Bric à Book

En pagaille ordonnée, des livres (pour le côté sérieux) mais pas que ... se nichent aussi des fariboles et des notes sur la musique.

10 mai 2009

Le Bar sous la mer de Stefano Benni

bar_sous_la_merUn homme marche sur les bords de la mer des Brigantes, la brume l'enveloppe. Il est perdu dans ses pensées quand tout à coup de cet épais brouillard surgit un vieil homme, un gardénia à sa boutonnière. Il suit cet homme qu'il ne connaît pas mais qui l'intrigue. Le vieil homme se dirige vers la mer, mais une fois devant les vagues, il ne s'arrête pas ! Au contraire, il entre intégralement dedans !
Notre premier homme accourt alors pour le secourir avant de s'apercevoir que le vieil homme se dirige en fait vers un bar situé sous la mer.
Irrésistiblement il suit le vieil homme, et c'est perplexe qu'il pousse la porte de ce lieu insolite. Il  se retrouve alors devant une groupe hétéroclite (le groupe de la couverture du livre). Le barman qui aurait pu sortir d'un film d'horreur lui dit alors que ce soir, les membres du groupe vont chacun raconter une histoire ...

Voici un prologue des plus curieux qui donne le ton du livre.
Comme vous le voyez, notre jeune homme se trouve face à un groupe  très étrange qui a un petit air de déjà vu : un vieil homme très hugolien, une femme qui a piqué une des robes de Marilyn Monroe, un homme  affublé d'un chapeau et de lunettes noires tout droit sorti des Blues Brothers, une petite fille qui aurait pu venir avec son lapin (mais peut-être court-il encore après le temps ?), une femme au chapeau vert qui a sans doute une affaire policière à résoudre, un marin mais pas d'eau douce, un homme au foulard vert des plus seyants et qui semble avoir pour initiales E.A.P, et d'autres personnages ou auteurs que je n'ai pas su identifier.

Et que font ces personnages ?
Eh bien, ce sont tous des conteurs hors pair qui vont chacun leur tour raconter une histoire. Chacun apportera sa touche personnelle à cette nuit que personne ne voudrait voir finir. Les Mille et une nuits ou encore le Décaméron ne sont pas loin.
Comme le dit la quatrième de couverture : Qui parodie quoi ou qui ? Au lecteur de jouer le jeu et d'entrer dans ce labyrinthe de pastiches.
J'avoue avoir joué le jeu (je suis une grande joueuse). Regardant à chaque fois quel était le narrateur du récit et essayant de deviner quelle était l'œuvre pastichée. Mais ce livre ne se limite pas à ce jeu car ces pastiches sont extrêmement bien faits. Même si on ne reconnait pas l'œuvre originale, on se laisse bercer par les différentes nouvelles.
Et c'est un véritable patchwork !
Fantastique, policier, burlesque, mais aussi science-fiction, conte philosophique, iliade moderne, satire et récit surréaliste. C'est un véritable florilège ! (Et encore, je ne les cite pas tous car il y a 21 nouvelles dans ce livre, et chacune appartient à un genre différent.)
Ainsi ai-je souri en voyant qu'Achille et Hector se battent pour un vélo, ai-je vraiment frémi en lisant la nouvelle de "l'homme au manteau", et ai-je de nouveau souri quand j'ai lu cette nouvelle où un extra-terrestre essaie de comprendre les mœurs terrestres ... En somme des nouvelles toutes différentes qui font passer le lecteur par de nombreux états. 

Voici en quelques phrases, les différents tons qu'on peut trouver dans ce livre :

Immédiatement après, la grêle. Ça commençait à chaque fois par trois coups de tonnerre, puis on entendait dans le ciel une grosse voix criant "Allez" et des panettones de grêle nous tombaient sur la tête. A Biolo, il tomba un grêlon grand comme un moule à parmesan, avec un corbeau, bien conservé, à l’intérieur.Une chaleur africaine nous envahit à nouveau. Les gens dormaient dans les rues, à l’intérieur des frigos, avec une rallonge. Le glacier travaillait vingt-quatre heures sur vingt-quatre et, à la fin de l’été, il acheta un gratte-ciel à Monte-Carlo.
***
De tous les animaux qui vivent entre les pages des livres, le vers disicus est certainement le plus nuisible. Aucun de ses collègues ne l'égale. Pas même la punaise majophage, qui mange les majuscules, ou le pas-de-mule, petit hyménoptère qui se nourrit de consonnes redoublées, avec une préférence pour les M et les N, et est gourmand de mots comme canonnière ou mammaire.
***
- Mademoiselle Mapple, épargnez-nous votre habituelle ironie.
***
Un frisson me passa dans le dos. (...) Quand l'individu leva la lampe, je vis que c'était une vieille femme. Une vieille femme affreuse, avec des yeux exorbités de crapauds, sur un visage abîmé par ce qui ressemblait à une brûlure. Elle était déformée par l'arthrose et se déplaçait comme si des fils invisibles la tordaient.

