La Perrita, "la petite chienne", n'est pas un roman sur les canidés. Bien qu'il y ait un passage émouvant sur une chienne abandonnée dans cette histoire.
Non, La Perrita serait plutôt une figure qui traverse ce roman de part en part. L'image d'une personne absente mais qui fixe irrémédiablement plusieurs destins.
Nous sommes en Argentine, en 1977, la veille de Noël.
Ernestina termine les derniers préparatifs pour le réveillon. Son fils Juan et sa femme Elena fêteront Noël avec eux le lendemain. Elena est alors enceinte de six mois et une belle amitié lie les deux femmes car Elena a un peu remplacé ses parents par Ernestina. : une maman de substitution.
Il est prévu que Juan arrive avec elle par le bus de 9 heures. Mais, le lendemain, aucun visage familier ne descend du bus. Et plus les heures tournent, plus il faut se rendre à l'évidence : Juan et sa femme ont disparu.
En parallèle, le lecteur suit une autre famille. Un chapitre, une famille. Dans celle-ci, le niveau de vie n'est pas le même. Ce sont des citadins aisés et le mari est un militaire de la junte. Violetta pourrait être une femme comblée si le ciel lui donnait l'opportunité de devenir mère. Malheureusement ce corps reste plat. Et ce ventre plat la fait sombrer dans une détresse incommensurable. Un jour, on lui souffle à l'oreille que son militaire de mari pourrait bien l'aider à trouver un bébé. Avec ses relations, rien de plus facile. C'est alors qu'elle commence de nouveau à espérer.
Dans cette Argentine des années 70, un pays secoué par la dictature, la vie d'Ernestina a basculé en ce jour de Noël. Difficile de combler cette attente, difficile de ne pas se retourner quand la clochette du jardin tintinnabule. Peut-être est-ce son fils qui revient ? Et le bébé d'Elena ? Qu'est-il devenu ?
C'est un abîme qui vient de s'ouvrir. Mais il faut continuer de vivre ...
Mais ce récit, bien qu'il soit terrible, ne tombe jamais dans le pathos. Il s'agit de décrire ici la vie d'une famille dont un membre a disparu.
Combien étaient-ils à disparaître dans ces années-là ?
Et puis, dans la famille de Violetta, le temps est plutôt aux sourires. Cette petite fille aux yeux bleus immenses, Malvina, qui vient d'arriver chez Violetta est source de joie : Mais il émanait de cette petite chose une telle chaleur que Violetta pensa immédiatement que jamais plus elle ne pourrait la lâcher malgré les cris ininterrompus et ces petites mains qui s'agitèrent dans le vide, sur le trajet du retour, sans vouloir se saisir du doigt qui lui était offert.
Un roman sur l'absence et l'attente. Chez l'une cette attente sera longue, chez l'autre l'absence sera entièrement comblée par un petit être. Cette opposition ne s'arrête pas là. La maternité joue aussi un grand rôle dans ce roman. Ernestina perd son fils Juan le jour de Noël, et quelques mois plus tard, voici que Violetta devient mère : A l'instant où il prit sa main, Violetta sut que l'enfant viendrait. La violence de sa joie était telle que les larmes se bousculaient dans les plis de son rire.
Pour résumer, c'est un récit émouvant qui dessine une carte réaliste de cette période noire de l'Argentine.
Ernestina arriva par la rue San Martin, monta sur le parvis de la cathédrale et s'appuya à l'un des piliers d'où les militaires qui surveillaient la place ne pouvaient guère la soupçonner. Que s'était-elle imaginée ? Une bande de quelques femmes agitées, peut-être, hurlant et gesticulant, la bave aux lèvres comme les sorcières qu'avait peintes l'Inquisition ? Dieu, que la ronde était grande ! Parmi la foule qui marchait dignement dominait le blanc des foulards qui recouvraient la tête de centaines de femmes. Femmes qui n'avaient rien de folles sinon le regard égaré que donne un immense chagrin. Combien d'enfants manquaient à l'appel ?
Ed. Plon, 294 pages, 20 €
Lau : Isabelle Condou nous offre un roman juste qui alterne les voix de ces deux femmes en souffrance qui, en attente de cet événement, font le point sur leur vie. Pour Cathulu, c'est une belle découverte.
