Bric à Book

En pagaille ordonnée, des livres (pour le côté sérieux) mais pas que ... se nichent aussi des fariboles et des notes sur la musique.

18 février 2009

Quelque chose à te dire de Hanif Kureishi

9782267019926FSLes journées de Jamal ont la régularité d'un métronome. Des patients le matin, un déjeuner préparé par sa femme de ménage, la visite de son ami Henry, une petite sieste, et de nouveau des patients en fin d'après-midi.
Jamal est un décrypteur d'esprits et de signes comme il le dit lui-même. Pour d'autres c'est un dépanneur, un guérisseur, un charlatan, voire un imposteur.
Un psychanalyste.
A 50 ans, sa vie est bien réglée. Mais sous cette apparente tranquillité se cache un lourd secret (dont Jamal dévoilera très tôt une partie à ses lecteurs.)
Ce n'est pas ce secret qui le perturbe au début de l'intrigue. Non, c'est plutôt la soudaine passion qu'éprouve son meilleur ami pour sa soeur Miriam, car les voir ensemble relève quasiment de l'inceste pour lui.
C'est alors l'occasion pour le narrateur de digresser sur son enfance dans les années 70, marquée par ses origines pakistanaises, son entrée dans l'âge adulte, son mariage puis son divorce.

C'est un roman sur les gens qui vieillissent explique l'auteur. A 50 ans, il souhaitait inventer un personnage ni trop jeune ni trop vieux afin de voir comment un homme peut se construire. C'est donc un roman d'apprentissage même si le lecteur connaît déjà le point d'aboutissement du personnage. Un roman d'apprentissage à rebours.
C'est aussi un roman sur un homme hanté par le spectre de son premier amour. Même s'il s'est marié et a eu un enfant, Jamal n'a jamais cessé de penser à Ajita, une étudiante indienne rencontrée à l'université, et à ce qu'il a fait pour elle. Finalement, ce psy à l'allure sereine est tout aussi névrosé que ses patients.
Tout comme eux, le narrateur dévoile son secret petit à petit, son récit fait des circonvolutions, s'attachant à décrire cette sœur recouverte de piercings ou ce meilleur ami qui écrit des pièces célèbres, mais l'axe central est bien ce secret qui a fait basculer sa vie. Sur la première page, on peut lire :
Comme souvent ces derniers temps, je me mets à réfléchir à ma profession, je passe en revue les problèmes avec lesquels je me débats et comment tout cela est devenu mon métier, ma vocation, mon plaisir. Ce qui me semble le plus étrange, c'est que je me suis lancé dans cette voie à la suite d'un meurtre et du départ d'Ajita mon premier amour -un départ définitif.

Néanmoins ce roman possède encore une autre facette. Il ne se contente pas d'avoir des allures de roman policier ou de roman d'une vie.  En effet, Jamal ne se limite pas à nous parler de lui. Ce n'est pas un roman d'une seule vie, mais plutôt un roman d'une génération, celle qui a connu à la fois Tchatcher et Blair. Alors la plume devient acide lorsqu'elle raconte comment cette génération a soif de reconnaissance, comment cette génération n'hésite pas  à transgresser certains tabous. Pour démontrer son propos, le narrateur n'hésite pas à aller fouiller dans les bas-fonds de Londres, fussent-ils dans les clubs échangistes.

Un roman complexe et fort que j'ai eu du mal à lire. Je ne me suis jamais sentie proche du narrateur, peut-être  car je ne fais pas partie de cette génération.  J'ai donc suivi de loin l'évolution du personnage, un peu comme si j'étais en retrait ...
Mais paradoxalement je ne regrette pas ma lecture. Il m'a fallu du temps pour entrer dans cette histoire foisonnante mais jamais je n'ai voulu refermer ce livre.
Je crois que c'est un livre à digestion lente dont je me souviendrai longtemps.
(Selon mon libraire, un des livres les plus aboutis de la rentrée de septembre 2008.)

Ed. Christian Bourgois, 569 pages, 23 €

André Clavel pour TV5 : Parfois drôlissimes, parfois pétries de monstrueuses ténèbres - lorsque l'inceste se profile - les confessions de Jamal sont un modèle de subtilité. Il y ajoute un tableau explosif de cette grande famille déboussolée qu'est la société anglaise, à l'heure des brassages ethniques. Le meilleur roman de Kureishi, après Le Bouddha de banlieue.

Marie de Cazanove pour "La Croix" : Portraitiste de talent, Kureishi, avec sa kyrielle de personnages, dresse un beau tableau de l’Angleterre d’aujourd’hui. Sa plus grande qualité reste sans doute de n’avoir, finalement, pas trop perdu l’espoir en ses contemporains, plongés dans une société sur-consommatrice hantée par la peur de l’extrémisme. Optimiste raisonnable, ce grand écrivain signe là un ouvrage audacieux, livre de la maturité, assurément.