Chez Babel, 252p, 7€50

Allie aussi l'a lu et a aimé.

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26 avril 2009

L'Annulaire de Yoko Ogawa

annulaire_yoko_ogawaUne jeune femme déambule dans la rue à la recherche d'un travail quand elle voit cette inscription sur une porte :
Recherchons employée de bureau
aide à la fabrication de spécimens
expérience, âge indifférents
sonnez ici.

Intriguée par cette affichette visiblement collée depuis un bon bout de temps, elle frappe à la porte. M. Deshimaru lui fait alors découvrir le laboratoire avant de lui expliquer ce qu'il attend d'elle.
Le laboratoire est un ancien foyer de jeunes filles réaménagé. Seules deux anciennes pensionnaires y habitent encore, mais elles ne viennent jamais dans le laboratoire, préférant rester dans leur appartement à l'étage.
En fait, M. Deshimaru a besoin d'une réceptionniste pour accueillir les clients, même s'ils ne sont pas nombreux, pendant que lui préparera les spécimens.

Voici un récit nimbé d'une couleur particulière : si la réception est une pièce apaisante et chaude, il n'en est pas de même pour les autres pièces du laboratoire. L'odeur d'alcool qui s'échappe de la blouse du préparateur, une tuyauterie hors d'usage, des carreaux froids, et une lumière crue donnent notamment à la salle de bains un caractère étrange.
Quant à cette douce jeune fille, elle semble être totalement sous l'emprise de cet homme dont elle ne sait rien, si ce n'est qu'il aime la voir avec les chaussures qu'il lui a offertes.
Grâce au récit fait à la première personne, le lecteur accompagne alors cette jeune fille sur un chemin énigmatique et fascinant. Il est comme cette jeune fille, à la fois curieux d'en savoir plus, tout en étouffant presque dans ce huis-clos. Mais c'est une oppression très douce et volontaire.

Une nouvelle où sont parsemées quelques graines de fétichisme et d'animisme et dans laquelle les objets semblent encore remplis d'une puissance ancestrale. Une belle métaphore de la soumission et du renoncement volontaires.   

Ed. Babel, 95p, 5€

La première page :   
Cela fera bientôt un an que je travaille dans ce laboratoire de spécimens. Comme ce n'est pas du tout le même genre de travail que celui que je faisais avant, au début j'étais désorientée, mais, maintenant j'y suis complètement habituée. Je maîtrise parfaitement l'endroit où sont rangés les papiers importants, je sais taper à la machine, et, en ce qui concerne les demandes de renseignements par téléphone je suis capable d'expliquer poliment et avec gentillesse le rôle du laboratoire. De fait, la plupart des gens qui téléphonent sont satisfaits de mes explications, et sans doute aussi rassurés, puisque le lendemain ils viennent frapper à la porte du laboratoire, leur précieuse marchandise serrée sur le cœur.
Ici, le travail n'est pas aussi compliqué qu'il n'y paraît. Il suffit d'un peu d'ordre et de circonspection pour s'en  acquitter sans problème. Il est même presque trop simple.
Mais je ne m'ennuie pas. Les choses que l'on nous apporte sont tellement variées que je ne m'en lasse pas, d'autant que, dans la plupart des cas, les visiteurs ne sont jamais pressés de repartir après avoir rempli les formalités nécessaires. C'est parce qu'ils ont envie de me raconter par quel concours de circonstances ces objets arrivent jusqu'à nous.

Un film a été tiré de ce récit. Voici sa bande-annonce qui transcrit parfaitement l'ambiance de ce livre :

Katell est restée sur sa faim, Sylvie a au contraire aimé que le mystère reste entier. Yueyin a elle aussi été fascinée.

