Imaginez un monde où les abeilles ont disparu de la surface de la terre, où les OGM sont devenus l'aliment principal de l'espèce humaine, où parler des civilisations disparues comme les Grecs ou les Romains est interdit, où le Hasard et par conséquent l'univers du Jeu ont été élevés au rang de divinités, et surtout où les hommes ont tous une puce intégrée dans le cerveau.
Un monde éloigné du nôtre, mais qui lui ressemble aussi par certaines dérives. Une dystopie qui fait froid dans le dos.
Au milieu de tout ça vit Thomas, un adolescent de 13 ans. Mal dans sa peau, et rejeté par ses autres camarades, il aime passer son temps libre à faire voler XR9, son cerf-volant. A la maison, ce n'est guère plus rose : entre un père enseignant devenu alcoolique en voyant ce monde plonger dans le chaos et une mère psy qui ne jure que par les mesures gouvernementales à appliquer, difficile de s'épanouir. Malgré tout, entre XR9, et Brenda, Thomas survit. Brenda, c'est sa voisine, une belle jeune femme que Thomas aime regarder par la lucarne. C'est la femme idéale pour lui. Mais entre son jeune âge et ses kilos en trop, c'est un rêve inaccessible.
Un jour, en allant faire voler son cerf-volant sur la plage, Thomas commet l'irréparable : son jouet tombe malencontreusement sur un vieil homme et le tue.
Que faire ?
C'est alors qu'il décide d'engloutir ce corps dans la mer. Son acidité fera le reste.
De retour chez lui, il tente d'oublier cet affreux accident en adressant une prière au dieu du Jeu :
- Maître du Jeu qui êtes aux cieux, rien ne va plus ! dis-je en traçant sur ma figure mon signe de Roue. Je m'accuse d'avoir tué un vieux sans le faire exprès, comme vous avez vu tout à l'heure, alors merci de l'accueillir au grand Tapis vert du Paradis, pour qu'il tente sa chance à la roulette du Destin, et qu'il tire un bon numéro pour se réincarner mieux.
(Terrible cette prière, non ?)
C'est alors qu'une voix se fait entendre. Pas celle du Dieu du Jeu, mais celle du vieillard ! Et cette voix vient de son ours en peluche !
Mais que signifie tout ceci ?
Et pourquoi la voix annonce à Thomas qu'il va devoir sauver le monde ?
Voici un livre aux multiples rebondissements : entre la description d'un monde terrible et inhumain où toutes les dérives du monde actuel semblent s'être réalisées et un adolescent en plein apprentissage de la vie, le lecteur n'a pas le temps de s'ennuyer.
Comme ce livre est destiné à la jeunesse, notre jeune lecteur n'aura aucune peine à s'identifier à Thomas, jeune garçon mal dans sa peau et désireux d'en savoir davantage sur la jolie blonde qui est sa voisine. Les affres amoureuses sont savamment mélangées à un suspens quasi permanent. Surtout que ce jeune homme semble tiraillé à la fois par les forces du Bien et celles du Mal. L'analogie avec Luke Skywalker, un moment séduit par les forces noires, ne pourra que plaire aux jeunes adolescents !
Parfois au détour d'une page, j'ai pensé à "Orange mécanique" ou encore à 1984 d'Orwell, puisque lors d'une séance de torture, un des personnages a les yeux maintenus ouverts pour voir des images atroces, comme Alex Delarge dans le film "Orange mécanique", et puisque ses images sont directement puisées dans l'esprit du torturé afin de lui montrer ses peurs les plus atroces, la comparaison avec Winston et l'épisode des rats dans 1984 est vite faite. Même si le jeune lecteur ne connaît sûrement pas ces références, elles ne font qu'accentuer cette description d'un monde malsain développé dans ce récit.
Quant au style de ce livre, sans être trop simple, il séduira sans doute le jeune lectorat, puisque les dialogues sont en bon nombre sans être non plus trop présents. Un bon équilibre.
Cela dit, j'ai tiqué une fois, vers la fin du livre. En effet, le mot "partouze" ne me semble pas du tout approprié dans un livre classé en littérature jeunesse. Certains me diront que les adolescents voient bien pire de nos jours à la télé ou sur DVD, mais puisque ce livre dénonce tout de même certaines dérives du monde actuel, cela m'a gênée. Disons que je ne me vois pas trop conseiller ce livre à de jeunes lecteurs sans au préalable prévenir les parents qu'un tel mot figure dans le livre.
