Bric à Book

En pagaille ordonnée, des livres (pour le côté sérieux) mais pas que ... se nichent aussi des fariboles et des notes sur la musique.

01 novembre 2009

L'Invisible de Pascal Janovjak

L_Invisible_de_JanovjakJeune avocat de 35 ans, le narrateur vit au Luxembourg et travaille pour un salaire non négligeable. Néanmoins, cette vie ne lui convient pas. C'est un homme qui se sent rejeté. Adolescent, il aurait voulu être un artiste. Un peintre avec une blouse maculée de couleurs, le nez plongé dans la toile ...
Mais sa blouse ressemble plutôt à un costume noir. Et à la place d'un pinceau, il a un attaché-case dans la main.
A force de se sentir transparent, voici qu'un jour, après avoir rencontré un groupe d'hommes peu avenants, il se rend compte qu'il est réellement devenu invisible.
Une nouvelle vie commence pour lui. Il goûte les premiers jours : ils sont pour lui des moments de liberté. Respirer, n'avoir aucune entrave. Et puis très vite, comme c'est un homme frustré, il commence à prendre un certain plaisir à regarder les femmes fraîchement dénudées : Elle était élégamment affalée devant un client, elle cliquait avec nonchalance sur une souris virtuelle, et pendant que je matais son cul le client s'ébahissait devant ce nouvel ordinateur grand comme un dé à coudre.
Ainsi le narrateur, jusqu'à présent repoussé par ces femmes qu'il convoitait, va utiliser cette invisibilité pour en visiter une chez elle. Et il ne se limitera pas à la regarder ...
Cet homme aime s'introduire dans les maisons, il s'adresse même au lecteur en le mettant en garde : Et pensez-y la prochaine fois que vous serez soulagé d'être chez vous, en sécurité dans vos murs, la prochaine fois que vous aurez fait jour le verrou de la salle de bains ... voues n'êtes pas seul, cher lecteur, installé confortablement sur le canapé, couché dans votre lit ... à ce moment précis, chère lectrice, penché sur vous, scrutant, sur votre visage, les réactions que provoquent ces mémoires inouïs ...
Voici un homme qui goûte à ce nouveau pouvoir. Lui, l'homme transparent, a finalement transformé son défaut principal en super pouvoir ...
Malgré tout, c'est aussi un homme qui utilise cette nouvelle faculté pour combler un désir trop peu souvent inassouvi par le passé. Ainsi, ce qu'il adore regarder chez les autres, c'est leur visage au moment de l'orgasme. Vaste programme.
Et puis, parfois ce n'est pas un couple qu'il regarde, mais une jeune fille qui avait l'âge où les adolescentes commencent à être appétissantes, l'âge terrible où elles commencent à troubler l'affection tranquille de leurs pères.
Après les couples, les jeunes filles donc ...
Mais cela est vite lassant pour lui, malgré le côté très subversif et jouissif de ce voyeurisme. Bientôt il suivra un homme, ce qui sera l'occasion pour lui de fuir encore plus ce monde qu'il déteste ...

S'il fallait qualifier le style de ce premier roman, j'emploierais le mot "moderne". Les phrases ne sont guère musicales et de facture très simple. De temps en temps des mots vulgaires se glissent ici ou là. Même si cette écriture ne mime pas le langage oral, elle s'y rapproche souvent, notamment dans l'utilisation fantaisiste de la ponctuation.
Le postulat de base rappelle la nouvelle de Marcel Aymé "Le Passe-muraille" puisque Dutilleul prend  lui aussi sa revanche dans cette histoire ou encore L'Homme invisible de H.G Wells. Bien-sûr, dans ce récit, le mécanisme de cette invisibilité n'est pas vraiment expliqué car il ne s'agit pas de se focaliser sur cette intrusion fantastique.
Le personnage est un anti-héros qui se cherche et qui joue de cette invisibilité pour dominer les autres. Les dérapages ne lui font plus peur car le regard de l'autre n'existe plus. Ainsi, s'il fallait trouver une morale à cette histoire, ce serait bien ennuyeux puisque ce récit démontre qu'un homme outrepasse toutes les bienséances s'il a la certitude de rester libre. A moins que l'ensemble de ce récit ne soit une critique acerbe de la société moderne ...
En bref, ce récit serait donc le portait d'une personne exclue de cette société et qui le fait payer aux autres.

Ed. Buchet-Chastel, 301 pages, 17 €

Stéphie aussi l'a lu.
Sur Evene, on peut lire la critique suivante : Derrière les traits cyniques de ce héros frustré, il fustige allègrement tous les travers d'une société injuste, égoïste, narcissique, en proie à la dictature de l'artificiel et du virtuel. Plume acerbe à l'humour corrosif, l'auteur jongle aisément entre les tonalités, mêlant avec brio légèreté de style à la gravité de certaines vérités.   

Lu dans le cadre du prix des 45659008_p Il rentre aussi en compte pour le challenge 2 % (13/14).45737248_p

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21 septembre 2008

Les pages roses de Téodoro Gilabert

En fouinant chez le libraire du coin dans la section "rentrée littéraire", mes yeux ont atterri sur un livre rose. L'image du blog ne met pas vraiment la couverture en valeur, mais cette couleur m'a attirée (peut-être une réminiscence du club Barbie). Il me faut plus qu'un vilain rose pour me rebuter.

Je retourne le livre et je lis ça : pages_roses

« Penser à son départ à la retraite avant d’avoir commencé à travailler, c’est sûrement le signe d’une absence totale de vocation. Mais envisager la fin avant le début, c’est aussi une question d’esthétique. »
Roman d'un apprentissage, Les Pages roses est un hommage rendu aux étudiants, à Paris, à Nantes, au cinéma de la Nouvelle Vague, aux stars, à la langue latine, aux années soixante-huit, au Petit Larousse illustré, aux professeurs des banlieues, à la méthode Coué, à l'humour.