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07 mars 2009

Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary de Philippe Doumenc

9782742779994Et si Emma Bovary ne s'était pas suicidée ?
Partant du principe qu'une seule ingestion d'arsenic n'est jamais mortelle, Philippe Doumenc a eu l'idée de reprendre la narration de Madame Bovary là où elle s'était terminée.

Les premières pages s'ouvrent sur la lente d'agonie d'Emma. Du premier spasme qui l'atteint brutalement à son dernier soupir, en passant par les souvenirs d'Emma : le lecteur connaît alors tout des dernières pensées de l'héroïne.
A Yonville, on parle alors d'un suicide : Qu'on n' accuse personne !, lit-on dans la lettre d'adieu d'Emma.
Seul le docteur Larivière, chirurgien réputé, parle de suspicion de crime.
La veille, Emma Bovary lui aurait dit dans un dernier éclair de lucidité : "Assassinée, pas suicidée", et après cet aveu stupéfiant, un autre docteur aurait découvert de très légères blessures sur le cou de la mourante.
Une contre-enquête s'ouvre. Deux policiers en sont chargés : le célèbre Delévoye (dont c'est la dernière affaire avant la retraite) et le jeune Rémi (qui d'ailleurs est allé à la même école que Charles Bovary). Tous deux partent  donc vers Yonville dans le but d'éclaircir toute cette affaire.
Et elle n'est guère simple !
La lettre d'adieu est introuvable, le corps d'Emma Bovary comporte des traces de griffures et de terre, et le médecin légiste annonce à la police qu'Emma était enceinte de cinq mois !
Nos deux hommes commencent leurs interrogatoires et cette affaire est de plus en plus trouble. Elle se complique  davantage le jour où Delévoye reçoit l'ordre de laisser cette enquête et de prendre sa retraite ! Seul Monsieur Rémi reste sur place ...

L'idée de reprendre l'histoire d'un tel monument littéraire est un pari risqué, voire culotté. Imaginez qu'un auteur contemporain reprenne l'intrigue d'un Zola ou d'un Hugo ! Il y a de quoi surprendre. J'ai donc été dubitative quand j'ai vu la première fois ce livre en librairie.
Une contre-enquête ? Mais pourquoi, donc ?
Puis, curieuse comme je suis, je l'ai acheté en poche. Et je ne le regrette pas du tout.

Dès les premières pages, on se retrouve à Yonville. Les personnages qui peuplaient le roman de Flaubert sont tous là : Charles est toujours un peu benêt, M.Homais le pharmacien, M. Lheureux qui a fait le malheur d'Emma, et M. Rodolphe Boulanger dont Emma s'est éprise ...
Même si le style de Doumenc n'est pas le même que celui de Flaubert (et heureusement car je n'aurais pas aimé lire un pastiche de Madame Bovary), il a su recréer habilement l'ambiance de ce roman. D'ailleurs le narrateur n'hésite pas à jouer avec le roman originel en insérant dans l'histoire un jeune journaliste nommé Gustave Flaubert (un clin d'œil très hitchcockien).
Très vite j'ai été prise par cette intrigue policière tout à fait crédible et j'ai eu envie de savoir qui avait bien pu tuer Emma Bovary : est-ce le mari cocufié, un amant éconduit, une épouse jalouse ? Les meurtriers potentiels ne manquent pas, les rebondissement non plus.
Ce livre est donc bien plus qu'un simple exercice de style qui redonnerait vie à un classique. Il tient compte du roman originel car il ne le dénature pas, et il crée une histoire parallèle tout à fait plausible, n'hésitant pas tout de même à prendre quelques libertés. Une réussite.

Chez Babel (Actes sud), 187p, 6€50

Laure s'est régalée elle aussi, Cathulu écrit qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu Madame Bovary pour aimer ce roman et Marie a retrouvé avec plaisir les personnages flaubertiens. En revanche Keisha préfère l'oeuvre originale, Ys et Caro[line] ont tout de même eu du mal à lire ce roman qui touchait à Emma Bovary (Pourquoi avoir fait ça, monsieur Doumenc ? écrit Caroline.) D'autres avis répertoriés sur Blog-o-Book.