Peut-être suis-je trop sévère du coup, mais c'est ce que j'ai ressenti en le lisant.
Malgré ce petit bémol (un mot sur 400 pages, vous me direz, c'est peu), l'ensemble du livre reste enlevé et très agréable à lire. Pas une seule fois l'attention retombe, ce qui devrait ravir les jeunes lecteurs.
A noter que ce livre a été le premier roman diffusé par épisodes sur téléphone mobile. Serait-ce un regain du roman-feuilleton littéraire, bien connu de Dumas, Balzac ou encore Dickens ?
Ed. Albin Michel, 393 pages, 18 €
Merci à l'auteur de m'avoir gentiment dédicacer le livre, merci aussi à Paola.
D'autres billets sont déjà sur la toile : Stéphie a été conquise, Yueyin parle de style simple et efficace, Celsmoon a hâte que le prochain tome sorte (La guerre des Arbres commence le 13).
J'ai pour les vieux cimetières une tendresse particulière. Le lierre grimpant, les noms presque effacés et les pierres érodées m'apaisent.
C'est avec ces images de vieilles pierres tombales en tête que j'ai lu L'étrange vie de Nobody Owens (The Graveyard Book).
En pleine nuit, un homme s'infiltre dans une maison, un couteau à la main. Il est là pour tuer toute la famille qui dort paisiblement. A l'étage un garçon de deux ans se réveille. Intrigué par d'étranges bruits, il se glisse hors de son lit. C'est un petit garçon curieux de nature, un petit qui a toujours la bougeotte. Aussi, une fois les escaliers descendus, est-il attiré par la porte d'entrée grande ouverte. L'homme qui tue sa famille, le Jack, ne sait pas encore que le petit a filé.
En sortant de la maison, le petit garçon a marché d'un pas chancelant vers la colline. En haut de celle-ci, une chapelle mortuaire, des tombes, des caveaux et des stèles. : un vieux cimetière fermé. Mais l'enfant, grâce à sa petite taille, n'est pas arrêté par les grilles. Le voici à l'intérieur du cimetière.
De loin, des ombres semblent se mouvoir. Mais en regardant de plus près, ces ombres prennent la forme d'êtres disparus. Ces formes sont Mr et Mrs Owens qui viennent d'apercevoir le garçonnet. Ils se demandent alors ce qu'ils doivent faire de cet être vivant.
Assez rapidement, d'autres formes rejoignent le couple et comprennent la situation. Il faut protéger le petit ! Très vite ces ombres s'organisent : il s'appellera Nobody, sera élevé par les Owens, aura comme tuteur Silas et accédera au rang de citoyen libre de cimetière !
A l'extérieur du cimetière, le Jack fulmine : il tuera cet enfant. Il le faut !
Le lecteur suit donc au fil des pages la vie de Bod (diminutif de Nobody) : de la tendresse partagée avec ses parents adoptifs aux leçons de vie imposées par Silas en passant par d'étranges découvertes (normal nous sommes dans un cimetière), la vie de cet enfant ressemblerait à celle des autres, s'il n'habitait pas dans un cimetière. Aussi Bod ne se plie-t-il pas volontiers aux cours de Miss Lipescu, préférant de loin découvrir les endroits les plus reculés du cimetière.
C'est un livre rempli d'une douce âpreté et d'un onirisme bluffant ! Bien-sûr nous avons tous déjà rencontré au cours de nos lectures les personnages présents dans ce livre, mais Gaiman a su leur insuffler un souffle nouveau. Aussi les légendes des loups garous, de la vouivre ou encore des goules sont-elles enrichies tout en gardant leurs caractéristiques initiales.
Et comment ne pas s'attacher à Bod, cet enfant qui erre dans le cimetière à la recherche de nouveaux amis ? Comment rester de glace face à la pléiade de personnages, tous plus pittoresques les uns que les autres ?
Non vraiment, cela est impossible.
Je crois que je viens de trouver en Gaiman un nouvel auteur à vénérer.
Certains disent que c'est le pendant littéraire de Tim Burton. Effectivement, la comparaison s'impose.
