Ed. Gallimard, 431p, 23€
Je crie au génie ! C'est un livre envoûtant ! Si vous ne connaissez pas l'auteur, c'est normal, c'est son premier roman.
Et quel premier roman !
Il est question de prodiges, de légendes dans ce livre ; mais je suis à peu près certaine que ce livre deviendra lui aussi une légende, un incontournable. Un premier coup de maître !
Soledad, une femme vieille avant l'âge, nous raconte l'histoire de sa famille sur deux générations. Elle commence par sa mère, Frasquita Carasco, qu'elle a à peine connue, et elle terminera son récit par elle-même.
Frasquita a reçu un don : tous les tissus qu'elle touche de son aiguille deviennent de véritables œuvres d'art. Loin d'émerveiller les habitants de ce village espagnol, elle est bientôt considérée comme une magicienne, une sorcière. Comme si le don ne pouvait appartenir qu'au Mal. Pourtant c'est bien elle qui a cousu un cœur à la Madone du village, cœur cousu qui semble vivre !
Frasquita continuera de vivre à Santavela, même si on la dédaigne. Et elle aussi transmettra le moment venu et à chacune de ses filles cette petite boîte qu'elle a reçue quand elle est devenue une femme.
Cette boîte de Pandore qui parcourt ce récit, tel le fil indestructible d'une couturière, n'est pas le seul élément merveilleux de ce livre. Véritable conte, j'ai croisé au fil des pages un ogre, un petit poucet, un mythe vivant ... et bien d'autres personnages encore ...
Les sœurs de Soledad (la narratrice) auraient d'ailleurs toutes pu s'incarner dans un livre de Grimm ou d'Andersen, et chaque personnage est tellement fort qu'il aurait pu faire à lui seul l'objet d'un roman entier (La Blanca par exemple qui sillonne l'Espagne et prodigue ses talents auprès des mourants).
Je ne peux vous en dévoiler plus car le charme serait rompu, mais sachez que le livre est découpé en trois parties distinctes: "la rive", "la traversée", "l'autre rive". (Quand je vois ces titres, je pense au passeur Charon qui mène les âmes d'une rive à l'autre ... )
En fait, ce livre a l'étoffe d'une épopée et Carole Martinez celle d'un aède grec.
C'est grâce à un congé parental que nous devons ce livre ... il faut croire que le talent de cet auteur attendait sagement le moment opportun pour prendre vie.
Et si Frasquita Carasco dans ce roman donne vie à ses tissus, alors la narratrice donne vie à ses mots. D'ailleurs écrire des textes ressemble fortement au travail de la couturière. L'étymologie de "texte" ne vient-elle pas du latin "textus" : le tissu ?
Quelques extraits choisis :
- C'est nous, les Gitans, qui faisons tourner la Terre en marchant. Voilà pourquoi nous avançons sans jamais nous arrêter plus de temps qu'il ne le faut.
Les mains des conteuses sont des fleurs agitées par le souffle chaud du rêve, elles se balancent en haut de leurs longues tiges souples, fanent, se redressent, refleurissent dans le sable à la première averse, à la première larme, et projettent leurs ombres géantes dans des ciels plus sombres encore, si bien qu'ils paraissent s'éclairer, éventrés par ces mains, par ces fleurs, par ces mots.
Ce roman a déjà reçu plusieurs prix, comme l'indique l'ignoble bandeau rouge qui l'encercle chez le libraire.
Le Prix Renaudot des Lycéens, le Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs, la Bourse de la découverte-Prix découverte Prince Pierre de Monaco, la Bourse Thyde Monnier, le Prix Emmanuel Roblès-Prix des lecteurs de la ville de Blois.
Et ce n'est que rendre grâce à cette histoire ...
Maintenant, il ne me reste plus qu'à refermer ce livre et à espérer que d'autres lecteurs tomberont dans cette toile d'histoires inventées par Carole Martinez.
Kundera dans l'Art du roman déplorait le manque d'imagination des nouveaux auteurs, je crois que là nous sommes face à un joli contre-exemple.
Clarabel en parle aussi sur son blog. (le lien vers son blog est sur votre droite)
NB : Aux prochains lecteurs : faites attention au nom du mari d'Anita, et le roman prendra une ampleur nouvelle.
"c'est grâce à un congé parental que nous devons ce livre" ... ah bon ?
mais c'est vrai que, quelque part, ce livre est aussi un sacré beau bébé !!! ;)
Je l'ai lu sur le site TV5 Monde :
«Moi, un nouveau hérisson? J'adorerais, mais, non, je suis une vraie tortue, s'exclame la charmante professeur de français. Tout me prend un temps fou. J'ai réfléchi pendant plus de dix ans à ce livre, puis j'ai pris un congé parental pour l'écrire et j'ai fini par déposer un manuscrit inachevé chez Gallimard.»