16 décembre 2008

Le père Noël est une ordure - Troupe du Splendid

9782742731053FSCette nuit de Noël commence calmement pour Thérèse et Pierre Mortez. Au centre de "Détresse-Amitié", le dernier appel remonte à quelques heures. Thérèse et Pierre Mortez en profitent alors pour s'échanger des cadeaux. Ce sera un hybride gilet-serpillière pour Mortez et un tableau pour Thérèse. Mais quel tableau ! Mortez a choisi de représenter Thérèse nue avec un porc !
Sonne alors le téléphone : c'est un homme qui demande à Mortez de passer cette nuit de Noël avec eux, et ce dernier qui ne dit jamais non à un malheureux lui donne l'adresse de l'association.
Et voici que tout s'accélère jusqu'au feu d'artifice final.
Le voisin slave Presko sonne pour donner des chocolats bien dégueulasses : les fameux spotsi d'Ossieck.
Josette, la cousine de Thérèse, vient trouver refuge à l'association : enceinte jusqu'aux yeux, elle se cache de son ex petit ami violent.
L'homme qui a téléphoné arrive : il se fait appeler Katia et il est travesti en femme.
Entre alors le père noël qui a tout d'une ordure : c'est Félix l'ex petit ami de Josette qui est venu la récupérer.

J'ai été étonnée de voir que l'humour noir bien présent dans le film est encore plus piquant dans la pièce de théâtre, le texte d'origine. Étonnée aussi de la fin. Finalement elle colle vraiment bien au comique absurde de toute cette pièce. 
Comme j'ai vu ce film un milliard de fois, je connais les répliques par cœur ; mais cela ne m'a pas empêchée de rire aux répliques désormais cultes.
Comment ne pas penser à la prestation de Lhermitte quand Mortez répète à longueur de temps "C'est cela, oui" ?
Comment ne pas penser au kloug aux marrons et aux doubitchous du film quand Presko arrive avec ses chocolats ?
"C'est kloug ! Je l'ai colmaté avec des schpozis..."

Et pour terminer, un extrait de cette pièce :
Presko (donnant la hotte à Mortez et s'adressant à Thérèse.) Je descendais pour vous chanter une chanson de Noël de mon pays.
Thérèse. Oui, mais vous savez avec les fêtes de fin d'année, on est un peu débordés.
Presko. Oui, mais c'est très bon, c'est mon frère.
Mortez. Ecoutez monsieur Preskovich, vous nous la chanterez une autre fois parce que là, on est très occupés, donc n'est-ce pas, bien-sûr.
Presko. Bien-sûr, mais je voudrais vous demander une permission ... Voilà, je n'ai jamais chanté que tout seul chez moi devant la glace, alors, j'aimerais la chanter une fois avec du monde.
Mortez. Oui, mais on n'a pas de glace.
Presko. Un seul couplet et je me sauverai.
Thérèse. Allez Pierre, un seul couplet et après ils se sauveront.
Josette. Oh oui ! J'adore la musique !
Presko. Vous êtes bien gentille, ça me fait beaucoup de plaisir ... Vous allez voir c'est très caustique. (Il chante en s'accompagnant de l'accordéon, sur l'air de Petit Papa Noël, dans une langue incompréhensible.) Djagi papa bovitch quadi tchech la tsi od Ukraine, atchum itchum tibichum. Namour namorovich pou pou tchi.
Katia. Y a du rythme.
Presko. C'est dommage vous pouvez pas comprendre les finesses parce que vous ne comprenez pas la langue.
Josette. Ah bon ? C'était pas français ?

(...)

Un grand classique qui m'a redonné le sourire !

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30 octobre 2008

La Caverne des idées de José Carlos Somoza

Si comme moi vous aimez le genre policier, la période antique, ou encore si votre dada est de chercher un message caché entre les lignes, La Caverne des idées devrait vous plaire.
Laurence et Alwenn m'ont conseillé ce livre après ma lecture de Sator, l'énigme du carré magique.

2742744630Le titre m'a de suite plu pour sa référence au mythe de la caverne de Platon, et pour la couverture du livre qui reprend un détail d'un skyphos (un vase à boire) de la Grèce antique. A l'origine, l'image relate un épisode de la guerre de Troie, au moment où Priam vient réclamer le corps de son fils Hector à Achille, mais l'image a été coupée pour ne montrer que deux corps : l'un tient un couteau, l'autre est mort. Du rouge a été ajouté, histoire de renforcer l'idée du meurtre.
Bon, j'arrête là ma digression car elle ne porte pas directement sur le livre, même si cette couverture est bien choisie pour sa mise en abyme (prendre un skyphos n'a pas été laissé au hasard).