Pierre Assouline sur son blog écrit : Un bon roman, un roman réussi, nous parle de nous. Il se trouve qu’Hanif Kureishi avait non seulement quelque chose à dire mais quelque chose à nous dire de nous-même. On ne saurait mieux combler son lecteur qu’en l’invitant à se pencher sur sa jeunesse pour en tirer les leçons avec un léger recul, ce pas de côté qu’autorise la cinquantaine.

Sibylline écrit quant à elle : un livre intelligent, un auteur à fréquenter, un plaisir à s’offrir.

Commentaires

Je l'avais repéré dans un magazine (Lire ?) et je l'ai offert à une amie, pensant que ca pouvait lui plaire. Je serais assez curieuse d'avoir son retour...

Posté par Lou, 18 février 2009 à 14:00

Je l'ai noté car j'ai aimé d'autres romans de cet auteur dont les titres m'échappent, mais bon... Ce doit être l'âge ! ;-)
Celui ci me conviendrait donc tout à fait !

Posté par kathel, 18 février 2009 à 14:51

Je ne connaissais pas du tout cet auteur. Ca a l'air intéressant en tout cas!

Posté par Keltia, 18 février 2009 à 15:09

J'ai envie de lire ce livre mais je voudrais lire avant "Intimité" dont Patrice Chéreau a tiré une film... très fort...

Posté par Ys, 18 février 2009 à 15:35

@ Lou :
Oh, j'aurais bien du mal à le conseiller d'emblée à une amie. C'est un livre tellement étrange sur certains points.

@ Kathel :
;)
De lui je n'avais vu que le film de Frears "My beautiful laundrette". Là aussi j'avais été déstabilisée. Quand j'ai commencé le livre, je ne savais pas que le scénario du film avait été écrit par Kureishi.

@ Keltia :
Intéressant, oui ! :D

@ Ys :
Ah, je ne connais pas non plus. Je file voir une BA sur le net. :)

Posté par Leiloona, 18 février 2009 à 16:19

Je ne connais pas du tout. Pourquoi pas à l'occasion.

Posté par Stephie, 19 février 2009 à 00:18

J'ai lu "le boudha de banlieue" qui m'avait intéressée. Je note celui-ci.

Posté par Aifelle, 19 février 2009 à 07:01

@ Stephie :
J'aurais du mal à te le conseiller tout de même ...
As-tu aimé le côté loufoque de "My Beautiful laundrette" ?

@ Aifelle :
Je ne connais pas ce livre, mais d'après ce que j'ai lu, c'est le plus connu de Kureishi. Je le note pour plus tard.

Posté par Leiloona, 19 février 2009 à 07:39

Ah, je ne connais pas. J'ai regardé sur Allociné, et ça ne me dit rien.

Posté par Stephie, 19 février 2009 à 08:47

Euh ... pas le moment, trop de tentations livresques et autres ? j'ai arrêté page 50.

Posté par keisha, 19 février 2009 à 09:13

@ Stephie :
Je l'ai vu quand j'étais ado.
Un de mes proches ne jurait que par Frears. ;)

@ Keisha :
J'ai eu du mal au début, mais j'ai persévéré car mon libraire m'en avait fait une belle critique. ;)

Posté par Leiloona, 19 février 2009 à 09:26

les thèmes me plaisent mais la façon de les traiter peut-être moins;.je lui laisserai peut-être sa chance quand même...

Posté par bel gazou, 19 février 2009 à 10:55

Peut-être en poche, Bel Gazou ?

Posté par Leiloona, 19 février 2009 à 15:29

il m'a l'air complexe mais terriblement tentant :)
au fait j'ai toujours pensé que les psychanalystes étaient des gens aussi compliqués voire névrosés que leurs clients :)

Posté par Lily, 19 février 2009 à 23:45

Complexe car tu as pas mal de pistes lancées. Au début j'ai eu du mal, avant de me rendre compte que ces pistes se rejoignaient toutes.

Quant à l'image des psychanalystes dans ce livre, elle est assez fidèle à l'image que j'ai d'eux. ;)

Posté par Leiloona, 20 février 2009 à 08:29

je note pour sa sortie poche!

Posté par Lael, 21 février 2009 à 15:43

Moins risqué pour découvrir un auteur. ;) Si le libraire ne me l'avait pas mis dans les mains, je ne l'aurais pas acheté de moi-même.

Posté par Leiloona, 21 février 2009 à 19:32

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