Oh que oui c'est un sacré beau bébé ! Et j'espère bien qu'une fratrie aussi grande que celle de Soledad verra le jour. :)
Je le note !
Pour mon anniversaire Leiloonette, je voudrais un carnet de 5000 pages, c'est possible ? et en plus un carnet qui ne doit pas excéder 350 g, et qui soit mini mini pour rentrer dans mon sac.
Le sac en question contient déjà toute ma vie, un surpoids lui serait fatal (au sac hein, pas à ma vie !)
Moi j'ai des p'tits papiers partout dans mon sac : ça devient vraiment n'importe quoi d'ailleurs ...
350 g pour 5000 feuilles ? o_O
Du papier à cigarette ? Je ne vois que ça ... Pas bien pratique. ;)
Mais je te conseille vraiment ce livre. (C'est quand ton anniversaire déjà ?)
Il a l'air drôlement chouette celui-là Leil !
J'en profite pour te dire que je t'ai tagguée sur mon blog (euh, pas taper, hein, je me suis fait tagguer, et il faut poursuivre la chaîne alors, j'ai pensé à toi... gniark, gniark...) Biz !
Oh oui, il est vraiment captivant ! :)
Un tag ? Euh ... que dois-je faire ?
Je file voir sur ton blog. ;)
Sont jolis les tags, je suis verte de jalousie ;-)
Ah oui tu es jalouse ? Attends un peu pour voir ! :P
J'ai adoré !!!!
d'émotion !
Mais pardonnez-moi, toutes et tous, je n'ai pas pu écrire "tagguée" et comme "l'orthographeur" me permet d'écrire aussi "taggée", j'ai opté pour cette version.
Faut toujours que j'embête le monde ;-)
Merci ma Leiloonette.
que médiadico dit aussi "tagger".
Je vais changer le titre du dernier billet alors. :P
Je l'avais déjà noté chez Clarabel... je vais le souligner, je pense!
Ce livre mérite d'être connu. J'attendrai de voir ce que tu en as pensé. :)
ah oui! c'est bien vu ça l'aède grec...
Comme toi j'y ai vu une épopée fabuleuse qui nous transporte loin vers ce que pourrait bien être le désir féminin.
C'est un grand livre. Il m'a marquée :)
Toi qui étais en plein dans Ulysse, tu as pu faire de nombreuses comparaisons, non ? :)
Je vais lire ton billet, ce matin j'étais pressée.
J'ai moi aussi adoré ce livre que je viens de terminer, un premier roman vraiment prometteur. J'aime bien ton article, il résume bien le thème du livre.
Quelques mois après, ce livre reste ancré en moi. Ce qui montre qu'il m'a beaucoup touchée. ;)
Merci Nina !
Et ta critique très élogieuse lui rend hommage, tu en parles bien ! Je viens de le finir, je suis éblouie.
Merci Schlabaya ! :)
Oui, un superbe premier roman ! J'attends impatiemment le second !
Ce livre m'a également beaucoup touché, je ne suis pas prête de l'oublier !
Moi non plus. ;)
Et j'attends impatiemment le deuxième roman de Carole Martinez.
Ayé, je l'ai lu !!!! Mais comment ai-je fait pour attendre aussi longtemps ?
Je suis tombée à la renverse. Une lecture tellement éblouissante, tellement forte, tellement "tripale" que non seulement j'ai perdu l'équilibre, mais j'en suis encore à tâcher de récupérer ma respiration, c'est dire !!!!
Un chef-d'oeuvre, y'a pas d'autre mot !!!
Merci, merci et merci encore Leiloo
Ah je suis contente que tu l'aies aimé !
Cette romancière a au bout de sa plume des mots puissants. Moi aussi j'étais sortie de ce livre abasourdie. D'où mon cri au début du billet. ;)
Vivement le prochain.
Occupée à le lire, je suis éblouie, envoutée, émerveillée ! Ce livre est un prodige!
Et je t'envie de le découvrir ! ;) Je le fais découvrir autour de moi : je trouve qu'on n'en a pas énormément parlé à la télé ou dans les journaux.
J'ai une amie qui trouve que le style de cette femme ressemble à celui de Sylvie Germain. :))
Comme je l'ai écrit chez Kali et Pimpr', ce livre est effectivement une véritable épopée, empreinte de magie et de poésie. C'est un livre qui envoûte, transporte, fait voyager! Je l'ai beaucoup aimé.
@ Mariel :
Mon coup de cœur de l'an dernier ! :))
Merci de m'avoir fait découvrir ce livre. C'est drôle : j'ai moi aussi pensé à Sylvie Germain en le lisant... J'ai été bouleversée et emportée.
Bises de Capp