J'ai aussi aimé les remerciements de l'auteur à la fin du livre car il nous parle de la conception de ce livre. L'idée de cette histoire lui est venue de son petit garçon, alors qu'il se baladait avec son tricycle dans un cimetière. Vingt ans après voici le livre enfin terminé. Vingt ans de germination pour obtenir cette belle plante.
NB : Si quelqu'un arrive à me trouver le titre de l'album de Tori Amos qui contient la chanson "Graveyard", je suis preneuse.
Collection Wiz, pour Albin Michel, 311p, 13€50, mars 2009 - Illustrations de Chris Riddell
Ce que la blogosphère en dit : Fashion "C'est émouvant et drôle, profond et léger, beau, tout simplement", Yueyin dit que c'est une très belle parabole sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, Lael "un roman fantasmagorique dont l'escapade littéraire vous offrira beaucoup de frissons et d'adorables songeries...hantées", Clarabel "Une troublante exploration du monde qui sépare les vivants et les morts, avec toute la poésie et l'imagination chères à un grand auteur", Marie "Une histoire sans conteste captivante et ensorcelante, à lire pour le plaisir... de frissonner !", Cachou l'a comparé aux "Noces funèbres" de Burton.
Les différentes couvertures :
Une petite préférence pour celle de Chris Ridell (la 3ème). Les deux autres sont de Dave McKean.
Après Les yeux jaunes des crocodiles, j'ai directement plongé dans le second tome des aventures de Jo'. J'ai donc retrouvé sa p'tite famille et je me suis ennuyée ... mais ennuyée ! Pourtant il s'en passe des choses chez les tortues, peut-être trop justement. Je me suis perdue dans ce livre qui fourmille d'intrigues. Une impression de vouloir à tout prix continuer une histoire sans réellement trouver de fil conducteur.
Jo', qui habite maintenant à Paris grâce au succès de son premier livre, est devenue un joli papillon, en comparaison de la chrysalide qu'elle était dans le premier tome. Enfin, elle semble être sereine. Ce n'est pas le cas de sa sœur, Iris, qui se trouve désormais dans une clinique pour soigner sa dépression. Jo' essaie, malgré le manque crée par sa sœur de continuer sa vie.
Au début, on retrouve la Jo' du premier tome, pas très à l'aise dans ce quartier chic de la capitale. Puis tout bascule un soir lorsqu'elle se fait agresser et échappe de peu à la mort. Le roman glisse alors peu à peu vers le policier. Au début cette péripétie m'a bien plu, j'ai été embarquée par le nouvel aspect que prenait le roman. Sauf qu'au fil des pages l'enquête policière s'emmêle les pinceaux. Puis des éléments grotesques se sont ajoutés : que viennent faire un ange, un sado-masochiste, une rebouteuse diabolique dans cette histoire ? ![]()
Du grand n'importe quoi.
Les personnages n'étaient-ils pas assez riches eux-mêmes ?
Pourtant il y avait tant à faire avec Hortense qui fait ses études à Londres, avec Zoé qui vit ses premiers émois amoureux. Non. Pancol a choisi de transformer certains personnages : la belle gouailleuse du premier tome devient un corbeau, Henriette-le cure-dents- choisit l'envoûtement et la si dominatrice Iris devient une faible poupée de chiffon ...
Dommage. J'aurais aimé retrouver la même légèreté que pour Les yeux jaunes des crocodiles.
C'est l'histoire d'une amitié entre un vieil homme sage et un enfant révolté. Bon, dis comme cela, ça fait vraiment cliché, pourtant en lisant ce roman très court (trop court), cette histoire banale prend vraiment son envol. Grâce à l'écriture simple de Schmitt, j'ai pris le train pour partager un p'tit bout de chemin entre Monsieur Ibrahim et Momo.
Une jolie fable qui m'a rappelé La Vie devant soi de Romain Gary : le personnage se fait lui aussi s'appeler Momo et Madame Rosa pourrait bien-sûr être incarnée par Monsieur Ibrahim.
Momo est donc un garçon révolté : abandonné par sa mère et élevé par un père absent, il y a de quoi. Sa rencontre avec Monsieur Ibrahim va bouleverser sa vie.
Bon, il ne me reste plus qu'à regarder son adaptation. :)