Cuné : On ressent intimement chaque secousse, on vibre à l'unisson. Un vrai
drame, des faits historiques indéniables mal connus en France. Antigone est tombée en amour pour cette plume. Pour Stéphie, c'est une histoire dure mais écrite avec beaucoup de douceurs et qui sonne juste.
Avec ce livre, je termine le Challenge 2 % littéraire.
Je lirai d'autres livres de la rentrée littéraire, mais je ne rempile pas pour le 3 %.
Un magnifique billet pour un magnifique roman
Vous vous êtes donné le mot avec Stephie !
Je vais répéter ce que disais chez elle : J'avoue que je ne suis pas vraiment tentée. Je suis lasse des lectures qui mettent en mots les horreurs des guerres... Plus tard peut-être... Même si ce que tu en dis montre bien qu'il s'agit là d'un très beau roman.
Bises de Capp
@ Stéphie :
Merci ! ;)
@ Capp' :
Je n'étais pas super chaude au début car le contexte n'est pas super joyeux. Mais l'auteur a l'art de parler du quotidien des gens (quotidien avec des moments de joie aussi) pour nous donner une idée du contexte politique de l'Argentine. ;)
J'aime beaucoup beaucoup cette auteure...mais je me répète un peu là. Découverte il y a un moment, je suis heureuse qu'avec ce livre là le succès soit un peu plus au rendez-vous, car elle le mérite !!
Un livre que j'ai bien envie de découvrir, malgré la dureté du sujet, hélas trop réel.
Pas très tentée par le sujet en ce moment.
Quant au challenge 1%, facile celui là finalement! ^_^
Ce livre me fait étrangement penser à Luz ou le temps sauvage de Lisa ONTARIO qui traite du même sujet, d'après ce que tu en dis! Dommage!
Félicitations pour ton challenge 2% !
Quel beau billet!!! Tu me donnes envie
et si j'y ajoute ce que stephie m'a dit hier....je ne vais tarder à le lire!!
Un peu de tps pour un tag coloré ? cf. mon blog... merci d'avance !
Dans ma LAL... Encore un avis positif sur ce livre.
Pourquoi pas ? Pour le contexte politique, surtout.
Je viens de le noter chez Stephie et je suis très tentée !
Un très beau moment de lecture pour moi aussi.
@ Antigone :
Je vais continuer ma découverte de cet auteur avec ses autres publications ! :)
@ Aifelle :
Mais malgré tout, l'histoire ne tombe jamais dans le pathos.
@ Keisha :
Je comprends ...
Sinon c'est le challenge 2 % que je viens de faire, mais j'arrête là. ;)
(Enfin, presque ...)
@ Alexielle :
Ah, je ne connais pas ! Je vais regarder sur le net de quoi parle ce livre. Merci !
@ Moka :
Merci ! :))
@ Lancellau :
Merci ! :) Alors, un billet en ligne bientôt sur ton blog ? ;)
@ Canel :
Oui, j'ai vu ! ;) Va falloir que je trouve du rose et du vert, donc ! :-o
@ Alex :
Oui, les avis sont généralement bons ! :)
@ Brize :
Le contexte politique est ici vu de l'intérieur : comment des familles ont-elles vécu cette dictature ?
@ Choco :
Parfait ! :)
@ Flo :
Mince, je ne me souvenais plus que j'avais lu un billet chez toi. :/
Encore un roman qui me paraît bien sombre... Mais ce livre me tente beaucoup, je le note pour bientôt !
Encore un roman à ne pas manquer assurément! Ces lectures, aussi dures et redoutables qu'elles soient, sont pourtant nécessaire à mon sens...
@ Marie :
Quand j'ai lu la 4ème de couverture, c'est aussi ce que je me suis dit ! Mais finalement la plume de l'auteur rend ce récit moins sombre qu'il aurait pu l'être.
A découvrir !
@ Sybilline :
Oui, surtout sur ce sujet qui est encore bien présent. J'ai des images de ces femmes en tête ... même si j'étais encore petite.
Pas du tout le genre de romans que j'ai l'habitude de lire et pourtant, tu éveilles mon intérêt ! S'il croise ma route, je le lirai peut-être.
Alors j'espère que tu aimeras le traitement de ce sujet ! ;)
Stephie m'avait déjà convaincue, j'ai hâte que ce roman croise mon chemin!
Et l'auteur donne vraiment envie de lire son roman. ;)