Le livre est loin d'être simple. Ce n'est pas une bobine de fil qu'on déroulerait facilement. Ce serait plutôt une pelote de laine avec d'énoooormes nœuds (ceux qui tricotent imaginent bien le problème.)

Un corps vient d'être trouvé à Athènes. Un corps éviscéré et couvert d'hématomes. A la place du cœur, un trou béant. Un homme obèse regarde la scène de loin. Lui, c'est le Déchiffreur d'Enigmes : Héraclès Pontor (la ressemblance avec Hercule Poirot n'est pas fortuite non plus). Il connaît bien la mère de la victime. Peut-être est-ce pour cette raison qu'il accepte la mission du philosophe Diagoras ? Ou peut-être est-ce par désir de résoudre une énigme ?
La mission du philosophe Diagoras est d'élucider la mort de Tramaque, son élève à l'Académie de Platon, que le médecin a attribuée aux loups.
Le premier niveau de l'intrigue est lancé. Mais ce livre est plus qu'un policier.

Dès la première page, des notes d'un traducteur sont ajoutées. En effet, La Caverne des idées est un récit écrit par un anonyme qu'un traducteur a la lourde charge de décrypter. Décrypter et non traduire car un message secret se cache dans cette histoire. Les notes en bas de page sont donc un moyen pour le lecteur de comprendre le message caché du livre.
Ce message secret est disséminé dans l'œuvre au moyen de l'eidésis. Un procédé inventé par Somoza.
Voici ce que l'auteur écrit sur ClubCultura :

La "eidesis" es una invención absoluta de "La caverna de las ideas". Lo que sí podrás encontrar en el diccionario es la palabra "eidético", que se refiere a cierta clase de memoria o representación visual de las cosas. Que yo sepa, la "eidesis" no existe, y menos en la forma en que yo la planteo en la novela.

L'eidésis (mot formé à partir de "eidéa" la forme, l'apparence) permettrait de transmettre un message grâce à des métaphores répétées dans le texte. Au lecteur de trouver ce message.

Voilà le deuxième niveau de l'intrigue. Mais ces deux niveaux de lecture sont loin de fonctionner de manière autonome. Au fil du récit, le traducteur s'aperçoit que certaines allusions du texte se réfèrent à lui-même. Comment est-ce possible ? Ne devient-il pas fou ? Ses notes deviennent donc moins rationnelles qu'au début, et le traducteur entraîne vraiment le lecteur avec lui car le premier interpelle souvent le second dans les notes de bas de page.

Extrait : Soyons sincères, lecteur : n'as-tu pas parfois la sensation affolante qu'un texte, par exemple celui-là même que tu es en train de lire, s'adresse à toi personnellement ? Et quand cette sensation s'empare de toi, n'agites-tu pas la tête, en clignant des paupières, et en pensant : "Quelle sottise ! Il vaut mieux oublier ça et continuer de lire" ? Juge alors quelle est ma frayeur de savoir avec une certitude absolue qu'une partie de ce livre me concerne sans aucun doute possible !

En fait, le traducteur subit le pouvoir des mots et des images. A force de chercher un message caché, il devient obsédé par certaines figures du livre.
D'ailleurs, le traducteur n'est-il pas lui-même un auteur ?
S'il choisit tel mot à la place d'un autre, ne crée-t-il pas lui aussi une nouvelle histoire ? Et que dire à ce moment-là du lecteur ? Lui aussi en lisant un livre crée une nouvelle histoire (une nouvelle réalité) en se substituant à l'auteur.

Ce roman superbement mené ne m'a pas laissée indifférente. Somoza qui a été psychiatre avant de se consacrer entièrement à l'écriture sait semer le trouble chez le lecteur. Pourtant j'ai aimé ce vertige produit par cette lecture. Même si l'histoire est complexe (je n'ai parlé que de deux niveaux de lecture, mais il en existe d'autres), je suis devenue une feuille morte baladée par le vent du récit. Et à la fin du livre, j'ai enfin pu me poser avec le sourire aux lèvres car j'ai su la vérité.

Déroutant et brillant.

Chez Babel, 346p, 8 €

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04 août 2008

Dans l'or du temps de Claudie Gallay

9782742773510

Ed. Babel,  365 p, 9€

Le titre déjà ! Quel titre !

