.
Néanmoins ce roman possède encore une autre facette. Il ne se contente pas d'avoir des allures de roman policier ou de roman d'une vie. En effet, Jamal ne se limite pas à nous parler de lui. Ce n'est pas un roman d'une seule vie, mais plutôt un roman d'une génération, celle qui a connu à la fois Tchatcher et Blair. Alors la plume devient acide lorsqu'elle raconte comment cette génération a soif de reconnaissance, comment cette génération n'hésite pas à transgresser certains tabous. Pour démontrer son propos, le narrateur n'hésite pas à aller fouiller dans les bas-fonds de Londres, fussent-ils dans les clubs échangistes.
Un roman complexe et fort que j'ai eu du mal à lire. Je ne me suis jamais sentie proche du narrateur, peut-être car je ne fais pas partie de cette génération. J'ai donc suivi de loin l'évolution du personnage, un peu comme si j'étais en retrait ...
Mais paradoxalement je ne regrette pas ma lecture. Il m'a fallu du temps pour entrer dans cette histoire foisonnante mais jamais je n'ai voulu refermer ce livre.
Je crois que c'est un livre à digestion lente dont je me souviendrai longtemps.
(Selon mon libraire, un des livres les plus aboutis de la rentrée de septembre 2008.)
Ed. Christian Bourgois, 569 pages, 23 €
André Clavel pour TV5 : Parfois drôlissimes, parfois pétries de monstrueuses ténèbres - lorsque l'inceste se profile - les confessions de Jamal sont un modèle de subtilité. Il y ajoute un tableau explosif de cette grande famille déboussolée qu'est la société anglaise, à l'heure des brassages ethniques. Le meilleur roman de Kureishi, après Le Bouddha de banlieue.
Marie de Cazanove pour "La Croix" : Portraitiste de talent, Kureishi, avec sa kyrielle de personnages, dresse un beau tableau de l’Angleterre d’aujourd’hui. Sa plus grande qualité reste sans doute de n’avoir, finalement, pas trop perdu l’espoir en ses contemporains, plongés dans une société sur-consommatrice hantée par la peur de l’extrémisme. Optimiste raisonnable, ce grand écrivain signe là un ouvrage audacieux, livre de la maturité, assurément.
Pierre Assouline sur son blog écrit : Un bon roman, un roman réussi, nous parle de nous. Il se trouve qu’Hanif Kureishi avait non seulement quelque chose à dire mais quelque chose à nous dire de nous-même. On ne saurait mieux combler son lecteur qu’en l’invitant à se pencher sur sa jeunesse pour en tirer les leçons avec un léger recul, ce pas de côté qu’autorise la cinquantaine.
Sibylline écrit quant à elle : un livre intelligent, un auteur à fréquenter, un plaisir à s’offrir.