Mon désir grandit peu à peu aux mots "langue latine" (comment ça je suis prévisible !), "professeurs de banlieue", "Paris". 
Adopté !

Les pages roses font référence aux pages ... roses que chaque dictionnaire Larousse possède. Le roman est lui aussi scindé par des pages roses répertoriant toutes les citations latines et anglaises qui ouvrent les chapitres.  am114
Le livre commence par  "Alea jacta est". Pourquoi cette citation ? Le narrateur explique que la découverte des pages roses a très tôt guidé sa vie.

Il en sera de même pour ce livre qui relate la vie d'un professeur de lettres classiques. De sa plus tendre enfance jusqu'à sa mutation à Nantes. Un chapitre, une citation latine.
Bien que le livre ait un semblant ordre chronologique, le narrateur insère des digressions sur tout. Ainsi le lecteur lit au fil des pages l'histoire de Larousse ou encore celle de Brigitte Bardot...

Ce livre est inégal. J'ai bien ri au début quand le narrateur parle des sections élitistes de la section des lettres classiques, puis je me suis lassée des nombreuses digressions, ne voyant pas trop où cela menait. Il en est de même pour l'écriture. De drôle et lyrique, elle tombe parfois dans le néant quand l'auteur s'acharne à aller à la ligne à chaque phrase, voire à chaque mot ...
Pourtant je suis allée jusqu'au bout de ce livre car tel un chercheur d'or, je suis tombée sur quelques pépites ...

Le narrateur est alors lycéen et il voue un culte à toutes les latinistes et hellénistes.
J'ai fait d'énormes progrès grâce à mon aréopage de Vénus et de nymphettes. J'ai surtout passé du bon temps à butiner ici ou là, à aller voir si la rose ...
J'ai mis à profit le jour présent, comme disent les pages roses.
Carpe Diem, c'est plus simple et plus joli. Un jour, où je ne pouvais plus garder pour moi seul un bonheur de vivre trop explosif, j'ai craqué.
J'ai pris la craie rouge, celle qui ne part pas au lavage. Profitant d'un intercours, j'ai écrit en grand sur le mur blanc du fond de la classe, à côté de l'Empire romain (...) J'ai écrit ma devise de chevalier servant promu prince du harem.

CARPE PUELLAM

 

 

J'imagine bien la tête du prof en revenant de pause. 051

Une fois le CAPES de lettres classiques obtenu, le voici muté dans un collège d'Aulnay-sous-Bois dans le 93. Et là le jour de la pré-rentrée, il a une apparition. L'auteur montre ici qu'il est capable d'élan lyrique ...
Une silhouette sombre se dégageant des nuages de fumée.
Devant la lumière rasante du soleil matinal, au mois de septembre.
Qui transperçait le brouillard nicotinique de la salle des professeurs. Le contraste aurait été un peu trop puissant, s'il n'avait pas été adouci par un sfumato solaire du plus bel effet, formant le contour vaporeux de ses cheveux et des ses vêtements.

La quatrième de couverture parle de roman d'un apprentissage. Je ne suis pas vraiment d'accord ... le personnage principal a l'air de subir son destin plutôt que de l'affronter. S'il choisit d'enseigner, c'est surtout parce que selon lui les lettres classiques ne mènent nulle part sauf à l'enseignement. Et la fin ne laisse guère envisager l'accomplissement du héros. Ou alors il le fait d'une drôle de manière. (D'ailleurs si quelqu'un pouvait me parler de "Pierrot le fou", ce serait sympa. di57)

En somme, certains passages sont vraiment drôles, mais c'est vraiment dommage que l'écriture et le contenu soient autant disparates. Comme l'écrit si bien le narrateur : Desinit in piscem (il finit en queue de poisson).

Téodoro Gilabert est professeur d'histoire-géographie. Je serais curieuse de savoir pourquoi il a choisi de peindre dans son premier roman la vie désordonnée et désappointée d'un professeur de lettres classiques ... 

Si vous souhaitez lire les premières pages de ce roman, vous pouvez cliquer ici.

Ed. Buchet-Chastel, 14 €, 201p 

Posté par Leiloona à 07:45 - Chez Buchet-Chastel - Commentaires [9] - Permalien [#]
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20 avril 2008

Prenez soin du chien de J.M.Erre

2070394727Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, vient d’aménager au 5, rue de la Doulce Belette. Pile en face de chez lui, Eugène Fluche, artiste peintre collé à sa fenêtre, l’observe à longueur de journée. Exaspéré, Max se met à espionner les moindres gestes d’Eugène et consigne le tout dans son journal intime. La méfiance règne. Pour l’entretenir, il y a la concierge, Madame Ladoux, un cinéaste fou, Monsieur Zamora, un auteur de romans érotiques, Lazare Montagnac, un chien, Hector, et d’autres personnages hauts en couleur… L’inquiétude gagne. Au premier cadavre suspect, le commissaire Taneuse, un drôle de zigue, est dépêché sur les lieux. Qui se cache derrière cette affaire ? A qui profite le crime ? Prenez soin du chien est un vrai film !

L'auteur a choisi de construire son roman sous forme de lettres, ce qui donne un côté ludique à la lecture. En outre, on connaît le point de vue de plusieurs personnages, ce qui peut être un atout pour résoudre une énigme policière.
Livre drôle, mais aussi énigmatique car l'intrigue est un véritable jeu de pistes. Certains passages sont vraiment hilarants. Un moment sympa.

Posté par Leiloona à 09:29 - Chez Buchet-Chastel - Commentaires [4] - Permalien [#]
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