Il fait écho à l'épitaphe de la tombe d'André Breton  "Je cherche l'or du temps". Quel rapport avec le livre ? Plusieurs en fait.

Un couple de parisiens part avec leurs filles dans leur maison "la Téméraire" à Varengeville (joli village sur les hauteurs de Dieppe) pendant les vacances d'été. L'homme qui est aussi le narrateur ne semble plus être à sa place à côté de cette femme trop parfaite ... un peu comme s'il ne s'était pas encore trouvé. 
Un jour en allant chercher des fraises, il rencontre une vieille femme bourrue : Alice Berthier. Rien ne prédispose ces deux individus à passer du temps ensemble. Elle aime la solitude et lui n'aime pas parler. Pourtant grâce aux kachinas, statuettes indiennes qui passionnent le narrateur, des liens se tissent peu à peu.
   
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C'est le père d'Alice, photographe, qui a rapporté ces kachinas d'Arizona.

Après avoir fait la connaissance d'André Breton sur le bateau qui les emportait loin de cette France prise dans les tourments de la guerre, il est allé avec l'écrivain découvrir les indiens Hopi. Alice raconte donc au compte-gouttes cette histoire d'un autre temps.

Deux récits, deux époques s'imbriquent donc dans ce livre. Les couleurs éclatantes des Hopi se mêlent aux couleurs ternes de la Normandie. Le style est dépouillé et il peut en dérouter plus d'un. En fait, j'ai trouvé qu'il correspondait parfaitement à l'état d'esprit du narrateur qui se cherche encore. Et Alice, grâce à ces histoires trop longtemps restées en elle, va l'aider à trouver l'or du temps.

Ce livre montre que derrière le silence et le visible se cachent toujours de grandes leçons. Certaines phrases m'ont marquée.
Quand Alice dit au narrateur :
- Votre regard est un regard de Blanc. Vous ne voyez que la surface.

Ou encore :
-Vous êtes un Blanc. La pensée des Blancs se limite au monde du visible. La pensée des Hopi est bien plus vaste.

Effectivement :
Il y a tout ce que nous comprenons, tout ce que nous sommes capables de transcrire en essayant d’être au plus près. Et puis il y a le reste.
Tout le reste. Le monde des apparences, des silences. La vastitude de l’innommable.
Ce monde est intranscriptible. Il répond à une autre logique. Parfois même, il n’a aucune logique.
Il faut décoder.
Le déplacement imperceptible. Sans doute est-ce là ce fameux pas de côté cher à André Breton.

Là encore j'ai retrouvé, comme dans Seule Venise, l'écriture hachée de Claudie Gallay ; là encore j'ai eu l'impression qu'une grande force se dégageait de ce récit initiatique. La maison d'Alice est hors du temps, elle est comme un sanctuaire qui dévoile peu à peu toutes ses richesses. Même si on ne connaît pas grand chose du narrateur, on s'attache facilement à cette figure perdue.

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20 avril 2008

La nuit de l'oracle de Paul Auster

La Nuit de l'oracle, de Paul Auster

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Le p'tit résumé indispensable : Le 18 septembre 1982, l'écrivain new-yorkais Sidney Orr achète un carnet bleu dans une papeterie de Brooklyn, papeterie qui fermera boutique le lendemain. Durant les neuf jours qui vont suivre cet achat, la vie de Orr va connaître une tournure plus que troublante et inquiétante. A mi-chemin entre une réflexion sur le temps et un voyage à travers l'imagination de l'être humain, Paul Auster nous entraîne dans le quotidien perturbé d'un New-Yorkais presque ordinaire.

***


J'ai failli me perdre en route .. quelle mise en abyme !!!! Un écrivain qui écrit un livre sur un homme qui veut publier un livre ... et le tout ponctué de notes de bas de page importantes, pfiuuu . Voilà un bouquin qui peut vite faire devenir chèvre
( ou plutôt bouquetin pour le jeu d'mots ) son lecteur.

Pourtant, jamais je n'ai voulu lâcher sur ce livre : j'ai retrouvé quelques traits kafkaiens qui me plaisent tant.
A la fin du livre, je suis restée médusée .. comme pour un film dont on n'arrive pas à sortir. Voilà sûrement le pouvoir du livre que décrit si bien Auster dans cette intrigue.

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Seule Venise de Claudie Gallay

J'ai été happée par cette écriture concise, hachée qui montre bien le caractère de la narratrice .. femme perdue qui se retrouve seule à Venise.2070394727

Une Venise prise par un brouillard épais, un prince russe qui incarne la figure paternelle, une danseuse qui vit une réelle passion avec Valentino, Manzoni qui se révélera être plus qu'un homme désirable : voici les personnages de ce joli roman initiatique.
Le tout paraît bien sombre .. et pourtant une réelle force de vie se dégage de ce roman.

Quatrième de couverture :
A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C'est l'hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l'arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l'attente du désir et de l'autre. Dans une langue ajustée aux émotions et à la détresse de son personnage, Claudie Gallay dépeint la transformation intérieure d'une femme à la recherche d'un nouveau souffle de vie. Et médite, dans le décor d'une Venise troublante et révélatrice, sur l'enjeu de la création et sur la force du sentiment amoureux.

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Grâce et dénuement d'Alice Ferney

Parfois la couverture et le titre de certains livres nous happent : ce fut le cas de ce bouquin. Couverture en noir et blanc, regards de petites filles perdues et titre sommaire mais percutant.
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Je ne savais pas de quoi parler le livre, que, déjà, il était dans mes mains.

L'histoire du livre est à la hauteur de la couverture : poignante.

Alice Ferney a choisi de placer son récit chez les Gitans, vous savez, ce peuple qu'on regarde avec dédain et mépris ..
D'emblée ce livre nous envoie vers des contrées inconnues.

L'histoire : une libraire vient faire la lecture tous les mercredis à ces enfants des gens du voyage. Cette gadjé, comme il l'appelle, va peu à peu apprendre à les connaître et réciproquement.

La tribu, composée de la vieille Angeline, grand-mère qui tient la place du sage, de ses 5 fils, de ses 4 belles-filles, et des enfants des 4 couples, n'est pas reconnu par la mairie : pour elle, ce groupe n'existe pas. Les petits ne sont donc pas reconnus, et comme ils ne vont pas à l'école, ils restent toute la journée sur ce terrain vague.

Livre documentaire, mais surtout conte lyrique, j'ai été emportée par la grâce de l'écriture d'Alice Ferney.

Des extraits :

Elle lut comme elle ne l'avait jamais fait, même pour ses garçons : elle lut comme si cela pouvait tout changer.

Non, se disaient maintenant les frères gitans, leurs vies n'étaient pas si misérables. Ils n'étaient pas les plus pauvres. Ils n'étaient pas des rampants sans feu ni lieu, puisqu'ils avaient des camions, des caravanes, et de belles femmes qui portaient de jeunes enfants. Que pouvait-on demander de plus à la vie ?

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Je pensais que mon père était Dieu de Paul Auster

Paul Auster a compilé dans une anthologie près de deux cents histoires parmi plus de quatre mille reçues : Je pensais que mon père était Dieu783680

Quatrième de couverture
J'ai expliqué aux auditeurs que je cherchais des histoires. Celles-ci devraient être vraies, elles devraient être brèves, mais il n'y aurait aucune restriction quant aux sujets ni au style. Ce qui m'intéressait le plus, ai-je précisé, c'étaient des histoires non conformes à ce que nous attendons de l'existence, des anecdotes révélatrices des forces mystérieuses et ignorées qui agissent dans nos vies, dans nos histoires de famille, dans nos esprits et nos corps, dans nos âmes. En d'autres termes, des histoires vraies aux allures de fiction. Les gens allaient explorer leurs vies et leurs expériences personnelles, mais en même temps ils s'associeraient à un effort collectif, à quelque chose de plus vaste que chacun d'eux. Avec leur aide, ai-je dit, j'espérais constituer des archives véridiques, un musée de la réalité américaine."
Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Ses livres sont aujourd'hui traduits dans le monde entier. Il a obtenu en 1993 le prix Médicis étranger pour Léviathan (Actes Sud).

Cette anthologie de deux cents histoires est une réelle petite pause lecture comme je les aime. Je prends les histoires en feuilletant le sommaire, au gré des titres qui m'accrochent. Ces récits sont comme la vie, certains sont drôles, d'autres émouvants.
Au fil de la lecture, on s'aperçoit que le hasard a souvent une place prépondérante dans la vie, que celle-ci est parsemée de signes. Un livre bien sympa qui se savoure comme les livres de contes de notre enfance : une histoire par jour.

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